The Project Gutenberg EBook of Histoire Mdicale de l'Arme d'Orient, by 
Ren Desgenettes

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Title: Histoire Mdicale de l'Arme d'Orient
       Volume 1

Author: Ren Desgenettes

Release Date: May 3, 2008 [EBook #25310]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE MDICALE DE L'ARME ***




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[Notes au lecteur de ce ficher digital: Les corrections de l'errata ont
t intgres dans le texte. L'orthographe a t modernise.]




                    HISTOIRE MDICALE

                       DE L'ARME

                        D'ORIENT,


                           PAR


             LE MDECIN EN CHEF R. DESGENETTES.




     Cherchons  tirer des malheurs de la guerre quelque avantage pour
     le genre humain.

                              PRINGLE, _Maladies des armes._




                          PARIS,

Chez CROULLEBOIS, libraire de la Socit de mdecine, rue des Mathurins,
n 398,

Et chez BOSSANGE, MASSON, et BESSON, rue de Tournon.

                     An X.--M.DCCCII.




HISTOIRE MDICALE

DE L'ARME

D'ORIENT.




THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTION

LES ARCHIVES DE LA RVOLUTION FRANAISE




MAXWELL Headington Hill Hall, Oxford OX3 0BW, UK




AU

PREMIER CONSUL

BONAPARTE.




TABLE

DES MATIRES.


PREMIRE PARTIE.

_RAPPORT adress au conseil de sant des armes, par le citoyen_
DESGENETTES.


SECONDE PARTIE.

_Lettre circulaire du citoyen_ DESGENETTES _aux mdecins de l'arme
d'Orient sur la rdaction de la topographie physique et mdicale de
l'gypte._

_Notice sur l'ophtalmie rgnante, par le citoyen_ BRUANT, _mdecin
ordinaire de l'arme._

_Notice sur la topographie de Mnouf, dans le Delta, par le citoyen_
CARRI, _mdecin ordinaire de l'arme._

_Observations sur les maladies, et en particulier la dysenterie, qui ont
rgn en fructidor an VI dans l'arme d'Orient, par le citoyen_ BRUANT,
_mdecin ordinaire de l'arme._

_Notice sur l'emploi de l'huile dans la peste, par le citoyen_
DESGENETTES.

_Extrait des observations du citoyen_ CRSOLE, _mdecin ordinaire de
l'arme, dans un voyage, sur la rive occidentale du Nil, du Kaire 
Syouth._

_Notes sur les maladies qui ont rgn en frimaire an VII, recueillies
dans l'hpital militaire du vieux Kaire, par le citoyen_ BARBS,
_mdecin ordinaire de l'arme._

_Topographie physique et mdicale du vieux Kaire, par le citoyen_
RENATI, _mdecin ordinaire de l'arme._

_Essai sur la topographie physique et mdicale de Damiette, suivi
d'observations sur les maladies qui ont rgn dans cette place pendant
le premier semestre de l'an VII, par le citoyen_ SAVARESI, _mdecin
ordinaire de l'arme._

_Description et traitement de l'ophtalmie d'gypte, par le citoyen_
SAVARESI, _mdecin ordinaire de l'arme._

_Notice sur la topographie physique et mdicale de Ssalehhyh, par le
citoyen_ SAVARESI, _mdecin ordinaire de l'arme._

_Notice sur la topographie physique et mdicale de Belbis, par le
citoyen_ VAUTIER, _mdecin ordinaire de l'arme._

_Notice sur la topographie physique et mdicale de Rosette, par le
citoyen L._ FRANK, _mdecin ordinaire de l'arme._

_Notes pour servir  la topographie physique et mdicale d'Alexandrie,
par le citoyen_ SALZE, _mdecin ordinaire de l'arme._

_Observations mtorologiques communiques par le citoyen_ NOUET,
_membre de l'institut d'gypte._

_Observations sur la pesanteur de l'air, la direction des vents, et
l'tat du ciel, communiques par le citoyen_ COUTELLE, _membre de la
commission des arts._

_Tables ncrologiques du Kaire, les annes VII, VIII, et IX, publies
par le citoyen_ DESGENETTES.

_Procs-verbal d'une runion des officiers de sant,  Rosette, le 4
thermidor an IX._




ERRATA.

On est invit avant de lire cet ouvrage  faire les corrections
suivantes.


PREMIRE PARTIE.

PAGE 75, LIG. 17, _Au lieu de_ avec avantage sur des jeunes gens,
_lisez_ avec avantage des jeunes gens.

PAGE 139, LIG. 12, _Au lieu de_ officiers en chef, _lisez_ officiers de
sant en chef.

PAGE 170, LIG. 4, _Au lieu de_ sevices, _lisez_ services.

PAGE 174, LIG. 23, _Au lieu de_ eoutenant, _lisez_ soutenant.

PAGE 175, LIG. 19, _Au lieu de_ fructidor fructidor, _lisez_ fructidor.

PAGE 220, LIG. 21, _Au lieu de_ 388, _lisez_ 380.


SECONDE PARTIE.

PAGE 6, LIG. 11, _Au lieu de_ allguent, _lisez_ allgent.

PAGE 8, LIG. 3, _Au lieu de_ esimable, _lisez_ estimable.

PAGE 17, LIG. 4, _Au lieu de_ de Mnoufyz, _lisez_ du Mnoufyh.

PAGE 19, LIG. 24, _Au lieu de_ enchnatements, _lisez_ enchantements.

PAGE 90, LIG. 3, _Au lieu de_ rvulsif, _lisez_ rvulsifs.

PAGE 105, LIG. 1, _Au lieu de_ comprimes, _lisez_ comprims.




PREMIRE PARTIE.




RAPPORT

ADRESS

AU CONSEIL DE SANT DES ARMES,

Par R. DESGENETTES.




CITOYENS,

Je reus, le 25 ventse an VI, ordre du ministre de la guerre de me
rendre  Toulon, o je devais recevoir des instructions ultrieures.

Le 12 germinal j'arrivai  Marseille, o je trouvai une commission
revtue par le directoire excutif de tous les pouvoirs ncessaires pour
l'organisation d'une grande expdition.

Cette commission me remit le surlendemain l'arrt suivant:

                                   Marseille, le 14 germinal an VI.

     Vu l'urgente ncessit de donner aux officiers de sant en chef
     tous les moyens de se procurer les collaborateurs ncessaires
     pour assurer dans le plus court dlai leurs services respectifs;

     La commission ARRTE que le citoyen Desgenettes, mdecin en chef
     de l'arme d'Angleterre, est autoris  requrir les mdecins
     dont il aura besoin dans les lieux o ils pourront se trouver.

     Requrons les autorits civiles et militaires de faire excuter
     ponctuellement les dispositions du prsent arrt.

               _Sign_ S. SUCY, BLANQUET-DU-CHAYLA, LEROI, et
               DOMMARTIN.

               _Contre-sign par le secrtaire de la commission_
               MARILLIER.

J'adressai le 15, de Toulon,  l'inspection gnrale du service de sant
des armes copie de l'arrt ci-dessus.

Le mme jour j'crivis  l'cole de mdecine de Montpellier pour la
prier de vouloir bien m'envoyer six mdecins; et je crus que son choix
offrirait au gouvernement une ample garantie de leur capacit:
l'expdition, par cela mme peut-tre que le but en tait moins connu,
occupait tous les esprits dans le midi de la France, et l'on se disputa
dans l'cole comme une sorte de rcompense l'honneur d'en faire partie.
Vous verrez dans la suite de ce rapport que les sujets prsents par
l'cole se sont constamment montrs dignes de l'adoption de ce corps si
justement clbre.

Le 17, les officiers de sant en chef mirent sous les yeux de
l'ordonnateur en chef de l'arme, 1 l'tat par aperu des mdicaments,
2 celui des caisses d'instruments de chirurgie et d'appareils, 3 celui
des officiers de sant de toutes les professions et de toutes les
classes ncessaires pour l'expdition.

Le 21, ils ordonnrent aux officiers de sant de deuxime et de
troisime classe, faisant partie de l'expdition, d'assister
(conformment  l'article II du titre IV du rglement du 5 vendmiaire
an V) pendant leur sjour  Toulon aux cours de l'hpital militaire
d'instruction.

Le mme jour les officiers de sant en chef prirent, de concert avec les
conservateurs de la sant publique, le gnral commandant des armes, et
les ingnieurs de la marine, les mesures convenables pour convertir en
hpital le vaisseau de guerre _le Causse_, faisant partie de la flotte
aux ordres du vice-amiral Brueys, et qui terminait sa quarantaine au
retour de Corfou.

Je me rendis  Marseille, o je dterminai et pressai, d'aprs les
ordres de la commission, l'quipement des btiments destins  servir
d'hpitaux aux troupes qui devaient s'embarquer dans le port de cette
commune.

Je procdai pendant ce temps  l'examen et  la rception de nos
mdicaments, conjointement avec le citoyen Rassicod, ancien pharmacien
en chef des hpitaux militaires de Corse, homme d'une probit devenue
fort rare, et d'une exprience consomme.

Le 3 floral, l'ordonnateur de la huitime division militaire, faisant
fonctions d'ordonnateur en chef de l'arme, demanda les tats et la
rpartition des officiers de sant.

Le 9, j'crivis  l'inspection que pas un seul des mdecins, dj trop
peu nombreux, qu'elle m'avait dsigns ne s'tait rendu  son poste.

J'prouvai aussi une autre contrarit; sduit par le zle mensonger de
quelques mdecins licencis des armes, je les avais requis  leur
sollicitation ritre: ils me prouvrent bientt, en refusant de
s'embarquer sous des prtextes vains, qu'ils n'avaient cherch dans
cette rquisition qu'un titre pour obtenir une prolongation de
traitement.

D'autres mdecins, dsigns par l'inspection, sont venus de trs loin
faire  Toulon un simple acte de comparution, pour obtenir probablement
des frais de route.

Cependant cette mme inspection, qui n'tait srement pas dans la
confidence de l'expdition, s'opposait au nom du ministre, par des
lettres ritres et trs impratives,  toutes les mesures
d'organisation des officiers de sant en chef dont elle ignorait la
position et les devoirs dans cette circonstance.

Je fus donc forc de passer outre, et m'adressai de nouveau  l'cole de
mdecine de Montpellier, qui m'envoya de suite six sujets d'lite; car
l'enthousiasme n'avait plus de bornes depuis que l'on avait appris que
l'expdition tait commande par BONAPARTE.

Le 24, jour o l'ordre d'embarquement fut donn, je me rendis  la
pointe du jour dans la rade, par ordre du gnral en chef, avec le
gnral d'artillerie Dommartin, et le chef de division Dumanoir,  bord
du convoi venant de Marseille, qui portait la division Reynier, afin de
visiter les diffrents btiments, et de faire un rapport sur leur
salubrit.

La commission avait arrt que le service des vaisseaux-hpitaux, serait
fait par la marine, et il tait convenu qu'en cas d'urgence les
officiers de sant de l'arme de terre y seraient employs comme
auxiliaires.

Il y eut beaucoup d'harmonie pendant l'armement entre le comit de
salubrit navale du port de Toulon et les officiers de sant en chef de
l'arme de terre.

Trois mdecins dsigns par l'inspection arrivrent  Toulon, et
s'embarqurent du 24 au 27.

La lettre suivante, qu'crivirent de Malte  l'inspection les officiers
de sant en chef, offre l'histoire de notre traverse (n 34 de ma
correspondance.)

          Au quartier-gnral de Cit-Valette, le 30 prairial an VI.

     CITOYENS,

     Nous sommes partis le 30 floral au soir de la rade de Toulon,
     et, aprs vingt-un jours de navigation, nous sommes arrivs  la
     hauteur de Malte.

     Quelques jours avant notre dpart, une division d'environ six
     mille hommes, partie de Marseille, et commande par le gnral
     Reynier, tait venue nous joindre dans la rade de Toulon; mais
     deux btiments-hpitaux, qui en faisaient partie et qui devaient
     porter trois mdecins, douze chirurgiens, et huit pharmaciens,
     des chefs, des employs et sous-employs de l'administration, des
     effets, et la presque totalit des mdicaments, n'ont pas suivi,
     par des retards dont nous ignorons la cause.

     Avant d'tre  la hauteur du Cap-Corse nous fmes encore joints
     par un convoi considrable, portant une division d'environ huit
     mille hommes, sortie du port de Gnes, et commande par le
     gnral Baraguai-d'Hilliers; deux ambulances bien organises, et
     tablies sur deux btiments de transport, suivaient cette
     division; chacune avait deux mdecins, six chirurgiens, et quatre
     pharmaciens; elles taient bien approvisionnes en mdicaments et
     en effets. D'aprs le compte qui nous a t rendu, la division
     entire a fourni cent vingt malades seulement, et elle n'a perdu
     que trois hommes dans la traverse de Gnes  Malte.

     Un convoi de douze  quinze cents hommes, parti d'Ajaccio,
     escort par une frgate et un brick, est venu nous joindre le 8
     prairial; il ne portait que des troupes, des munitions, des
     vivres, et n'avait pas de malades.

     Nous avons trouv devant Malte la division du gnral Desaix,
     partie de Civita-Vecchia; elle avait deux btiments-ambulances,
     avec deux mdecins, douze chirurgiens, et huit pharmaciens. Cette
     division, compose d'environ six mille hommes, n'a gure fourni
     plus de soixante-dix malades: nous n'avons pas obtenu les dtails
     que nous dsirions.

     Le 21, nous tions  la hauteur de Malte et  la vue du port.

     Le lendemain 22, les troupes descendirent au lever du soleil sur
     diffrents points de l'le. D'abord elles n'prouvrent presque
     aucune rsistance; mais s'tant avances jusque sous les glacis
     de Cit-Valette, le canon des remparts blessa encore douze
     hommes.

     Le 23 au matin, les assigs demandrent une suspension d'armes,
     qui fut conclue pour vingt-quatre heures, et  minuit on signa 
     bord de _l'Orient_ une convention dfinitive.

     L'arme est entre en consquence dans la place le 24, et a pris
     possession des forts.

     Le 25  midi, l'escadre est venue mouiller dans le port, et l'on
     a descendu  terre, et transport nos malades dans le grand et
     magnifique hpital de Cit-Valette, monument respectable des
     antiques institutions de l'ordre, et o nous avons trouv les
     chevaliers malades confondus avec les soldats, les matelots, les
     pauvres habitants de l'le, et des trangers, tous soigns sans
     autres prfrences que celles qu'exigeait la gravit de leurs
     maux.

     Le mouvement du 29 a donn cent soixante-dix-huit fivreux,
     soixante-quinze blesss, et soixante-cinq vnriens; ce qui forme
     un total de trois cents dix-huit malades pour plus de quarante
     mille hommes.

     Il y a eu dans la traverse,  bord du _Causse_, trois
     petites-vroles confluentes, qui se terminent heureusement.

     Les maladies prdominantes consistent dans quelques inflammations
     de poitrine, des fivres gastriques, des intermittentes, des
     diarrhes bilieuses, et un petit nombre de dysenteries muqueuses.

     Parmi les blesss il y en a peu qui le soient grivement.

     L'ancienne administration de l'hpital, fort bien organise,
     continuera ses fonctions.

     Nous laissons  Malte deux mdecins, un chirurgien de premire
     classe, un de deuxime, et quatre de troisime. Par un ordre
     exprs de l'ordonnateur en chef l'ancien pharmacien de
     l'tablissement est conserv, et aura sous ses ordres quatre
     pharmaciens de l'arme, dont un de deuxime classe, et les autres
     de troisime.

     Le gnral en chef a ordonn qu'il serait fait dans l'hpital de
     Malte des cours d'anatomie, de mdecine, et d'accouchements.

     En quittant cette le nous prescrivons aux officiers de sant en
     chef que nous y laissons de correspondre directement et
     frquemment avec vous, de vous demander une confirmation ou des
     mutations, car nous pressentons que nous allons nous loigner
     d'eux de manire  ne plus conserver de rapports de service.

          _Signs_ les officiers de sant en chef.

     P. S. Cette lettre, expdie double sous l'enveloppe du ministre
     de la guerre, est envoye par la frgate _la Sensible_.

En laissant  Malte une garnison, on emmena -peu-prs un nombre
quivalent de troupes de terre et de mer.

On valuait, le 1er messidor, jour de notre dpart, l'arme de terre 
trente mille hommes, et celle de mer  douze mille.

Franois Ygr, second matre canonnier sur la galiote  bombes
l'_Hercule_, offrit au gnral en chef, par une lettre du 12 du mme
mois, ses services dans le traitement de la peste, avec laquelle il se
disait trs familiaris. J'ai conserv son nom, parce que, quoiqu'il
n'ait point eu de mission spciale, il a, d'aprs la voix publique,
assist  Alexandrie, pendant tout notre sjour en gypte, beaucoup de
pestifrs avec assiduit, courage, et mme une sorte de
dsintressement.

Le 13, l'arme dbarqua  la vue d'Alexandrie; le lendemain la place fut
emporte.

En mettant pied  terre nos troupes furent extrmement inquites par la
piqre des scorpions, qui sont plus gros que ceux d'Europe; je remis en
consquence et sur sa demande au gnral de division Berthier, chef de
l'tat-major-gnral, l'avis suivant, qui fut insr dans l'ordre du
jour de l'arme du 15 (n 56 de ma correspondance.)

     La piqre du scorpion dans le pays o nous sommes est peu
     dangereuse; jamais, quoi qu'on en ait pu dire, l'exprience n'a
     prouv qu'elle ft mortelle. Cette piqre produit tout au plus
     une douleur assez vive, suivie d'inflammation, d'enflure, et
     quelquefois d'un lger mouvement de fivre, qui se termine assez
     gnralement par des sueurs. Au reste, si ces piqres taient
     trs douloureuses ou multiplies dans le mme individu, on peut
     les toucher avec l'ammoniac (alcali volatil) ou le nitrate
     d'argent fondu (pierre infernale) si l'on est  porte de s'en
     procurer; un moyen plus actif, mme violent, mais le plus sr et
     le plus  porte de tous, c'est de les brler avec le fer.

Notre propre exprience a dmontr depuis, que cette piqre abandonne 
elle-mme n'tait jamais suivie d'accidents srieux, et que par
consquent on pouvait se dispenser de donner et surtout de suivre l'avis
ci-dessus.

Le 18, jour o je quittai Alexandrie pour m'embarquer sur la flottille
aux ordres du chef de division Perre, destine  remonter le Nil,
j'crivis  l'cole de mdecine de Montpellier la lettre suivante (n 39
de ma correspondance.)

               Au quartier-gnral d'Alexandrie, le 18 messidor an VI.

     CITOYENS PROFESSEURS,

     Le gnral Bonaparte m'a charg de vous remercier de
     l'empressement avec lequel vous avez fourni des mdecins 
     l'armement des ctes de la Mditerrane.

     J'ai d attendre pour vous transmettre l'assurance de l'estime
     et de la reconnaissance du gnral en chef que le but de
     l'expdition ft plus dtermin.

     Recevez de nouveau le tmoignage de mon respectueux
     attachement.

Le gnral de division Dugua se porta sur Rosette, s'en empara, et
protgea l'entre de la flottille dans le Nil. Les troupes sous les
ordres de ce gnral eurent peu  souffrir: j'organisai du 21 au 24
l'tablissement des hpitaux de cette place.

Le corps d'arme prcd depuis plusieurs jours par l'avant-garde aux
ordres du gnral de division Desaix se mit en mouvement le 18 et le 19
pour se rendre au Kaire; il arriva le 20  Damenhour aprs une traverse
de quinze lieues d'un dsert affreux.

L'arme se remit en marche le 22 au lever du soleil pour aller 
Rahmanyh.  neuf heures et demie on aperut le Nil; et tout le monde
courut avec des cris de joie s'y prcipiter pour tancher sa soif.

Le gnral Berthier a suffisamment fait connatre, dans son histoire de
l'expdition, ce que l'arme eut  souffrir dans ces circonstances, soit
de la fatigue des marches, soit de celles insparables de la bataille et
du combat naval de Chbreisse, de la bataille des Pyramides, et des
actions de tous les jours et de tous les instants avec cette nue
d'Arabes qui voltigeaient autour de l'arme comme des vautours: mais il
y eut des faits particuliers relatifs  notre objet.

Quelques hommes se portrent au dernier dsespoir, et d'autres, s'tant
abandonns  des accs de fureur, se trouvrent subitement saisis d'un
affaissement qui les arrta dans leur marche. L'exemple du gnral en
chef, celui de son tat-major, et de tous les chefs bravant les mmes
fatigues et les mmes privations, soutint la patience de l'arme.

L'excs avec lequel plusieurs hommes avaient bu les incommoda; mais ils
furent plus affects par l'intemprance avec laquelle ils se gorgrent
de pastques (_cucurbita_, _citrullus_, Lin.) qui ont au reste nourri et
sauv l'arme. Les hommes attaqus de ces indigestions taient saisis
d'une sueur surabondante,  la suite de laquelle ils semblaient presque
asphyxis; leur pouls tait faible, lent, et presque imperceptible, leur
bouche tait cumeuse, et leur prodigieux affaissement n'tait
interrompu que par des tremblements tels que ceux qui se manifestent
dans les accs d'pilepsie; souvent il y avait un lger vomissement. Les
cordiaux agirent avec succs.

Aprs la bataille des Pyramides on tablit un hpital  Gizeh dans une
portion de la vaste maison de plaisance de Mourad-bey, et on y reut les
blesss, les fivreux presque tous dysentriques, et les hommes dj
trs nombreux attaqus d'inflammation des yeux.

Le gnral en chef fit son entre victorieuse au Kaire le 7 thermidor;
et on s'occupa de suite avec beaucoup d'activit  former des
tablissements pour recevoir nos malades dans les plus belles maisons
des beys fugitifs.

J'adressai le 25 une circulaire aux mdecins de l'arme sur un plan
propre  rdiger la topographie physique et mdicale de l'gypte.[1]

          [Note 1: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Le gnral en chef avait tabli en arrivant dans cette contre une
administration destine  faire excuter, autant que les circonstances
et les localits pourraient le permettre, les rglements sanitaires
adopts dans plusieurs ports de la Mditerrane. Il avait plac  la
tte de cette administration, sous le titre d'ordonnateur des lazarets,
le citoyen Blanc, un des anciens conservateurs du lazaret de Marseille,
le plus vaste, le plus commode, et le mieux administr de l'Europe. Les
sous-chefs furent particulirement choisis parmi les anciens capitaines
du commerce, et les gardes de sant parmi les marins de tout grade, tous
habitus  la navigation du levant.

On cra -peu-prs dans le mme temps une commission, puis un bureau de
sant particulier pour les villes du grand Kaire, du Vieux-Kaire, et de
Boulak. Je me fis rendre compte, pendant leur dure, de leurs
dlibrations par l'un des mdecins de l'arme, qui y tait attach, et
j'eus souvent occasion de me runir  eux pour l'excution de plusieurs
mesures utiles qu'ils avaient proposes.

Le conservateur de la sant publique  Alexandrie fit passer au chef de
son administration au Kaire trois procs-verbaux, du 27 messidor, 21 et
22 thermidor, desquels il rsultait authentiquement:

1 Que le Juif Raphal, log maison du rabin Mouza, prs du march au
poisson, tant mort assez subitement, on avait trouv sur son cadavre
un large bubon ecchymose  la partie suprieure de l'avant-bras
(extrait du procs-verbal du 27 messidor, sign DUSSAP, chirurgien de la
frgate _la Loben_, et MATHIEU-DAVID, conservateur de la sant
publique). Une apostille de l'ordonnateur des lazarets porte que, peu
avant notre arrive, six personnes, savoir, la femme, la belle-soeur,
deux fils, une fille, et une domestique de Raphal, taient mortes de la
peste dans la mme maison.

2 Que le 21 thermidor au soir le fils et la fille d'un nomm
Campagnini, souponns de peste, taient, le premier, dans un abattement
extrme, la seconde, dans le dlire (extrait du procs-verbal du 21,
sign ALEX. GISLENI, docteur en mdecine, et MATHIEU-DAVID, conservateur
de la sant publique). Une apostille de l'ordonnateur des lazarets
apprend que Campagnini tait connu dans la ville pour acheter les hardes
des pestifrs.

3 Le 22, de midi  midi et demie, le frre et la soeur Campagnini
expirrent. Les assistants dclarrent que la fille portait constamment
les mains dans l'aine droite, o l'on n'a observ qu'une rougeur sans
tumeur (extrait du procs-verbal du 22 thermidor, sign ALEX. GISLENI,
docteur en mdecine, et MATHIEU-DAVID, conservateur de la sant
publique).

Les procs-verbaux mentionns ci-dessus indiquaient que les prcautions
d'usage avaient t prises pour la mise en quarantaine des personnes ou
des choses qui avaient approch et touch les dcds.

Je fis insrer  l'ordre du jour de l'arme les avis suivants, dont le
second est tir d'un travail destin pour l'arme d'Italie, par
l'inspection et publi par ordre du ministre de la guerre dans l'an IV
(n 61 et 67 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 29 thermidor an VI.

     Depuis le dbordement priodique du Nil les nuits sont plus
     fraches qu'elles ne l'taient auparavant: ce changement
     remarquable de l'tat de l'atmosphre exige quelques prcautions
     relatives aux vtements: il est devenu indispensable d'tre bien
     couvert pendant la nuit. Ceux qui pendant ce temps s'exposent 
     l'air, en chemise ou peu couverts, prouvent facilement des
     drangements dans la transpiration, qui peuvent produire
     plusieurs maladies, entre autres des inflammations des yeux, qui
     sont fort incommodes, fort douloureuses, et mme susceptibles
     d'entraner la perte de la vue.


               Au quartier gnral du Kaire, le 12 fructidor an VI.

     Les bains sont un des meilleurs moyens d'entretenir la sant et
     de prserver des maladies inflammatoires; mais quand ils sont
     pris inconsidrment ils peuvent devenir la source de beaucoup de
     maux; ils sont dangereux, et mme mortels au moment de la
     fatigue et de la chaleur; ils sont nuisibles pendant la
     digestion; ils le sont au lever du soleil, et longtemps aprs son
     coucher. Il faut viter soigneusement de se baigner dans l'eau
     stagnante, comme celle qui couvre Birket-el-fil pour en citer un
     exemple. Il est  dsirer que les militaires se baignent dans une
     eau courante, bien expose  l'air, et point trop profonde;
     l'heure la plus convenable pour se baigner, est celle qui prcde
     le repas du soir.

Le 15 fructidor, je reus du citoyen Bruant, l'un des mdecins de
l'arme envoys par l'cole de Montpellier, une notice sur l'ophtalmie
rgnante.[2]

          [Note 2: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Dans les derniers jours complmentaires, le citoyen Carri, mdecin de
l'arme, galement envoy par l'cole de Montpellier, m'adressa une
notice sur la topographie de Mnouf, ville du Delta.[3]

          [Note 3: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Il entra douze  quinze cents malades dans les hpitaux, dans l'an VI,
et il en mourut environ soixante.

Le citoyen Bruant me remit le 9 vendmiaire an VII des observations sur
les maladies, et en particulier la dysenterie rgnante en fructidor an
VI.[4]

          [Note 4: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Je fis mettre  l'ordre du jour l'avis suivant (n 87 de ma
correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 15 vendmiaire an VII.

     L'arme a dj t prvenue  une autre poque du danger qu'il y
     avait  passer les nuits mal couverts. Le matin, le soir, les
     nuits, sont encore plus froids qu'ils ne l'taient alors, et
     peuvent donc produire plus de drangements dans la sant.

     Un grand nombre de personnes ont prouv dans la transpiration
     des variations qui ont occasionn deux ou trois accs de fivre,
     qui se terminent gnralement par une transpiration abondante, ce
     qui rtablit l'quilibre interrompu.

     Il faut encore avertir l'arme que les brouillards qui s'lvent
     maintenant le soir, et se prolongent dans la nuit, et le matin
     sur les terrains couverts d'eau, et dans les environs, peuvent
     devenir dangereux, et qu'il faut se soustraire, quand il est
     possible,  leur action.

Damiette a offert les seconds accidents de fivres pestilentielles ou
contagieuses, accompagnes communment de bubons, souvent de charbons et
de ptchies, et que je nommerai toujours dornavant l'_pidmie_.

Je dois au gnral Vial, qui a le got, l'habitude, et le talent de
l'observation, les faits suivants:

Il arriva  Damiette ds le 19 thermidor an VI, et il ne fut question
dans cette place de maladies alarmantes que le 12 vendmiaire an VII.

Une femme du pays, et chrtienne, fut saisie  cette poque d'une fivre
violente, accompagne d'un bubon; elle gurit sans que sa maladie se
communiqut  aucun de ceux qui l'environnaient, et lui avaient donn
des soins assidus.

Le mme jour, un garde-magasin des vivres fut attaqu d'une grande
fivre, le 15, il fut transport  l'hpital militaire; il avait le
dlire, les yeux enflamms, une grande prostration des forces
musculaires, un bubon volumineux dans l'aine droite, les extrmits
livides, le scrotum enflamm; les yeux devinrent de plus en plus fixes,
et la faiblesse augmenta aussi graduellement: le 18, au matin, le malade
mourut.

Dans l'examen du cadavre, on observa que les paupires, les ailes et la
pointe du nez, les lvres et le menton, taient livides. Les rgions
lombaires, toute l'tendue des tguments qui recouvrent l'pine dorsale,
le scrotum, et le bubon, paraissaient sphacls. Les recherches ne
furent pas portes plus loin.

On dressa procs-verbal de cette visite, par un ordre exprs du gnral
Vial; mais les avis ayant t violemment partags sur la nature de la
maladie, entre des officiers de sant qui, par la distinction de leurs
fonctions, et leurs grades, n'auraient pas d tre consults
contradictoirement, le gnral en chef m'adressa cette pice le 22
vendmiaire, et je lui fis le lendemain le rapport suivant (n 95 de ma
correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 23 vendmiaire an VII.

     GNRAL,

     J'ai lu, conformment  vos ordres, le procs-verbal rdig 
     Damiette le 19 du courant, relativement  la maladie et  la mort
     du citoyen Lintring.

     L'opinion du citoyen Savaresi et de M. Patriarcha, que la maladie
     a t une fivre pestilentielle ou contagieuse, est appuye sur
     des faits recueillis avec sagacit, et exposs avec prcision;
     ainsi il ne peut s'lever aucun doute sur leur assertion.

     Il serait trs utile que vous ordonnassiez que toutes les fois
     que des officiers de sant du mme grade, seront appels pour
     prononcer sur l'existence de la peste, il suffira que l'un d'eux
     affirme le danger de la contagion, pour qu'il soit pris des
     prcautions en consquence.

     Salut et respect.

Le gnral en chef se contenta de rappeler l'excution de la mesure que
je proposais, parce qu'elle tait dj ordonne par l'administration
sanitaire.

Le directeur de la poste militaire de Damiette avait couch avec le
garde-magasin, la mme nuit o il se plaignit d'tre malade; on prit des
prcautions ncessaires, mais un peu brusques  son gard; ce citoyen,
d'un moral calme et d'une constitution forte, ne fut pas mme indispos.

Il entra successivement  l'hpital militaire plusieurs soldats
gravement attaqus de la mme maladie, et un trs petit nombre gurit.
Des recherches exactes ont fait connatre qu'au dbut de l'pidmie, ces
militaires, qui taient presque tous  la vrit du mme corps, la 2e
demi-brigade d'infanterie lgre, n'taient ni de la mme compagnie, ni
de la mme caserne ou chambre.

L'officier-gnral qui donne ces dtails quitta Damiette  la fin de
vendmiaire, et il a observ que les grandes chaleurs avaient cess
brusquement, qu'il avait plu abondamment au commencement et quelquefois
dans le courant du mois, et qu'enfin la temprature tait devenue trs
humide.

Si la gravit que m'impose la nature des matires dont j'ai  traiter ne
me l'interdisait pas, je pourrais produire ici une lettre extrmement
originale, crite au gnral en chef par un Provenal vieilli dans les
fonctions de marmiton  bord des vaisseaux, et qui proposait, pour une
lgre rtribution par tte, de couper, comme avec le tranchant du fer,
toutes les dysenteries de l'arme.

Ce fut vers la fin de frimaire que l'pidmie commena  Alexandrie dans
l'hpital de la marine. Le rapport qui le constate est du 24 de ce mois,
et on ne peut se dissimuler qu'il y eut au moins de la lenteur dans les
dclarations, et par consquent dans les mesures de prcaution et
d'isolement, ainsi que l'ordonnateur des lazarets le releva, cependant
avec beaucoup de modration.

Je publiai le 30 une notice sur l'emploi de l'huile dans la peste.[5]

          [Note 5: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Le citoyen Crsole, mdecin de l'arme, que j'avais envoy dans la
haute gypte, et rappel depuis  cause de sa mauvaise sant, m'adressa
des observations recueillies pendant son sjour dans ce pays.[6]

          [Note 6: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Les troupes ont joui en gnral d'une trs bonne sant dans le Sad,
quoiqu'elles n'aient pas t exemptes d'ophtalmies et de dysenteries.

Le gnral Desaix m'a racont que peu aprs son arrive dans le Sad
plusieurs soldats de la vingt-unime demi-brigade d'infanterie lgre
ayant mang des graines de ricin en assez grande quantit, ils furent
saisis d'un vomissement violent et d'abondantes vacuations par les
selles. Cette observation qui s'est reprsente depuis, et les premiers
avis pour viter cette indisposition grave furent dus  ce gnral,
passionn pour tous les genres de connaissances comme il l'tait pour la
gloire, et dont l'me active voulait se concentrer  la paix dans
l'tude des arts utiles et surtout de l'agriculture, occupation si
estimable, et qui a fait le dlassement de plusieurs grands hommes de
guerre comme lui.

Le citoyen Barbs, l'un des mdecins de l'arme envoy par l'cole de
Montpellier, me remit le 3 nivse des notes sur les maladies observes
en frimaire dans l'hpital militaire du Vieux-Kaire.[7]

          [Note 7: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Le 15 nivse, l'ordonnateur des lazarets, sur l'invitation du gnral en
chef de se concerter avec le mdecin en chef de l'arme, crivit  ce
dernier pour lui faire part des accidents arrivs  Alexandrie, et lui
demander son avis sur ce qu'il tait le plus prudent d'employer, ou du
brlement total des effets des pestifrs, ou de leur lavage et
srnage. Le mdecin en chef rpondit le mme jour que, vu la difficult
d'employer la lessive d'acide muriatique oxygn, le brlement tait une
mesure indispensable, parce qu'elle tait la seule qui pt vraiment
assurer de la destruction de la matire de la contagion. L'action du
lavage ordinaire et du serein peut n'enlever qu'imparfaitement cette
matire, et souvent mme l'tendre sur une plus grande surface, ou lui
faire pntrer plus profondment certains corps, en particulier les
toffes. En mettant cette opinion sous les yeux du gnral en chef, il
fallut lui observer que cela pouvait entraner beaucoup de dpense, soit
par la perte des fournitures appartenant  l'tat, soit pour les
indemnits qui seraient infailliblement rclames par les particuliers.
Le gnral ne fut point arrt par ces considrations, et il rpondit
comme le hros du Tasse quand il rejette la ranon d'Altamore: _Je suis
venu ici pour fixer l'attention, et reporter les intrts de l'Europe
sur le centre de l'ancien Monde, et non pour entasser des richesses._ On
a depuis cette poque brl les effets des pestifrs ou suspects de
peste toutes les fois qu'il a t possible d'en disposer.
Malheureusement la cupidit, encore plus que la ngligence, s'est
souvent oppose  l'entire excution de cette mesure.

Le gnral Dugua avait pris le commandement de Damiette: extrmement
attentif  tout ce qui peut tenir  la conservation et au bien-tre des
troupes sous ses ordres, il faisait des visites journalires dans les
hpitaux, et adressait, sur cet objet, de frquents rapports au gnral
en chef, qui m'ordonna de lui rendre un compte particulier de l'tat des
hpitaux de cette place.

Les lettres d'Alexandrie, du 2 nivse, arrives au quartier-gnral de
l'arme le 17 du mme mois, confirmaient et circonstanciaient le
dveloppement de la contagion dans l'hpital de la marine. Dj un
infirmier et un volontaire avaient donn des soupons alarmants dans les
hpitaux militaires, et on avait pris le parti de les isoler
promptement. Le gnral Marmont, commandant de la province, dploya, ds
le moment de l'invasion, la plus grande et la plus sage activit; il fit
tablir dans une vaste mosque un hpital d'observation, et ouvrir un
hpital spcial pour les pestifrs; il loigna les troupes de
l'intrieur de la place, il publia un rglement, et organisa une
surveillance rigoureuse sur la ville, les deux ports, et les hpitaux.

On comptait,  l'poque indique ci-dessus, douze  quinze morts, parmi
lesquels cinq officiers de sant attachs aux hpitaux de la marine.

Les musulmans, les juifs, et les chrtiens qui forment la population
d'Alexandrie, ne ressentaient point les atteintes de l'pidmie.

Les maladies rgnantes dans les hpitaux militaires taient de vieilles
diarrhes, des dysenteries, et quelques cas de scorbut.

Je fis le 21 nivse le rapport suivant au gnral en chef:

               Au quartier-gnral du Kaire, le 21 nivse an VII

     GNRAL,

     Le citoyen Gabinet, capitaine de btiment du commerce, que vous
     m'avez envoy ce matin, m'a communiqu la recette suivante pour
     les ophtalmies:

         Eau commune...................... une pinte de Paris.
         Eau de roses..................... tiers de pinte.
         Sulfate de zinc (vitriol blanc).. deux pinces.

     Verser quelques gouttes de cette eau cinq  six fois le jour dans
     les yeux.

     Cette eau est un bon rsolutif, connu et employ.

     Salut et respect.

Le gnral en chef me renvoya le 23 une lettre du gnral Dugua date de
Damiette du 14, qui annonait que l'pidmie perdait dans cette place de
son activit; la correspondance du citoyen Savaresi confirmait la mme
chose, avec plus de dtails.

Le 25, les officiers de sant en chef de l'arme adressrent une
circulaire aux officiers de sant chargs en chef des divers hpitaux de
l'arme, pour leur notifier les prcautions demandes par
l'administration sanitaire et ordonnes par le gnral en chef, pour la
rception dans les hpitaux des malades attaqus ou suspects de fivres
pestilentielles, et leur translation dans les lazarets, ainsi que les
peines svres portes contre les infractions aux lois sanitaires.

Le mdecin en chef pendant le mme temps faisait faire par les mdecins
rpartis sur tous les points de l'arme de frquentes visites de
salubrit dans tous les tablissements militaires, et il en adressait
les rsultats dans des rapports trs circonstancis au gnral de
division Berthier, chef de l'tat-major-gnral, qui donnait de suite
les ordres ncessaires pour l'excution de toutes les mesures utiles qui
lui taient proposes.

Les lettres du 15 nivse du citoyen Sotira, mdecin charg du service de
l'hpital militaire de Rosette, arrives au quartier-gnral du Kaire le
26, portaient qu'il n'y avait dans son tablissement que des dysenteries
et des diarrhes. Il se plaignait de manquer de remdes, entre autres
d'ipcacuanha et de simarouba.

Une lettre du citoyen Salze, mdecin de l'arme, employ  Alexandrie,
crite de la mme date et reue le mme jour que la prcdente,
annonait que les ravages de l'pidmie continuaient dans cette place,
que les hpitaux militaires n 1 et 2 taient contamins et en
quarantaine de rigueur depuis trois jours; que le nombre des morts se
portait  plus de trente dans la dernire quinzaine, et que la contagion
tait mme rpandue dans le camp. On continuait  prendre des mesures
pour l'isolement, et l'on formait un tablissement destin aux
convalescents. Les officiers de sant chargs en chef des hpitaux, dont
le zle se trouvait enchan par des ordres peut-tre ncessaires dans
ces circonstances difficiles, dirigeaient par leurs avis le service du
lazaret confi  des officiers de sant des classes infrieures qui se
trouvaient retenus en quarantaine rigoureuse prs des malades, et qui
ont depuis succomb sans donner aucun renseignement sur la marche,
l'issue de la maladie, et les tentatives de traitement.

Le citoyen Masclet, chirurgien de premire classe, qui avait reu des
tmoignages aussi publics qu'honorables de la satisfaction du gnral en
chef pour son dvouement dans le traitement de cette pidmie, mourut
galement  Alexandrie.

Tandis que les autorits militaires, l'administration et les officiers
de sant prenaient tant de prcautions, et qu'ils prodiguaient tant de
soins pour combattre ce flau, quelques gostes glacs abandonnaient
les malheureux; des lches exalts semaient publiquement leurs terreurs;
et d'autres hommes aussi mprisables et plus criminels que les premiers,
trafiquant des effets des morts quand ils ne dpouillaient pas les
vivants, allaient propageant partout la contagion. Le gnral en chef
reut  ce sujet une lettre trs dtaille de son aide-de-camp, le
citoyen Lavalette, dans laquelle il lui peignait ce tableau dchirant
d'une manire qui honore sa sensibilit. (Lettre d'Alexandrie 17
nivse, arrive au quartier-gnral vers la fin du mme mois.)

Les lettres du gnral Dugua et celles du citoyen Savaresi, du 28
nivse, annonaient que l'pidmie cessait  Damiette, mais qu'on y
perdait beaucoup de militaires de la dysenterie: on rclamait du vin
pour les hpitaux.

Le gnral Verdier crivait, en date du 29 nivse, de Mansshoura, au
gnral en chef, une lettre renvoye  l'ordonnateur des lazarets, et au
mdecin en chef, par laquelle il annonait que la deuxime demi-brigade
d'infanterie lgre, arrive de Damiette depuis le 24 du mme mois,
avait apport avec elle la maladie rgnante  Damiette, et qu'il tait
dj mort plusieurs hommes; ce gnral accompagne ce rcit de celui des
prcautions qu'il a prises pour isoler les malades et le corps entier,
ainsi que pour leur procurer des couvertures pour passer les nuits; et
il observe avec raison que l'tat de nudit de cette demi-brigade influe
videmment sur sa sant. Venue de l'arme de Sambre et Meuse avec le
gnral Bernadotte, elle tait peut-tre aussi moins susceptible de
s'acclimater que les troupes qui avaient fait toutes les campagnes
d'Italie.

Pour terminer ce qui concerne cette partie de l'gypte, je copie encore
une note du gnral Vial.

La population de Damiette a perdu dans l'pidmie, pendant l'hiver et
le printemps de l'an 7, environ cinquante musulmans et quinze chrtiens.

 Mansshoura, dont la population n'est pas la moiti de celle de
Damiette, il est mort huit, dix et jusqu' douze habitants par jour.

Farascour perdait moins de monde; cette ville est plus voisine de
Damiette que Mansshoura, mais elle avait moins de communications avec
elle.

 Samanhout, il n'y a eu qu'un accident connu, et pas un seul en
remontant le Nil jusqu'au Kaire.

Le supplment  l'ordre du jour du 5 pluvise prescrivait, sur la
demande de l'ordonnateur des lazarets, les mesures et les prcautions 
prendre pour la rception et le traitement des malades susceptibles de
quarantaine rigoureuse.

Le citoyen Frank, mdecin ordinaire de l'arme, adressait au mdecin en
chef, dans les premiers jours de pluvise, un rapport sur les maladies
rgnantes en nivse, et observes dans l'hpital militaire dit ferme
d'Ibrahim-bey; d'o il rsulte que la plus grande partie des malades
vacus des hpitaux du vieux Kaire et de Gizeh taient attaqus de
dysenteries et de diarrhes, maladies gnralement inhrentes aux
armes, et particulires au climat de l'gypte. Toutes ces maladies
taient invtres, et souvent mme des rechutes, ce qui les rendait
trs difficiles  gurir. L'usage du simarouba en poudre, de la
rhubarbe  petite dose, du diascordium, du laudanum, et de l'eau-de-vie
mme en petite quantit, a t utile. Ce praticien a trouv peu
d'avantage  donner la dcoction blanche et l'eau de riz, qui lui
semblent plus convenables dans le commencement de la maladie, surtout
quand elle est accompagne de fivre. Il ne s'est pas servi de vomitifs,
parce qu'une grande partie des malades en avait dj pris plusieurs fois
sans succs: les vomitifs paraissaient mme avoir quelquefois empir le
mal. Le citoyen Frank a relev deux grands obstacles  la gurison; le
premier, c'est que les malades se lvent frquemment pour aller aux
latrines pendant le froid de la nuit, et sans capotes; le second, c'est
qu'ils sont astreints, sans qu'on ait p le changer,  un rgime
contraire. L'exprience prouve, selon lui, dans ce pays, qu'il faut dans
les dysenteries s'abstenir de la viande et des oeufs; qu'il est
avantageux de donner du riz simplement cuit  l'eau et un peu de pain:
on vante galement, d'aprs des succs, la fve d'gypte en pure,
lgrement acidule avec le citron, les graines du sumac (_rhus
coriaria_) mles avec la semence de coriandre et un peu de sel. Si l'on
ne peut rien changer aux aliments des malades, il serait au moins
avantageux de leur procurer de la moutarde pour manger avec leur viande,
et quelques tasses de caf pour remplacer en quelque sorte le vin, et
viter de leur donner de l'eau-de-vie, qui est rarement de bonne
qualit. Le citoyen Frank a guri en nivse cinq fivres quotidiennes,
par l'usage seul du quinquina, sans avoir recours aux vomitifs et aux
potions purgatives; il a aussi guri quelques fivres et une pleursie
nerveuses, par les bols camphrs et la dcoction de quinquina: il
insiste sur les inconvnients et les dangers qui rsultent du dfaut de
couvertures et autres moyens de se garantir des intempries du froid.

Les citoyens Carri et Claris, mdecins de l'arme, qui, d'aprs un
ordre particulier du gnral en chef, avaient t dsigns pour se
rendre  Alexandrie, crivaient de Rosette le 5 pluvise une lettre
arrive le 9 du mme mois au quartier-gnral, dans laquelle ils
rapportaient que la frayeur et la consternation rgnaient  Rosette,
depuis que l'on avait appris que la garnison d'Aboukir tait en
quarantaine: on redoutait que la contagion ne remontt le cours du Nil.

Le gnral de division Menou prvenait le gnral en chef, par une
lettre du 3 pluvise, en date de Rosette, de l'usage tabli en gypte,
et qu'il regardait comme dangereux de plonger du cuivre et de dissoudre
de l'opium dans le caf. Le mdecin en chef, auquel cette lettre fut
renvoye le 11, fit le mme jour un rapport o, sans blmer la
proposition d'interdire aux cafetiers un pareil usage, il dtruisait les
craintes inspires par la sollicitude d'ailleurs la plus louable, en
faisant apercevoir que les doses de ces substances taient trop lgres
pour produire les dsordres infiniment graves dont on les accusait.

Une lettre des officiers de sant chargs en chef du service des
hpitaux militaires d'Alexandrie, du 28 nivse, mais qui ne parvint au
quartier-gnral que le 16 pluvise, annonait que les hpitaux n 1 et
2 continuaient  tre infects et en quarantaine de rigueur.

Un empirique vnitien qui avait sduit par ses jactances des hommes
estimables et en crdit, parvint  se faire envoyer du Kaire 
Alexandrie pour y traiter spcifiquement l'pidmie. Il se tint
soigneusement squestr, ne rendit aucun service; et on ne pourrait
citer rien de plus honteux que sa conduite sans celle de ceux qui
s'oublirent assez pour lui dlivrer des certificats pompeux de ses
prtendus miracles.

Le 17 pluvise, le gnral en chef adressa au mdecin en chef le rapport
suivant, fait au gnral de division Klber, par les citoyens Barbs,
mdecin ordinaire de l'arme, et Millioz, chirurgien de premire classe.

               Damiette, le 11 pluvise an VII.

     CITOYEN GNRAL,

      l'heure prescrite par votre lettre, en date d'hier, nous
     avons fait la visite de la 2e demi-brigade d'infanterie lgre,
     assemble sur la place. Le citoyen Desnoyer, chef de cette
     demi-brigade, avait eu le soin de faire former sur deux rangs
     chacun des trois bataillons qui la composent, de manire qu'en
     les parcourant nous pouvions alternativement fixer et examiner
     chaque militaire en particulier.

     Nous n'ignorions pas que les bruits populaires, ainsi que les
     prjugs, toute mprisable qu'est leur source commune, prennent
     de l'empire, surtout lorsque la distance des lieux les favorise;
     nous redoublions donc d'attention.

     Notre principal objet tait de juger si cette demi-brigade, dans
     laquelle l'pidmie, il est vrai, n'a fait que trop de victimes,
     se trouvait, ainsi qu'on le suppose, non seulement infecte au
     point qu'il ne ft permis de la mettre en ligne qu'en courant des
     dangers pour elle-mme, mais en outre si elle tait susceptible
     de communiquer aux autres corps la contagion.

     Et  cet gard nous avons la satisfaction de vous annoncer,
     citoyen gnral, premirement, que les militaires qui la
     composent jouissent dans ce moment d'une sant assez vigoureuse
     pour que, dans le cas o nous serions chargs de faire un
     semblable examen des autres demi-brigades, nous eussions  tre
     aussi satisfaits de pouvoir adresser un rapport aussi favorable
     que celui qui la concerne; en second lieu, que, lors mme que
     quelques uns de ces militaires porteraient en eux le germe de la
     maladie, il ne s'ensuivrait pas moins que toutes les craintes que
     l'on a voulu exciter sur l'infection imminente des autres corps
     ne soient nullement fondes, puisque la contagion ne s'est
     manifeste que dans l'hpital. Lorsque les malades, dans le
     principe, taient foudroys, ou parvenaient  ce degr o la
     maladie se complique de malignit, de putridit, c'est alors
     seulement qu'on a perdu des employs, grand nombre de servants,
     des officiers de sant; et certes, dans ce dernier cas, la
     contagion ne peut tre rvoque en doute, l'habitude de ces
     derniers auprs des malades tant un prservatif toutes les fois
     qu'elle n'est pas porte  une extrme violence. Les militaires
     de la deuxime demi-brigade principalement, de la
     soixante-quinzime, de la vingt-cinquime, ainsi que tous les
     autres individus quelconques, n'ont t successivement frapps
     que parce qu'ils apportaient des dispositions aux maladies
     muqueuses, pituiteuses, lymphatiques, n'importe lequel de ces
     noms on voudra leur donner, dont le dveloppement a t favoris
     par le sjour des troupes dans un pays o la saison automnale
     s'est prolonge, o une temprature froide et humide a rgn
     compltement durant un espace de temps considrable.

     D'un autre ct, nous avons not scrupuleusement tous les
     militaires dont la sant ne nous a pas paru bien affermie, soit
     qu'ils eussent t d'anciens ophtalmiques, dysentriques, ou
     atteints de l'pidmie: ce nombre ne s'lvera pas aussi haut
     qu'on pourrait le penser. Combien il va nous en coter pour les
     dterminer  ne pas vous suivre, c'est--dire  ne pas encore
     cette fois partager vos lauriers!

     Nous nous sommes concerts, et nous nous concerterons de nouveau
     avec les officiers de sant attachs  cette demi-brigade, 
     laquelle ils ont t si utiles dans cette circonstance, entre
     autres le citoyen Sibilla, qui, ayant t charg momentanment de
     l'hpital de Mansshoura, a dissip par une conduite claire
     l'effroi, toujours funeste, rpandu par l'ignorance, peut-tre
     aussi par l'hypocrisie.

     Nous nous rsumons, citoyen gnral,  exposer que, dans le cas
     o vous vous dcideriez  faire entrer cette demi-brigade en
     campagne, bien loin de lui tre prjudiciable, bien loin de
     devenir funeste  l'arme elle-mme, elle fera cesser une maladie
     dont les causes se trouvent dans le sjour qu'elle a fait dans
     des lieux o l'humidit tait extrme, tandis que les vtements,
     les couvertures pendant la nuit, les aliments peu fortifiants
     dont elle faisait usage, ne la mettaient nullement  l'abri de
     cette intemprie, de toutes la plus redoutable.

     L'histoire des guerres, vous le savez mieux que nous, gnral,
     rapporte un grand nombre de circonstances o, pour faire cesser
     des pidmies qui ravageaient des armes entires, il a fallu
     s'aviser de leur faire quitter leurs cantonnements, leurs camps,
     leur faire excuter des marches fatigantes, souvent mme les
     conduire  l'ennemi. La cessation presque subite de notre maladie
     pidmique, depuis le dpart pour Mansshoura de la deuxime
     demi-brigade d'infanterie lgre, et son retour successif 
     Damiette, confirment dj le succs de cette pratique.

     Salut et respect,

               _Sign_ BARBS et MILLIOZ.

Peu de jours aprs l'envoi de ce rapport, dont j'approuvai la
conclusion, je suivis le quartier-gnral, qui partit pour la Syrie; et
il est bon d'observer, sans s'astreindre  l'ordre des temps, que la
deuxime demi-brigade d'infanterie lgre n'eut presque pas de malades
pendant l'expdition, dont elle essuya toutes les fatigues comme elle
partagea la gloire des mmorables combats de Nazareth, de Cana, et de la
bataille du mont Thabor.

Avant d'entrer dans l'histoire de l'expdition de Syrie il faut
rapprocher un fait qui a de l'analogie avec celui qui vient d'tre
rapport. La lgion nautique reut ordre, au commencement de germinal,
de se porter d'Aboukir  Rosette. Arrive dans cette place, elle envoya
pendant plusieurs jours de suite dans les hpitaux dix  douze hommes
attaqus de l'pidmie. Ceux qui semaient leurs terreurs  Alexandrie et
 Damiette, les semrent encore  Rosette. Heureusement pour ce corps,
devenu une sorte d'objet d'horreur, qu'il reut l'ordre de se rendre 
Damenhour en passant par Alexandrie; il partit par un vent affreux, et
fut forc de tourner le lac Madih, parce que le passage par lequel il
communique  la mer n'tait pas praticable. Ces troupes essuyrent une
pluie abondante et continue, et elles bivouacqurent dans la fange.
Cependant personne ne tomba malade en route. Un seul homme entra 
l'hpital d'Alexandrie trois jours aprs son arrive dans cette place.
La lgion se rendit enfin  Damenhour, o elle a joui d'une parfaite
sant. Ces dtails m'ont t fournis par l'adjudant-gnral Martinet,
officier distingu par sa bravoure, chri pour sa cordialit, et enlev
l'an IX par une mort honorable dans une malheureuse journe.

Les forces destines  l'expdition de Syrie l'an VII, taient de quinze
mille hommes, dont douze mille neuf cents quarante-cinq portant les
armes, d'aprs les rapports faits par le chef de l'tat-major-gnral au
gouvernement.

La division Reynier, partie de Ssalehhyh, tait le 16 pluvise 
Catih, et arriva devant l-A'rich le 21.

Les autres divisions la suivirent en faisant les mmes marches
dtermines par les lieux o l'on trouve de l'eau potable.

Le gnral en chef, accompagn de son tat-major, partit du Kaire le 22
du mme mois, et vint coucher  Belbis en passant par l-Mattaryb,
Berkt-l-Hadj, l-Khanqah, l-Mnayh et Reth. La distance du Kaire 
Belbis est de quatorze heures de marche. On ctoie le dsert, qui se
trouve  la droite; le terrain est ferme et souvent parsem de
cailloux.[8]

          [Note 8: Le journal entier des marches, l'indication des lieux
          o il se trouve de l'eau, et plusieurs remarques sur la nature
          des terrains parcourus, sont relevs sur la belle carte de la
          campagne de Syrie, dresse par le citoyen Jacotin, directeur
          des ingnieurs-gographes de l'arme.]

Le 23, le gnral en chef partit de Belbis, et alla coucher  Qorayn,
en passant par le village d'Asouah et le Cheik-l-Naser. La distance est
de sept heures de marche, et la route est en partie sablonneuse. Aprs
avoir travers jusques  Asouah un pays beau et bien cultiv, on marcha
dans le dsert jusqu' Qorayn.

Le 24, il partit de Qorayn pour se rendre  Ssalehhyh, en passant prs
d'un santon dans le dsert, et d'une tour,  ct de laquelle on trouve
de l'eau, ensuite le bois de Ssalehhyh. Il y a neuf heures de marche;
le chemin est trs bon jusqu' la tour, o il est trs mouvant; il
devient marcageux et difficile aprs l'inondation. Le dsert est moins
nu qu'aux environs de Belbis.[9]

          [Note 9: Voyez sur cet itinraire:

          1 Description de la route du Kaire  Ssalehhyh par le chef
          de brigade Shulkouski, _Mmoires sur l'gypte_ Ier volume.

          2 Notice sur la topographie physique et mdicale de
          Belbis, par le citoyen Vautier, mdecin de l'arme.

          3 Notice sur la topographie physique et mdicale de
          Ssalehhyh, par le citoyen Savaresi, mdecin de l'arme,
          insre ainsi que la prcdente, dans la seconde partie de
          ce recueil.]

Le 25 au matin, le gnral en chef continua sa route en se rendant au
pont dit Kantara-l-Kesnh. Il y a neuf heures de marche. D'abord on
traverse le champ de bataille du 24 thermidor an VI; on trouve ensuite
des palmiers et de l'eau. La route pendant deux heures et demie est dans
un sable mouvant, puis elle est bien trace jusqu'au pont, o l'on passe
l'eau  gu. On voit  la gauche le lac Menzalh,[10]  la droite un
immense dsert: un quart de lieue en avant du pont on trouve de l'eau en
creusant un peu la terre; au-del il y a deux citernes.

          [Note 10: Voyez le mmoire sur le lac Menzalh, publi par le
          gnral Androssy, _Mmoires sur l'gypte_ Ier volume.]

De ce pont bris par les Mameloukes jusqu' Cathih il y a treize heures
de marche. On passe l'eau trois autres fois; le chemin tait trs
humide et trs fangeux aux environs des mares d'eau, qui avaient trois
pieds et demi de plus grande profondeur. Il y a un bon chemin depuis la
dernire rencontre de l'eau jusques aux palmiers de Bir-l-Duedar, o on
trouve deux citernes; on marche ensuite sur des sables mobiles jusqu'
Cathih, lieu remarquable, au milieu des dserts, par un beau bois de
dattiers, des puits, et une bonne citerne, dans une enceinte retranche
par nos troupes, et couverte de palissades.

Arriv  Cathih le 26, je ne suivis point, d'aprs un ordre, le
quartier-gnral, qui tait le 27 au soir aux puits dits Bir-l-Ab. De
Cathih  cette station il y a huit heures de marche. On trouve des
sables mouvants et formant des monticules[11]. Quoique la vgtation
soit extrmement faible, on rencontre plus ou moins rpandue une espce
de petite oseille qui rafrachit agrablement la bouche, et servit
souvent dans nos marches  calmer le tourment aigu de la soif.

          [Note 11: Voyez Mmoire sur les sables du dsert, par le
          citoyen Costaz, Mmoires sur l'gypte, IIe volume.]

De Bir-l-Ab, o l'on trouve deux puits d'eau mdiocrement bonne et en
petite quantit, jusques aux puits de Messoudiat, dont l'eau est
abondante et excellente, il y a vingt heures de marche. Le chemin
prsente d'abord des sables mouvants, puis une plaine ferme, et couverte
de coquillages; il devient difficile en approchant le rivage, dont les
sables sont trs mouvants, ensuite il se raffermit jusqu' Messoudiat:
cette journe offre les plus grandes fatigues.

De Messoudiat  l-A'rich il y a quatre heures de marche. On s'avance le
long du rivage sur un terrain assez ferme jusques  un santon, puis on
entre dans les sables en obliquant sur la droite. Le quartier-gnral
tait le 29  l-A'rich, o se runirent en mme temps les divisions
commandes par les gnraux Bon et Lasnes, et le parc d'artillerie de
l'expdition.

Le gnral Reynier avait dj investi et attaqu cette place, et dans la
nuit du 26 au 27 il avait emport le camp des Mamelouks, tabli  une
demi-lieue d'l-A'rich sur un plateau couvert par un ravin trs escarp.
Le gnral en chef ayant poursuivi le sige avec vivacit, le 30, il
s'engagea une ngociation, et la garnison capitula le 2 ventse.

Pendant mon sjour  Cathih je fis brler quatre ballots d'effets,
provenant des hpitaux de Damiette, et contenant cinquante paillasses,
cinquante traversins, et cinquante mauvaises couvertures de laine; et je
fis traner  une certaine distance du fort et enfouir les cadavres de
plusieurs chameaux qui rpandaient une grande infection. Environ trente
malades, qui restrent  l'ambulance, taient accabls de fatigue, et
presque tous attaqus d'inflammations de poitrine ou de dysenteries.

 l-A'rich je convins avec le commandant que les blesss et les
fivreux, au nombre de plus de deux cents cinquante resteraient sous la
tente, et  l'extrieur du fort jusques  ce que l'on et compltement
enlev tous les cadavres, et dblay les fumiers.

Le 4 ventse, la division Klber partit pour Kan-Iounes; le
quartier-gnral partit le lendemain. La division s'gara, et souffrit
prodigieusement, car elle marcha quarante-huit heures sans trouver de
l'eau.

D'l-A'rich  Kan-Iounes, en suivant la route la plus directe, il y a
quinze bonnes heures de marche. On trouve d'abord le Cheikh-Zo, les
colonnes, et ensuite le grand et beau puits de Reffa.

Les divisions Bon et Lasnes, gares sur les traces de la division
Klber, se runirent toutes au santon, o elles puisrent toute l'eau.
On avait bien trouv quelques citernes sur la route, mais les Arabes les
avaient combles.

Le 6, le quartier-gnral et l'arme, aprs une traverse de soixante
lieues de dsert, arrivrent  Kan-Iounes. L'aspect de ce premier
village de la Palestine nous fut extrmement agrable. On remarque un
beau chteau, et les jardins offrent une culture prcieuse au sortir des
sables striles. C'est le signe de dmarcation de l'Afrique. Le climat,
la vgtation, le gibier, tout annonce l'Asie, et se rapproche de notre
Europe.

L'arme partit le 7 de Kan-Iounes pour se rendre  Gaza, qui ouvrit ses
portes. Il y a sept heures de marche, et la route est bonne except dans
deux points, o il fallut traverser des torrents forms par des pluies
trs abondantes.

Gaza, si clbre dans l'histoire, est situe en partie sur un plateau et
en partie en plaine, au centre d'un vaste bassin couvert de forts de
beaux oliviers; son aspect est gracieux et vari, et le chteau
circulaire, flanqu de quatre tours, offre une belle masse qui couronne
avantageusement cette ville.

L'arme sjourna  Gaza le 8 et le 9; on y forma divers tablissements,
et entre autres un hpital que des vacuations d'l-A'rich, les pluies,
et la fatigue remplirent bientt de malades.

Les vents d'ouest qui soufflaient alors rgulirement produisaient des
ouragans affreux, qui ajoutaient singulirement aux fatigues des marches
et des oprations militaires.

L'arme partit le 10 pour Jaffa. Il y a environ vingt-quatre heures de
marche. Le 11, on arriva  Ezdod, et le 12  Ramlh. La pluie avait
rendu les chemins presque impraticables, et il fallut passer  gu
beaucoup de ruisseaux.

Ramlh, l'ancienne Arymathie, est une petite ville assez bien btie dans
un bassin entour d'oliviers. Nous y trouvmes deux ou trois monastres
de catholiques, et nous formmes un hpital dans le plus vaste et le
plus commode, qui se trouvait encore trop resserr et mal ar: cet
tablissement fut bientt rempli de malades.

Le 13, l'avant-garde tait devant Jaffa; le 14, on en fait la
reconnaissance; dans la nuit du 14 au 15 la tranche est ouverte; on
perfectionne les travaux le 15 et le 16. La place est emporte d'assaut
le 17, et la garnison passe au fil de l'pe prsenta l'une de ces
scnes d'horreur que justifient les lois ncessaires et terribles de la
guerre.

Le chef de brigade Darmagnac, commandant la trente-deuxime de ligne,
remit le 15 au gnral en chef un rapport du citoyen S. Ours, chirurgien
de premire classe, attach  ce corps; en voici le rsum:

               Au camp devant Jaffa, le 15 ventse an VII.

     Hier soir je fus appel pour voir Roubion, grenadier du second
     bataillon; je le trouvai sans vie; le tronc et les extrmits
     suprieures taient couverts de taches livides; il avait une
     tumeur molle sous l'aisselle droite.

     Ce citoyen tait indispos depuis trois jours; il avait perdu
     l'apptit, respirait difficilement, prouvait un sentiment de
     pesanteur dans les lombes, et de l'lancement dans l'aisselle
     droite; il avait eu de la fivre dans la nuit du 13, et s'tait
     couvert de ptchies une demi-heure avant sa mort.

     Il avait fait usage pendant sa maladie d'une boisson acidule, et
     mis un cataplasme mollient sur l'engorgement glanduleux qui
     s'annonait.

     Deux heures aprs sa mort constate il fut ouvert: les glandes
     axillaires taient engorges considrablement; l'estomac tait
     farci d'oignons encore verts.

     Je viens d'tre appel pour un soldat de la dix-huitime
     demi-brigade, que j'ai trouv expirant prs de la tente de notre
     gnral divisionnaire Bon.  l'existence de la tumeur prs, la
     maladie de ce militaire a prsent les mmes phnomnes que celle
     de Roubion.

     On m'appelle encore pour un soldat du troisime bataillon attaqu
     de la mme maladie; mais les taches ont paru plutt.

     Je souponne des fivres pestilentielles, en redoutant cependant
     d'tre l'cho d'une terreur qui pourrait tre funeste...

     Le gnral en chef auquel vous vous proposez de remettre ce
     rapport sera facilement et beaucoup mieux clair...

     En attendant je propose de brler la baraque qui a t habite
     par les dcds, de s'emparer de leurs hardes pour les
     squestrer, de tenir  l'cart ceux qui les ont approchs, et
     d'loigner nos fivreux du camp.

Le citoyen Auriol, mdecin de l'arme charg de l'ambulance tablie au
village d'Yassour, fit au gnral en chef, le 18, et d'aprs ses ordres,
un rapport dans lequel il lui exposa le tableau de la maladie tel qu'il
est trac ci-dessus. Il se plaignait de ce que la position des malades,
couchs presque en plein air sous le portique d'une mosque, ne lui
permettait pas d'esprer du succs des remdes toniques, qui, runis aux
antiseptiques, constituaient son traitement; il rclamait un abri, des
couvertures, des mdicaments, des soins administratifs; enfin il
annonait avec mfiance le dveloppement d'une maladie contagieuse.

Je reus le mme jour au camp de Ramlh l'ordre de me rendre promptement
au quartier-gnral, o j'arrivai le soir mme.

Le 19, au matin, l'vacuation de l'ambulance d'Yassour sur l'hpital
sdentaire tabli  Jaffa fut ordonne et excute.

  _Mouvement des fivreux  l'ambulance d'Yassour, du 16 au 19 ventse
  an VII._

     Entrs le 16             9
    _Ibidem_ le 17           22
                         ------
                             31
                         ======

     Morts le 16              3
    _Ibidem_ le 17            5
    _Ibidem_ du 18 au 19      6
                         ------
                             14
                         ------
     NOMBRE DES RESTANTS     17
                         ======

Le 20, l'hpital s'organisait mal et trs lentement; cependant on spara
trs  propos les blesss et les fivreux en les plaant dans deux
couvents diffrents. Il se trouva parmi les premiers comme parmi les
derniers des hommes attaqus de l'pidmie; les charbons vinrent se
joindre aux symptmes dj numrs.

Le gnral Bon proposa au gnral en chef de nourrir exclusivement sa
division et l'arme avec du riz. Je n'approuvai point cette proposition,
qui fut rejete; d'ailleurs je reconnus que le peu de viande que nous
avions, et que l'on regardait comme suspecte, tait de bonne qualit.

Le mme gnral se trouvait camp avec sa division sur le bord d'un
marais: il demanda  changer de position, et en la quittant il brla ses
baraques. Je me rendis le mme soir prs de lui; et les gnraux, les
chefs de corps, et plusieurs officiers de diffrents grades m'ayant
environn, je leur parlai de manire  rassurer des hommes qui
quoiqu'habitus  braver journellement la mort dans les combats ne
l'attendent pas d'ordinaire dans leurs lits avec plus d'indiffrence que
les autres.

Le 21, le gnral en chef, suivi de son tat-major, vint visiter les
hpitaux. Un moment avant son dpart du camp le bruit s'tait rpandu
jusque dans sa tente que plusieurs militaires taient tombs morts en se
promenant sur le quai: le fait est simplement que des infirmiers turcs,
chargs de jeter  la mer des hommes morts dans la nuit  l'hpital,
s'taient contents de les dposer devant la porte de cet tablissement.
Le gnral parcourut les deux hpitaux, parla  presque tous les
militaires, et s'occupa plus d'une heure et demie de tous les dtails
d'une bonne et prompte organisation; se trouvant dans une chambre
troite et trs encombre, il aida  soulever le cadavre hideux d'un
soldat dont les habits en lambeaux taient souills par l'ouverture
d'un bubon abcd. Aprs avoir essay sans affectation de reconduire le
gnral en chef vers la porte, je lui fis entendre qu'un plus long
sjour devenait beaucoup plus qu'inutile. Cette conduite n'a pas empch
que l'on ait souvent murmur dans l'arme sur ce que je ne m'tais pas
oppos plus formellement  la visite si prolonge du gnral en chef:
ceux-l le connaissent bien peu qui croient qu'il est des moyens faciles
pour changer ses rsolutions ou l'intimider par quelques dangers.

Je reus le mme jour une lettre du citoyen Boussenard, chirurgien de
premire classe, charg du service de la division Reynier et de
l'hpital de Ramlh, qui m'annonait qu'il venait de paratre dans la
division, et plus particulirement dans la neuvime demi-brigade de
ligne, une maladie, dont les symptmes taient une grande douleur de
tte, lassitude extrme, scrtions teintes, la langue enduite d'un
limon jauntre, envie de vomir, une tumeur dans les aines ou sous les
aisselles, souvent le dlire. Cet officier de sant ajoutait qu'il
donnait d'abord des vomitifs, qu'il entretenait ensuite la libert du
ventre avec la dcoction de tamarins, qu'il donnait du caf et du
quinquina mls ensemble, du camphre  haute dose; il se plaignait
d'tre mal second, et finissait par me demander quelques avis.

Comme les accidents se multipliaient devant Jaffa, et enlevaient les
malades du cinquime au sixime jour, et souvent plus rapidement, je ne
pus mconnatre le danger de notre position. Cependant, comme j'esprais
beaucoup du progrs de la belle saison dans laquelle nous entrions, de
la diversion des marches, des meilleurs campements, de l'abondance et de
la qualit des vivres, et que je n'tais pas du tout convaincu de la
communication trs facile de la maladie, sur laquelle on se livrait 
toutes les exagrations de la frayeur, je pris un parti. Sachant combien
le prestige des dnominations influe souvent vicieusement sur les ttes
humaines, je me refusai  jamais prononcer le mot de _peste_. Je crus
devoir dans cette circonstance traiter l'arme entire comme un malade
qu'il est presque toujours inutile et souvent fort dangereux d'clairer
sur sa maladie quand elle est trs critique. Je communiquai cette
dtermination au chef de l'tat-major-gnral, qui, indpendamment de
l'attachement particulier dont il m'honorait, me sembla devoir tre par
sa place le dpositaire des motifs politiques qui dirigeaient ma
conduite.

Presque immdiatement aprs la prise de Jaffa, Mustapha Hadji de
Constantinople, envoy pour prendre soin des blesss de la garnison, fut
arrt  la hauteur du port. Le gnral en chef, occup au moment o on
lui prsenta ce Turc, me l'envoya; je partageai ma tente avec lui. Le
soir du mme jour le gnral nous fit appeler ensemble: il questionna
Mustapha sur ce qui se passait  Acre d'o il venait, sur les maladies
qui pouvaient y rgner, et sur leurs causes. Ce Turc donna des
renseignements trs vagues sur le premier objet, et draisonna si
ridiculement et si longuement sur le reste que le gnral, qui
s'endormait, reporta la conversation sur Constantinople, et obtint des
rponses curieuses et satisfaisantes. Lorsque l'on battit la gnrale le
24  la pointe du jour pour lever le camp, j'allai prendre les ordres du
gnral en chef, et lui demandai ce qu'il voulait que je fisse de
Mustapha; il me permit de le recommander  l'adjudant-gnral Grezieux,
commandant de Jaffa, pour qu'il ft trait dans cette place avec gards
jusqu' son change. Mustapha montra de la reconnaissance pour la
gnrosit des Franais  son gard; il offrit de pratiquer dans les
hpitaux des pestifrs des oprations rputes et en effet dangereuses;
et, quoique repouss mme violemment par un oprateur chrtien dont il
sera parl ailleurs, il se prsenta  plusieurs reprises. Ce malheureux,
aprs avoir vu mourir de la peste le commandant, son protecteur,
subsista jusqu' notre retour, au commencement de prairial, du mtier de
barbier; ses instruments et ses empltres, dont il tait trs satisfait,
appartenaient, pour les classer dans l'histoire de l'art, tout au plus
 la fin du seizime sicle. On pourra procurer aux Turcs, et il est
trs probable qu'ils ont dj des instruments plus perfectionns; mais
quand sauront-ils ce qu'il faut pour ne s'en servir jamais qu'utilement?

De Jaffa  Acre il y a vingt-trois  vingt-quatre lieues, et environ
trente heures de marche.

Le quartier-gnral tait le 24 au soir au Miski; le 25,  la tour de
Zta; le 26, prs le village d'Hanih; le 27, sur le bord du Kesson; le
28, nous bivouaqumes sur la hauteur de Decouh, en face d'Acre.

D'abord de Jaffa au Miski il y a sept heures de marche: le pays est
cultiv; on trouve un marais difficile  passer; la Houja prsente un
gu, mais peu profond; les forts qui sont sur la route sont formes de
chnes tortueux (_quercus ilex_).

Du Miski  la tour de Zta il y a six heures de marche; le chemin est
bon pendant une lieue et demie: arriv  la plaine, on trouve un terrain
difficile et fangeux, ensuite le village de Cacoun, bti sur une hauteur
qui domine une vaste plaine, borne  l'est par les montagnes de
Naplouse.

De Zta au village d'Hanih, prs duquel l'arme campa, il y a plus de
quatre heures de marche; les chemins sont trs mauvais jusqu' une
fontaine; la plaine cesse, on entre dans un pays montagneux couvert de
bois, et que l'on regarde comme faisant partie de la chane du mont
Carmel: les chemins sont difficiles, cependant praticables.

D'Hanih  la rivire de Kesson, en face du village d'Arthye, il y a
plus de cinq heures de marche: on quitte les bois; au bout de deux
heures on dcouvre le mont Thabor, la vaste plaine d'Esdrelon; enfin,
aprs avoir travers quelques valles qui offrent peu de difficults, on
arrive au bord du Kesson; la chane du mont Carmel, qui borde ce petit
fleuve, est presque taille  pic; le chemin est trs resserr, et offre
des passages difficiles dans l'hiver et dans les temps pluvieux.

D'Arthye  Dcouh il y a six bonnes heures de marche. L'arme passa le
Kesson  gu dans l'endroit o les montagnes de droite s'cartent pour
dessiner avec le Carmel l'immense bassin d'Acre. Ce passage fut pnible,
la rivire avait deux pieds et demi  trois pieds de profondeur; on
ctoya le plus possible les hauteurs pour viter les mauvais chemins: le
temps tait trs humide et trs brumeux, et l'on sait combien cet tat
de l'atmosphre nerve les forces; enfin on parvint  traverser les
marais qui entourent les moulins de Cherdan.

De Dcouh  Acre il n'y a plus que deux heures de marche, et le chemin
est assez bon jusqu' un marais form par la rivire d'Acre, dont
l'embouchure est  environ quinze cents toises de la place: c'est l
qu'on jeta un pont pour le passage de l'arme, et que l'on plaa
l'hpital ambulant dans les tables de Djezzr pacha, seules
constructions dont on pt disposer pour ce service.

Le 29, on reconnut la place, et le 30 on ouvrit la tranche.

Quelques hommes du parc d'artillerie tant tombs malades en route et
sous mes yeux, je reconnus la maladie observe  Jaffa, et je fis mettre
 l'ordre du jour l'avis suivant (n 190 de ma correspondance):

               Au quartier-gnral devant Acre, le 30 ventse an VII.

     L'arme est prvenue qu'il est avantageux pour sa sant de se
     laver frquemment les pieds et les mains ainsi que la face avec
     de l'eau frache, et prfrable de les laver avec de l'eau tide,
     dans laquelle on met quelques gouttes de vinaigre ou
     d'eau-de-vie.

     Il faut viter quand on a chaud de boire une trop grande quantit
     d'eau, et il est trs prudent d'avoir toujours l'attention de se
     rincer la bouche auparavant, et de tremper ses mains dans l'eau.

     L'arme doit rejeter avec soupon les vtements et le linge des
     Turcs, parce que ceux qui les ont ports sont mal-propres, et
     souvent malades sans prendre aucun soin raisonn de leur sant.

     Les fivres malignes, qui se dveloppent, et qui effraient
     beaucoup trop, demandent que l'on rtablisse la transpiration
     arrte; on le fait par les ablutions ou lavages tides indiqus
     ci-dessus, par l'administration d'un vomitif, surtout quand il y
     a, comme presque toujours, disposition  vomir, et en soutenant
     tout de suite la moiteur et les forces par une boisson, compose
     d'une dcoction de caf et de quinquina, aromatise avec le
     citron. Il faut mettre sur les bubons des cataplasmes mollients:
     il ne faut pas tenter de les rsoudre, c'est la crise de la
     maladie. Quand ces tumeurs sont  maturit on doit les ouvrir
     avec le bistouri. Pour les charbons, il faut les brler en les
     circonscrivant avec la pierre infernale ou avec un fer chaud.

Le 3 germinal, j'adressai au chef de l'tat-major-gnral la note
suivante (n 191 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral devant Acre, le 3 germinal an VII

     Gnral, il est utile pour maintenir la sant de l'arme de
     faire soigneusement enfouir les dbris d'animaux qui sont, malgr
     vos ordres,  la proximit du camp; il est galement utile de
     faire journellement couvrir de terre les fosses d'aisances, et de
     les renouveler souvent.

J'allais monter  cheval le mme jour pour me rendre  Cheif-Amrs, et
dterminer s'il serait possible d'y tablir un hpital, lorsque je
reus une lettre, crite de Gaza le 24 ventse par le citoyen Bruant,
auquel j'avais permis de runir  ses fonctions celles d'agent national,
qui pouvaient le mettre  porte de procurer  son tablissement tout ce
qui lui serait ncessaire.

Cette lettre m'annonait l'envoi du rapport suivant; elle contenait en
outre une note tendue pour servir de dveloppement au rapport. Ces
pices taient suivies du mouvement de l'hpital de Gaza du 19 au 24
ventse.

       *       *       *       *       *

_RAPPORT adress au chef de bataillon du gnie_ TOUZARD, _commandant des
province et ville de Gaza, par les officiers de sant en chef de
l'hpital militaire de la place._

               Gaza, le 21 ventse an VII.

     Vous nous avez invit, citoyen commandant,  prendre des
     informations sur la mortalit qui afflige les habitants de la
     contre. Les recherches que nous avons faites  ce sujet nous ont
     fourni les rsultats suivants:

     Depuis la retraite des Mamelouks de l'gypte et leur sjour 
     Gaza il a rgn dans cette ville une maladie pidmique, qui a
     enlev un grand nombre d'individus; plusieurs Mamelouks en ont
     t les victimes, et les ravages qu'elle a faits parmi le peuple
     n'ont fait qu'augmenter jusqu' ce jour.

     On l'attribue gnralement dans le pays aux exhalaisons
     pernicieuses qui se sont leves pendant l't des cadavres en
     putrfaction des animaux de toute espce, dont la mortalit a t
     assez considrable  cette poque pour nous faire croire qu'une
     maladie pizootique a prcd l'pidmie.

     Les circonstances sous lesquelles elle se prsente sont
     -peu-prs celles-ci:

     Elle attaque principalement les enfants et les femmes.

     L'invasion s'annonce par un lger frisson, suivi de chaleur et
     d'abattement extrme; le malade tombe bientt aprs dans un tat
     de stupeur et d'anantissement presque total; le troisime jour
     il se dclare des bubons, dont le sige est le plus ordinairement
     dans les parotides; -peu-prs dans le mme temps la peau se
     couvre de ptchies.

     Cet tat est le mme durant tout le cours de la maladie; lorsque
     sa terminaison est funeste, elle a lieu depuis le troisime
     jusqu'au huitime jour de la maladie: pass ce terme on conoit
     les plus grandes esprances pour le salut du malade.

     Le nombre des personnes qui meurent journellement de cette
     maladie se monte depuis cinq jusqu' dix, et mme douze; peu de
     quartiers de la ville en sont exempts; les Arabes des lieux
     voisins en prouvent eux-mmes les atteintes: le village situ
     au-dessous du fort parat nanmoins souffrir le plus de ses
     ravages.

     Ces faits, et tous ceux que nous avons pu recueillir  leur
     appui, ne nous permettent pas de douter de l'existence d'une
     maladie contagieuse vraiment maligne et pestilentielle.

     Jusqu'ici elle ne s'est manifeste sur aucun des malades que nous
     avons reus dans notre hpital,  l'exception d'un seul, qui en
     offre maintenant de lgers soupons, et que nous avons fait
     isoler sur-le-champ. Nous attribuons ce phnomne  la
     circonstance singulire dont nous avons fait mention dans
     l'histoire de cette maladie, qui, comme on l'a vu, attaque
     presque exclusivement les femmes et les enfants.

     Mais comme cette circonstance n'est qu'accidentelle, et qu'elle
     peut changer d'un moment  l'autre, nous ne croyons pas qu'elle
     puisse s'opposer  ce qu'on prenne les prcautions gnrales
     usites dans les cas semblables.

     Ces prcautions nous paraissent devoir consister:

     1  surveiller exactement le commerce que la garnison est
     oblige d'entretenir avec les habitants, et  ne permettre,
     autant que possible, les communications qu'avec les lieux les
     moins souponns de la contagion.

     2  entretenir la plus grande propret dans les casernes et
     autres lieux o logent les troupes, et  faire enlever avec soin
     les cadavres et autres substances putrfies qui se trouvent dans
     la ville et au dehors.

     3  empcher que les troupes et les convois qui viennent du
     dehors communiquent avec la garnison et la ville.

     4 Enfin  mettre dans le plus bref dlai  la disposition des
     officiers de sant un local dont ils puissent se servir suivant
     l'exigence des cas.

     Nous esprons, citoyen commandant, que les renseignements que
     nous allons continuer de prendre nous mettront  mme de nous
     assurer de ce qu'on pourrait retrancher ou ajouter aux articles
     ci-dessus mentionns.

               _Signs_ J. B. BRUANT, et DEWEVRE.

_NOTE additionnelle au rapport du 21, adresse au mdecin en chef._

               Gaza, le 24 ventse an VII.

     Comme on avait rpandu l'alarme, il a fallu faire un rapport
     mesur, et aussi rassurant que possible, en indiquant pourtant
     soigneusement les moyens prservatifs.

     Tous les faits que j'ai pu recueillir jusqu' prsent paraissent
     prouver l'existence d'une maladie pestilentielle. L'avis des
     hommes senss de ce pays est que nous avons positivement la
     peste, et je ne suis plus loign de partager leur opinion; ils
     ajoutent que ce flau n'avait pas paru dans leur contre depuis
     quarante ans. Les bubons, il est vrai, ne paraissent gure qu'aux
     parotides; mais c'est parce que les malades sont presque tous en
     bas ge: circonstance, qui, bien que remarquable, ne change rien
      la maladie. D'ailleurs deux militaires viennent d'entrer dans
     l'hpital avec une prostration des forces plus absolue que dans
     les affections du caractre le plus malin, dpravation ou absence
     totale des forces intellectuelles, ptchies, et bubons dans les
     aines.

     Le malade, dont il est question dans le rapport, est un
     pharmacien de troisime classe; il est au sixime jour de sa
     maladie, et donne peu d'espoir de gurison; il a conserv l'usage
     de sa tte; les bubons ont paru dans les deux aines le troisime
     jour de l'invasion: je ne lui ai pas dcouvert de ptchies; le
     quatrime jour il a eu des faiblesses frquentes, les traits de
     la figure se sont altrs, son tat a t de plus en plus
     critique.

     Le premier jour de l'invasion, je donnai au malade un vomitif en
     lavage, je le mis  l'usage des sudorifiques pour tcher de
     porter  la peau; ce moyen n'ayant pas russi, je me suis born
      tenir les monctoires libres, et surtout  soutenir les forces
     en employant des fortifiants nergiques; c'est dans ces vues que
     j'ai fait successivement appliquer les vsicatoires aux jambes,
     puis aux bras; mais sans beaucoup de succs.

     Je vous envoie le mouvement de l'hpital depuis sa formation
     jusqu' ce jour.

     Les maladies rgnantes ont t jusqu'ici de nature catarrhale;
     plusieurs n'ont t attaqus que d'un rhume simple, d'autres, de
     pneumonie catarrhale. Les boissons chaudes, adoucissantes, les
     vsicatoires sur la partie, et les expectorants un peu forts vers
     la fin de la maladie ont t les remdes le plus gnralement
     employs. J'ai perdu quelques malades attaqus de dysenteries
     anciennes, et que les fatigues d'une longue route, et l'humidit,
     avaient rduits  la dernire extrmit: les signes les plus
     certains de la mort chez ces malades taient le hoquet, la
     noirceur et la scheresse de la langue, et un sentiment de
     resserrement au creux de l'estomac: dans cet tat le camphre ml
     dans toutes leurs boissons tait le seul remde qui leur procurt
     du soulagement. Deux malades sont morts de fivres bilieuses
     putrides: parmi ceux qui sont morts ou blesss il s'est prsent
     un troisime cas de cette espce; le malade a t attaqu deux
     jours avant de mourir d'une rysiple qui occupait presque toute
     l'tendue des cuisses.

     Le nombre des fivreux ne va pas au-del de trente.

     Nous sommes  la veille de manquer de mdicaments essentiels;
     nous n'avons plus de cantharides.

     J'aurai le plus grand soin de vous instruire de tout ce qui
     pourra survenir d'intressant dans mon service.

               _Sign_ J. B. BRUANT.

_Mouvement de l'hpital militaire de Gaza du 19 au 24 ventse an VII._

  Entrs                   170
  Sortis                    70
  Morts                     12
                          ----
  NOMBRE DES RESTANTS       88
                          ====

Cheif-Amrs est un beau village, sur une hauteur bien expose, entoure
et couverte de vgtation, avec de bonnes eaux, au sud-est et  trois
lieues de distance d'Acre. Nous y trouvmes un vaste palais, bti par le
cheikh Daher, et runissant  la hardiesse et la grandiose qui
caractrisent l'architecture arabe la solidit d'une forteresse. C'est
cet difice, capable de recevoir six cents malades, que nous choismes
pour y tablir notre hpital, sur lequel on vacua journellement
l'ambulance d'Acre.

De retour de Cheif-Amrs je continuai le service de l'ambulance devant
Acre, o je visitais les malades deux fois par jour.

Le 6, je reus une lettre du 3, crite de Jaffa par le citoyen S.-Ours,
requis pour le service mdical de cette place. Voici l'extrait de cette
lettre:

Le citoyen Auriol vient de tomber malade.

Le relev des cahiers de visite du 19 ventse au 1er germinal donne pour
rsultats:

  Malades existants le 19 ventse au soir       80
  Entrs du 19 ventse au 1er germinal         266
  Sortis du 19 ventse au 1er germinal         128
  Morts du 19 ventse au 1er germinal           87
                                              ----
  RESTANTS le 1er germinal au matin            131
                                              ====

Il est entr dans les premiers jours plus de deux cents malades. Les
cinq derniers jours nous en avons reu environ cent, compris
l'vacuation de Ramlh.

Sur les trois cent quarante-six malades que nous avons eu  traiter,
deux cents ont t attaqus de fivre avec engorgement des glandes
jugulaires, parotides, et surtout des axillaires et des inguinales, et
souvent des anthrax aux rgions scapulaires, pectorales, et lombaires.

Les excitants, les acides, et les corroborants de toute espce, joints 
un rgime analeptique, prescrit d'une manire convenable  l'tat
fbrile, et  celui des premires voies, peuvent seuls donner d'heureux
rsultats.

Les acides minraux manquent, et nous ne pouvons prescrire le camphre
qu'avec parcimonie: nous n'avons plus de quinquina en poudre, quoique ce
soit sous cette forme qu'il soit le plus avantageux de l'administrer;
nous avons beaucoup insist sur la dcoction de caf.

Nous avons renonc  l'application du feu dans les bubons, et nous
prfrons les incisions.

L'pidmie rgnante nous a paru curable aux trois quarts: l'art en
sauverait davantage si nous runissions plus de soins administratifs,
chirurgicaux, et pharmaceutiques.

Nous venons de perdre un chirurgien, et un pharmacien; deux autres
pharmaciens sont attaqus de l'pidmie.

J'ai propos et fait approuver par les autorits de la place la
formation d'un troisime hpital, consacr aux fivreux exempts de
l'pidmie, et qui sont presque tous affects de diarrhes et de
dysenteries.

Les habitants de Jaffa ont fort peu de malades.

Je reus le 12 une nouvelle lettre du citoyen S.-Ours, date de Jaffa le
9.

Elle m'apprenait d'abord la mort du citoyen Auriol, et me donnait
l'histoire de la maladie de ce jeune mdecin, pour lequel j'avais de
l'amiti, et dont le caractre ardent, les dispositions cultives, et
les talents bien dirigs auraient pu former un homme trs utile  la
socit.

Sa maladie, qui avait dbut par des nauses, ne fut caractrise que le
troisime jour par l'apparition d'un bubon sous l'aisselle droite; le
quatrime jour la fivre augmenta vers le soir, et il parut des
ptchies; le cinquime jour au matin adynamie totale, propagation des
taches: matre de sa raison, Auriol pronostiqua avec sang-froid l'heure
de sa mort, qui arriva effectivement  onze heures du matin.

Le traitement ordonn par le malade lui-mme avait consist dans l'usage
abondant des sudorifiques, des acides vgtaux, et du quinquina.

Les deux pharmaciens dont il est parl dans la lettre du 3 sont morts.

Quatre blesss, attaqus de l'pidmie, viennent d'tre vacus sur
l'hpital des fivreux.

Deux infirmiers-majors des blesss ont eu la maladie, mais si bnigne
qu' peine ont-ils t alits. Un servant franais est mort, et un autre
est guri. Sur vingt servants du pays deux seuls jusqu'ici ont t
malades; l'un est mort dans trois jours, et l'autre gurit.

Le troisime hpital n'est point encore tabli.

De cent vingt-huit malades existants  la visite du 9 au matin, plus de
soixante sont entirement hors de danger; ils ont un apptit extrme, et
ils rentreraient dans l'arme active, sans la plaie de leurs bubons qui
exige un pansement suivi.

On a trouv  Jaffa un homme du pays qui nous rend beaucoup de services,
par cela seul qu'il ne redoute pas la maladie; c'est un chrtien trs
exerc dans ce genre, et qui est aussi fataliste que les musulmans; il
fait les oprations ordonnes et les pansements ncessaires sous la
direction particulire de l'un de nos chirurgiens employ  l'hpital,
du service duquel est charg en chef le citoyen Assalini, chirurgien de
premire classe, distingu dans l'arme.

Je reus galement le 12 germinal une lettre du citoyen Bruant, date du
1er; elle contenait les faits suivants:

     L'pidmie attaque toujours les enfants de la contre; mais la
     mortalit diminue chaque jour.

     Nos malades graves arrivent gnralement des diffrents points
     de l'arme; il est rare que ceux mme de la garnison entrent 
     l'hpital avant le troisime jour; et ils meurent le quatrime,
     le cinquime, ou le sixime jour aprs l'invasion; la plupart
     des malades  qui on a pu administrer l'mtique en lavage le
     premier ou le second jour ont t sauvs: les uns n'ont t
     attaqus que lgrement de la maladie; chez d'autres elle a
     poursuivi son cours ordinaire; mais dans la nuit du 7 au 8 il
     survenait un changement notable, sans vacuation sensible; la
     maladie prenait alors les signes les plus caractristiques de la
     putridit; la plaie des vsicatoires se couvrait mme parfois
     d'escarres gangrneux; c'est ce qui est arriv au pharmacien dont
     il est parl dans la note du 21 ventse, et qui, contre tout
     espoir, avance rapidement vers la gurison. Les remdes employs
     dans cet tat de la maladie sont le quinquina, le camphre pendant
     quelques jours, et la limonade vgtale, parce que nous manquons
     d'acide sulfurique.

     Il y a dans ce moment quelques dysenteries anciennes, qui
     rsistent  tous les remdes: il est vrai que la plupart datent
     de quatre  cinq mois, et qu'il nous manque un grand nombre
     d'objets ncessaires pour leur traitement.

     Par _P. S._ Nous avons pris les plus grandes prcautions pour
     empcher que l'pidmie ne ft des ravages parmi les autres
     malades; tous ceux qui en sont atteints sont parfaitement isols.
     Deux exemples malheureux ont justifi cette conduite: un
     infirmier-major et un servant viennent d'en tre attaqus.

_Mouvement gnral de l'hpital militaire de Gaza pendant le mois de
ventse an VII._

  Entrs du 19 au 30                      191
  Sortis                                   98
  Morts                                    17
                                         ----
  RESTANTS le 1er germinal au matin        76
                                         ====

C'est la dernire lettre que j'ai reue du citoyen Bruant, qui succomba,
ainsi que presque tous les officiers de sant employs  Gaza assez peu
de temps aprs. Au reste, quoique l'poque prcise de sa mort ne me soit
pas connue, j'ai appris quelques unes des particularits qui l'ont
accompagne. Ce jeune mdecin d'une grande instruction, toute dirige
vers la pratique, tait extrmement zl pour son service; malgr le peu
de confiance que sa physionomie adolescente devait inspirer d'abord aux
militaires, il en tait chri et considr  cause de l'assiduit de ses
soins, et de ses succs. Distingu parmi les officiers de sant de son
ge et ceux d'un ge suprieur, il tait cout de tous avec plaisir.
Dans l'hpital de Gaza il avait surtout contract des liaisons intimes
avec le citoyen Dewevre, chirurgien attach  la commission des arts,
depuis employ dans les hpitaux de l'arme, et charg en chef du
service de cet tablissement. Forms, l'un  Montpellier, l'autre 
Paris, le mode d'enseignement, la direction des tudes, les opinions
diverses accrdites dans ces coles clbres taient pour eux l'objet
d'agrables et d'utiles entretiens; car ils taient encore  cette
poque heureuse de la vie o la passion de s'instruire n'allume dans les
esprits qu'une noble mulation sans dgrader le coeur par les bassesses
de la jalousie. Bruant, que la nature de son service exposait le plus,
tomba malade le premier: deux jours de suite il se trana dans ses
salles appuy sur Dewevre; l'accablement le fixa le troisime jour sur
son lit, et l'esprit encore assez libre il annona sa fin prochaine:
Dewevre apprcie la justesse du pronostic; il est frapp de stupeur, se
couche prs de son ami, et ne lui survit que trois jours... Excellents
jeunes gens, puisse l'hommage que ma plume rend  votre mmoire offrir
quelques consolations  vos proches et  vos amis! ou, si l'importance
et la clbrit des vnements auxquels cet crit est li peuvent le
soustraire  l'oubli de la postrit, puisse-t-elle s'occuper de vos
noms avec attendrissement!

J'adressai au chef de l'tat-major-gnral les notes suivantes, dont la
seconde fut mise  l'ordre du jour (n 199 et 201 de ma correspondance):

               Au quartier-gnral devant Acre, le 14 germinal an VII.

     Gnral, je vous prie de vouloir bien adresser de nouveau aux
     gnraux-commandants des diffrentes armes, aux chefs
     d'tats-majors divisionnaires, aux commandants des places et des
     corps, et aux chefs d'administrations, copie de mon avis, insr
     dans l'ordre du jour du 30 ventse dernier; je crois que cette
     mesure est trs utile d'aprs les questions que l'on m'adresse de
     tous cts sur le traitement de la maladie dominante.


               Au quartier-gnral devant Acre, le 15 germinal an VII.

     Il y a plusieurs militaires qui ont des vers de diffrentes
     espces.

     Ceux qui en ont reconnu l'existence doivent s'empresser de les
     dtruire, parce que c'est d'abord un mal dans les hommes
     d'ailleurs sains, et ensuite une complication dsavantageuse dans
     la plupart des maladies.

     Les hommes de l'art souponnent la prsence des vers par la
     dilatation de la pupille, un picotement particulier vers le
     nombril ou la rgion de l'estomac, des points douloureux et
     vagues dans les parties latrales et internes de la poitrine;
     mais ce qui est une preuve convaincante pour tous les hommes
     c'est la sortie des vers eux-mmes.

     On peut se servir avec succs du remde suivant, qu'il est
     facile de se procurer dans notre position:

     Prenez quatre fortes cuilleres d'huile, et autant de suc de
     citron, buvez cette potion  jeun deux ou trois jours de suite.

Le mme jour je reus une lettre du citoyen S.-Ours, date de Jaffa le
12.

Cette lettre m'annonait que le service de l'hpital des fivreux allait
trs mal.

Il n'y avait plus  la pharmacie de quoi faire des vsicatoires et des
sinapismes; le quinquina, la rhubarbe, les acides, jusqu'au vinaigre
mme manquaient.

Sur les cent trente malades que m'a donns la visite de ce matin, cent
dix sont atteints de la maladie rgnante, et le reste de dysenteries,
auxquelles se joignent souvent des affections de poitrine.

La diathse inflammatoire semble prendre de la prpondrance, et le
rgime corroborant parat moins convenir qu'en ventse.

Les infirmiers-majors franais sont rduits  un; les servants franais
et turcs meurent journellement.

L'pidmie fait des progrs parmi les habitants.

Un quatrime pharmacien en est atteint depuis avant-hier.

_Mouvement de l'hpital militaire de Jaffa du 1er au 12 germinal an
VII._

  Malades restants le 1er au matin         149
  Entrs du 1er au 12                       86
  Sortis                                    50
  Morts                                     55
                                          ----
  RESTANTS le 12 au matin                  130
                                          ====

Je reus le 18 une nouvelle lettre du citoyen S.-Ours, date de Jaffa le
15; elle portait:

1 Qu'un bataillon de la quatre-vingt-cinquime demi-brigade
d'infanterie de ligne, arriv dans la place, avait envoy plusieurs
hommes  l'hpital;

2 Que l'interprte et deux servants turcs de l'hpital des fivreux
venaient de tomber malades;

3 Que le pharmacien mentionn dans la lettre du 12 tait mourant dans
l'hpital des blesss;

4 Que l'adjudant-gnral Grezieux tait mort;

5 Que l'pidmie continuait de faire de grands ravages parmi les
habitants.

Un dtachement du corps des dromadaires tant parti le mme jour pour
l'gypte, je profitai de cette circonstance pour crire a Jaffa,  Gaza,
et au Kaire.

1 En accusant au citoyen S.-Ours la rception de ses lettres,
j'ajoutais, aprs plusieurs instructions sur des dtails de service
qu'il est inutile de rapporter: J'ai fait saigner avec avantage tout au
commencement de la maladie, quand l'inflammation est bien violente, et
le sujet robuste; la plthore gastrique ne m'a point arrt, et j'ai
renvoy le vomitif au lendemain.

2 J'adressai au citoyen Bruant l'ordre de se rendre au
quartier-gnral... Triste effet de l'loignement; on s'occupe souvent
avec sollicitude de ceux qui n'existent plus!

3 J'envoyais au citoyen Emeric, mdecin de l'arme, et mon supplant en
gypte, diverses instructions en rponse aux comptes qu'il m'adressait,
et dont je renvoie le rsum  la fin de l'expdition de Syrie, pour ne
pas interrompre la suite de ma narration.

Le citoyen Vallat, chirurgien de la dix-huitime demi-brigade
d'infanterie de bataille, requis pour le service mdical, m'annonait
que l'hpital de Cheif-Amrs tait dpourvu de mdicaments, et de toute
espce de fourniture. La mortalit avait t de trois jusqu' six hommes
par jour; le 18, il y avait soixante-douze  quinze malades, presque
tous donnant beaucoup d'esprance de gurison.

Le 21, l'ordre fut donn d'vacuer compltement l'hpital de Cheif-Amrs
sur l'ambulance d'Acre, et d'vacuer journellement ce dernier
tablissement sur Haffa, et le couvent du mont Carmel,  quatre
grandes heures de distance, en ctoyant presque toujours la mer, et en
passant un gu assez difficile.

Je reus le 24 une lettre du citoyen S.-Ours, date de Jaffa du 21; en
voici l'extrait:

     On manque toujours de vsicatoires et de sinapismes.

     Cependant les vsicatoires ont fait des merveilles, appliqus le
     deuxime, le troisime, et mme le quatrime jour, comme
     excitants et drivatifs; ils empchent ou terminent ces
     lthargies funestes, ces mtastases crbrales, dont les deux
     tiers des malades sont atteints ds les premiers jours.

     Encourag par votre exemple et vos succs, j'ai fait saigner
     avec avantage des jeunes gens plthoriques sanguins; jusqu'ici je
     n'avais os faire pratiquer que des scarifications lgres.

     J'administre aussi avec plus de scurit les vomitifs.

     Soixante de mes malades sont bien guris, et dans un dpt de
     convalescents.

     Pareil nombre est en trs bon tat  l'hpital; mais avec plus
     de secours on aurait plus de succs... Le commandant de la place
     et le commissaire des guerres m'assistent de tout leur pouvoir...
     L'administration crie sans cesse qu'elle est sans argent, et se
     refuse  faire des avances... cependant la journe ne lui
     revient pas  cinq sous par malades...

Cette lettre est termine par des tmoignages ritrs de la confiance
de celui qui me l'crivait, et l'explosion vive d'une me sensible,
dchire par les contrarits de l'insouciance et de la cupidit.

_Mouvement de l'hpital militaire de Jaffa du 12 au 21 germinal an VII._

  Malades restants le 12 au matin      130
  Entrs du 12 au 21                    67
  Sortis                                51
  Morts                                 55
                                      ----
  RESTANTS le 21 au matin               91
                                      ====

Je rpondis le 25 au citoyen S.-Ours, et je finissais en lui disant que,
manquant comme lui de cantharides, j'avais substitu quelques gouttes
d'eau bouillante verses de haut: en effet ce moyen m'avait russi sur
un grand nombre de malades, notamment sur le citoyen Boussenard, dont il
est parl ci-dessus page 50, et plus rcemment encore au premier moment
de l'invasion sur un garde-magasin, et un officier d'artillerie, qui se
promenaient librement au bout de deux jours. Ces faits observs au
milieu d'un camp taient devenus trs publics, et cette pratique a t
rpte avec succs.

Au reste il est probable que le citoyen S.-Ours ne reut point ma
lettre; il tait mort ou mourant quand elle arriva  Jaffa.

Les regrets les plus vifs clatrent universellement dans les rangs de
la trente-deuxime demi-brigade quand on apprit la mort de cet officier
de sant, et les braves qui composent ce corps, frapps depuis dans les
combats, l'appelrent encore longtemps pour tancher le sang dont ils
couvrirent une terre barbare.

Le mme jour le gnral en chef ordonna qu'il serait fait une vacuation
partielle de nos hpitaux sur Damiette, et que l'on profiterait du
retour des djermes qui avaient apport des munitions de guerre  Jaffa
et  Tentoura.

J'crivis la lettre suivante au chef de l'tat-major-gnral (n 206 de
ma correspondance).

               Au camp devant Acre, le 25 germinal an VII.

     Gnral, il est reu que lorsque les officiers de sant en chef
     des hpitaux jugent ncessaire d'accorder aux militaires une
     exemption de service pour quelques jours, cela est port en marge
     du billet de sortie et excut. Aujourd'hui cette mesure, qui
     peut tre de la plus grande utilit, est contrarie par
     plusieurs officiers. Je vous prie de prendre sur cet objet une
     dtermination, et de la faire connatre par l'ordre du jour.

Je remis encore au chef de l'tat-major-gnral la note suivante (n 208
de ma correspondance).

               Au camp devant Acre, le 29 germinal an VII.

     Gnral, il est de la plus grande utilit pour la conservation
     de la sant de l'arme de faire changer l'emplacement des camps
     du quartier-gnral et des divisions Reynier et Lasnes.

Le mme jour j'eus l'honneur de demander par crit au gnral en chef la
formation d'une commission sanitaire, pour avertir indirectement l'arme
entire des prcautions qu'il convenait de prendre (n 209 de ma
correspondance).

Le lendemain 30, j'en informai l'ordonnateur des lazarets en gypte,
afin que connaissant notre position il put prendre  notre retour les
mesures qu'il jugerait convenables (n 210 de ma correspondance).

J'crivis galement au citoyen Emeric (n 211 de ma correspondance), et
je lui traai l'esquisse suivante de notre pidmie, toujours dsigne
sous le nom de fivres contagieuses.

     Ier degr; fivre lgre, sans dlire, bubons; presque tous les
     malades gurissent facilement et promptement.

     IIe degr; fivre, dlire, et des bubons; le dlire s'apaise vers
     le cinquime jour, et se termine ainsi que la fivre vers le
     septime; plusieurs gurissent.

     IIIe degr; fivre, dlire considrable, bubons, charbons, ou
     ptchies sparment ou runis; rmission ou mort du troisime au
     cinquime ou sixime jour; trs peu de gurisons.

Le gnral en chef me remit le 1er floral une lettre qui lui tait
adresse par le capitaine du corps du gnie Michaux, commandant de
Cathih, en date du 13 germinal: voici ce qui pouvait m'intresser:

     Une maladie dangereuse s'est dclare dans le fort le 10 de ce
     mois; les symptmes sont un mal de tte, des bubons dans les
     aines, ou sous les aisselles, et le dlire.

     L'hpital tait sans malades le 8.

     Deux infirmiers, un ouvrier d'artillerie, un sapeur, et un
     volontaire, tombrent successivement malades du 8 au 10.

     L'ouvrier mourut le 10, et le sapeur le 11.

     Ces deux vnements subits me dterminrent  faire sur-le-champ
     mettre la mosque de la redoute en tat de recevoir nos malades,
     qui y furent transfrs le 11, suivis des employs ncessaires.

     J'ai tabli une garde extrieure, et je communique avec
     l'hpital avec les plus grandes prcautions.

     Le 12, les deux infirmiers sont morts.

     Aujourd'hui 13, il est mort un volontaire de la dix-huitime
     demi-brigade, et un sapeur, entrs tous les deux la veille.

     Il reste cinq malades; savoir, trois sapeurs, un sergent, et un
     fusilier de la trente-deuxime demi-brigade.

     Nous n'avons qu'un chirurgien de troisime classe, et un
     infirmier pour soigner nos malades: on a demand des secours 
     Damiette.

Je remis au chef de l'tat-major-gnral la note suivante (n 212 de ma
correspondance).

               Au camp devant Acre, le 3 floral an VII.

     Gnral, il serait avantageux pour la salubrit d'ordonner qu'on
     mette le feu aux fumiers qui sont aux environs du
     quartier-gnral, et du parc d'artillerie, ainsi qu'on l'a fait
     ces jours passs prs des autres camps.

Le lendemain je fus visiter l'hpital du mont Carmel, dont la belle
position est indique dans l'estimable voyage de Volney. Cet
tablissement de fivreux, sous la direction du citoyen Vallat, tait
dans un tat satisfaisant; il y avait le 4  peu prs cent cinquante
malades, dont prs de cent convalescents, auxquels il ne restait que la
plaie rsultant de l'ouverture de leurs bubons.

Le 6, il n'y avait plus de chirurgien attach  cet tablissement, ce
qui retarda la gurison de plusieurs malades.

Je mis sous les yeux du gnral en chef, le 7, une note, suivie des
mouvements de l'ambulance devant Acre, d'o il rsultait une diminution
sensible dans le nombre des morts, qui, sur trente entrant par jour,
avait t souvent de six  neuf, et n'tait plus gure que de trois (n
216 de ma correspondance).

J'eus l'honneur de lui communiquer, le 8, les mouvements des hpitaux du
Kaire pendant la premire dcade de germinal, en ajoutant par
observation, qu'une fivre violente avec ptchies, qui avait excit des
alarmes, tait calme, et qu'une fivre gastrique ou putride vermineuse,
qui avait attaqu les lves de l'cole nationale, avait t traite
avec succs, et tait compltement disparue (n 217 de ma
correspondance).

Les citoyens Pugnet et Renati, mdecins de l'arme, s'tant rendus au
quartier-gnral, j'envoyai le premier au mont Carmel, et je chargeai le
second de l'ambulance devant Acre; mais sa sant ne lui ayant pas permis
au bout de trois jours d'en continuer le service, je le repris, quoique
je fusse appel de toutes parts et  toutes les heures du jour et de la
nuit.

J'crivis, le 13, au Kaire au citoyen Emeric pour ordonner des
dispositions de service en gypte, et je terminai ainsi ma lettre:
L'pidmie sur laquelle je vous ai donn des dtails dans ma lettre du
30 germinal est trs mitige, malgr les fatigues de la campagne, et
l'inconstance du climat (n 222 de ma correspondance).

Le 15, il y eut de nouveaux ordres pour vacuer partiellement
l'ambulance d'Acre sur Haffa, Tentoura, et ensuite par mer sur
Damiette.

Le 18, au matin, ordre d'vacuer sur-le-champ l'ambulance entire sur
Haffa.

Le mme jour plaintes vives portes par les citoyens Pugnet et Vallat
sur le manque absolu de mdicaments et de pharmaciens au mont Carmel;
les remontrances que je fais  cette occasion sont suivies de promesses
qui restent sans aucun effet.

De nouveaux ordres du 22 pressent l'vacuation des malades et des
blesss; on met  la disposition de l'ambulance des prolonges
d'artillerie; l'ordonnateur en chef demande des tats de situation pour
diriger ses vacuations, et je lui adresse la note suivante (n 225 de
ma correspondance).

               Au quartier-gnral devant Acre, le 22 floral an VII.

     Citoyen, je vous envoie, conformment  votre lettre
     d'aujourd'hui, le rsultat de ma visite  l'ambulance centrale.

     Vous trouverez ci-joint un tat qui constate que de trente-huit
     fivreux, huit sont hors d'tat d'tre transfrs, six ont
     indispensablement besoin de voitures, et vingt-quatre de montures
     pour tre vacus.

     Les malades sont prvenus et disposs  faire ce qu'exigent les
     circonstances.

Je crains que la multiplicit des affaires ne fasse oublier un moment
celle qui m'occupe tout entier, et je remets aux mains propres de
l'ordonnateur en chef la lettre suivante (n 227 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral devant Acre, le 27 floral an VII.

     Citoyen, je vous prie de me faire connatre  quelle poque vous
     avez fix l'vacuation des fivreux de l'tablissement du mont
     Carmel, pour que je puisse faire les dispositions qui me
     concernent.

Une lettre du citoyen Pugnet du 22, crite cependant par duplicata, ne
m'arriva que le 27: ce mdecin me prvenait que l'hpital, compltement
encombr, recevait journellement des mourants; que le citoyen Vallat,
l'conome, et tous les infirmiers franais taient attaqus de
l'pidmie, et qu'il n'y avait mme plus de papier pour faire les
visites; enfin il m'envoyait le mouvement suivant, le seul qu'il eut t
possible de relever d'aprs les billets d'entre et de sortie.

_Mouvement de l'hpital militaire du mont Carmel du 21 germinal au 6
floral an VII._

  Malades vacus sur l'tablissement le 21 germinal    152
  Entrs du 21 germinal au 6 floral                    269
  Sortis                                                137
  Morts                                                  54
                                                       ----
  RESTANTS le 6 au soir                                 230
                                                       ====

_tat des blesss et fivreux qui sont dans les hpitaux de Haffa et du
mont Carmel le 27 floral  dix heures du soir._

                           {   100 peuvent marcher.
  550 blesss; savoir      {   300 peuvent aller sur des montures.
                           {   150 sur des brancards ou prolonges.

                           {   150 peuvent marcher.
  222 fivreux             {  72 peuvent aller sur des montures.

  ---------
  Total 772
  ---------
               _Sign_ l'adjudant-gnral LETURQ.

Le 29, je reus du citoyen Pugnet une lettre du mme jour, par laquelle
il me peignait sa situation difficile des couleurs les plus vives, en
protestant d'un zle dont il a donn en effet des preuves clatantes.

Je rpondis  ce mdecin le 30 au matin qu'un adjudant-gnral venait
d'tre spcialement charg de faire vacuer les hpitaux, et qu'il et 
faire lui-mme,  la rception de ma lettre, les dispositions les plus
actives pour suivre le corps de l'arme, qui devait passer sous le mont
Carmel dans la nuit du 1er au 2 prairial pour se diriger vers Jaffa.

Avant de quitter Acre, il me reste peu  ajouter  ce qui a t expos
ci-dessus sur la marche ou l'issue de l'pidmie, soit que j'aie parl
d'aprs mes propres observations, ou plus souvent encore confondu les
miennes avec celles des autres, en les analysant, pour n'offrir que ce
qu'elles avaient d'utile.

Cependant il est  remarquer:

1 Que l'ambulance d'Acre, quoique dsavantageusement place prs d'un
marais, et recevant tous les blesss de la tranche, fut encore moins
encombre que les autres tablissements;

2 Que les malades y arrivaient plus directement et plus tt,  cause du
voisinage de la masse de l'arme;

3 Que les secours, quoique trs insuffisants, manqurent moins
qu'ailleurs.

Il n'est pas inutile de dire que le chef de l'entreprise des hpitaux
ayant essuy prcdemment en gypte une humiliation publique, et,  ce
qu'il a paru depuis, peu mrite, chercha  la faire oublier par des
services trs actifs; que l'ordonnateur en chef, et les commissaires des
guerres, chargs de la police de l'ambulance, s'en occuprent beaucoup;
et que le gnral en chef et son tat-major, retranchant de la table la
plus frugale ce qui pouvait tre utile  l'hpital, amliorrent
sensiblement la position de nos malades.

On a vu que l'ambulance tait mal place: son insalubrit tait
augmente depuis qu'on l'avait entoure de cadavres, les uns  peine
recouverts, les autres sortant  moiti de terre; et, comme si ce n'et
t assez de tant de sources de mort, les approches de l'hpital taient
souvent sillonnes par des boulets de canon, et des bombes tombrent
plusieurs fois sur l'tablissement lui-mme.

Vers la fin du sige nous n'avions plus d'infirmiers; ils taient
malades ou morts. C'tait au reste le rebut et la honte de la socit:
presque tous, fltris pour des crimes, taient des trangers chapps
des bagnes de Gnes, de Civita-Vecchia, ou de Malte; ils n'taient
attirs dans les hpitaux que par la soif de l'argent dont ils
dpouillaient les malades.

Je me trouvais donc frquemment oblig de nettoyer l'espce de
souterrain fangeux, o mes malades taient tendus sur des joncs,
c'est--dire de ramasser les billons, les sacs, les baudriers, les
casquettes, les chapeaux ou les bonnets  poil des morts, pour les jeter
moi-mme au feu, que je faisais allumer  cet effet derrire l'hpital.

Dans mes visites mon plus grand soin tait de classer mes malades,
conformment aux trois degrs indiqus, page 79, mais dans un ordre
inverse.

1 Je cherchais  juger d'un coup-d'oeil s'il tait encore temps
d'administrer quelques secours;

2 Je m'occupais plus attentivement de ceux qui taient au second degr,
comme prsentant beaucoup plus d'espoir de gurison;

3 Je confondais souvent ceux du premier degr avec les convalescents,
et je me contentais de leur indiquer leur rgime et leurs pansements.

Il m'tait impossible de faire autrement: averti par l'infection, et par
la lassitude tant presque toujours oblig de me tenir  genoux, je fus
souvent forc d'interrompre jusqu' trois fois ma visite pour aller
prendre l'air au dehors.

Le grand nombre de blesss empcha que j'eusse constamment un chirurgien
 ma visite, et je ne l'exigeai pas; mais toutes les oprations
indiques n'en furent pas moins pratiques  l'ambulance comme dans les
camps.

Je dois ici des remerciements publics aux citoyens Millioz, chirurgien
de premire classe, Dieche, du corps des guides, Zink, et Leclerc,
chirurgiens de seconde classe, pour le zle affectueux avec lequel ils
me secondrent dans diffrentes occasions.

Le citoyen Vautier, pharmacien de premire classe, charg du magasin
central des mdicaments au Kaire, et depuis employ comme mdecin,
suivit longtemps ma visite avec un sang-froid qu'il a toujours conserv
depuis en traitant cette maladie.

J'avais form les convalescents  rendre des services aux malades graves
en y attachant un certain prix, et je ne dois pas dissimuler que
plusieurs reprirent la maladie; ce qui est contre l'assertion de
plusieurs clbres crivains qui ont prtendu que l'on ne pouvait en
tre attaqu deux fois dans une mme saison.

Ce fut pour rassurer les imaginations et le courage branl de l'arme,
qu'au milieu de l'hpital je trempai une lancette dans le pus d'un
bubon, appartenant  un convalescent de la maladie au premier degr, et
que je me fis une lgre piqre dans l'aine et au voisinage de
l'aisselle, sans prendre d'autres prcautions que celles de me laver
avec de l'eau et du savon qui me furent offerts. J'eus pendant plus de
trois semaines deux petits points d'inflammation correspondants aux deux
piqres et ils taient encore trs sensibles lorsqu'au retour d'Acre je
me baignai en prsence d'une partie de l'arme dans la baie de Csare.

Cette exprience incomplte, et sur laquelle je me suis vu oblig de
donner quelques dtails  cause du bruit qu'elle a fait, prouve peu de
chose pour l'art; elle n'infirme point la transmission de la contagion,
dmontre par mille exemples; elle fait seulement voir que les
conditions ncessaires pour qu'elle ait lieu ne sont pas bien
dtermines. Je crois avoir couru plus de danger avec un but d'utilit
moins grand, lorsqu'invit par le quartier-matre de la
soixante-quinzime demi-brigade, une heure avant sa mort,  boire dans
son verre une portion de son breuvage, je n'hsitai pas  lui donner cet
encouragement. Ce fait, qui se passa devant un grand nombre de tmoins,
fit notamment reculer d'horreur le citoyen Durand, payeur de la
cavalerie, qui se trouvait dans la tente du malade.

C'est au reste dans les murs de cette mme ville d'Acre qu'au temps des
croisades, l'pouse d'un prince anglais, renouvelant aussi l'heureuse
audace des psylles, osa sucer les plaies de son mari rputes
empoisonnes, et donna au monde ce bel exemple de la pit conjugale.

Le citoyen Berthollet me dit un jour qu'il tait port  croire que la
contagion se communiquait souvent par les organes de la dglutition, et
qu'elle avait pour vhicule l'humeur salivaire; soit que l'opinion de
ce grand chimiste qui a cultiv et honor la mdecine fut trop prsente
 mon esprit, ou bien parce qu'il est dans la nature de l'homme de
n'avoir pas  tous les instants le mme degr de rsolution, tant est-il
que j'acceptai depuis dans le dsert avec une rpugnance extrme, suivie
de rflexions importunes, de l'eau que me prsenta par reconnaissance,
dans sa gourde, le mme soldat, parfaitement guri, qui m'avait fourni
du pus pour m'inoculer.

Au milieu des tmoignages prcieux d'affection dont j'tais
journellement combl par l'arme j'entendis souvent demander par quels
moyens j'tais inaccessible  la contagion. Cependant je prenais assez
peu de prcautions: aussi bien nourri que les circonstances le
permirent, je faisais un frquent usage des spiritueux, pris  petites
doses, et trs tendus; j'allais constamment  l'ambulance  cheval et
au petit pas: on a vu comment je m'y comportais; au sortir de cet
tablissement je me lavais soigneusement les mains avec de l'eau et du
vinaigre, ou de l'eau et du savon, et je revenais au camp au petit
galop; ce qui me procurait un lger tat de moiteur; je changeais de
linge et d'habits, et je me faisais laver le corps entier avec de l'eau
tide et du vinaigre avant de me mettre  manger. Quoique ce soit trop
longtemps parler de soi-mme, j'apprciai aussi pour la premire fois le
bonheur rare d'une constitution qui, au milieu des plus grandes
fatigues, me fait retrouver dans quelques heures de sommeil les forces
du corps et le calme de l'esprit.

Les maladies intercurrentes ont quelquefois, mais pas toujours,
particip du caractre de l'pidmie; cette assertion, positivement
contradictoire  l'opinion reue, et accrdite par de savants mdecins,
anciens et modernes, est fonde sur des observations exactes; et le
clbre Monge en a offert lui-mme un heureux exemple.

L'influence des vents du sud dans ces contres est assez connue; c'est
en effet quand ils soufflrent que nous emes le plus de malades: on
sait galement combien l'air humide, et surtout humide et chaud, influe
sur la production ou le dveloppement de la peste.

On trouvera ici avec plaisir un rsultat d'observations mtorologiques,
qu'a bien voulu me communiquer le citoyen Costaz, membre de l'institut
d'gypte.

_Rsum d'observations faites au camp devant Acre, en germinal et
floral an VII._

     Lorsque le vent soufflait des rhombes, entre le sud et l'est, il
     charriait une poussire noire-jauntre, extrmement fine, qui
     pntrait partout; les meubles faits de bois mince se geraient
     ou se voilaient; les lvres et la peau taient dessches; on
     prouvait un sentiment de lassitude dans toute l'habitude du
     corps, et un besoin continuel de boire. Lorsqu'on en recevait
     l'impression sur la peau nue, on sentait une chaleur  peu prs
     pareille  celle qui sort des tuyaux de chaleur que l'on dispose
     dans quelques uns de nos appartements en Europe. Ce vent
     s'tablissait vers le milieu de la nuit, et finissait
     ordinairement vers les une ou deux heures aprs midi; il faisait
     monter le thermomtre de Raumur de trente-deux  trente-trois
     degrs: le vent d'ouest lui succdait, et faisait descendre le
     thermomtre autour de dix-huit degrs; il se maintenait deux ou
     trois jours  l'ouest, et passait au nord, o il demeurait  peu
     prs deux jours, maintenant toujours le thermomtre  la mme
     hauteur; aprs quoi il sautait entre le sud et l'est, et
     produisait les effets dont nous avons parl en commenant.

L'avant-garde de l'arme se porta pendant le sige d'Acre  Nazareth, 
Cana, au pied du mont Thabor, aux bords du Jourdain,  Tibriade, etc,
o elle se couvrit de gloire; elle eut pendant dix jours beaucoup de
fatigues  essuyer, et fit dans un pays, souvent trs difficile, une
marche de plus de cinquante heures[12].

          [Note 12: Voyez pour les dtails militaires la _Relation des
          campagnes du gnral Bonaparte en gypte et en Syrie_, par le
          gnral Alex. Berthier; Paris, an IX.]

La cavalerie, en quatre jours et vingt heures de marches, souvent trs
pnibles, et en passant par Ramh, Safet, et Djaoun, se porta au pont de
Iacoub.

Un corps de troupes aux ordres du gnral Vial, tait all  douze
heures de distance d'Acre, prendre possession de Sour, l'ancienne Tyr,
lieu clbre, et sur lequel on peut consulter le Voyage de Volney.

Il y eut pendant le sige d'Acre un exemple remarquable d'aberration
d'esprit momentane, produite par un excs de sensibilit.

Un trs jeune officier du gnie fut tu  la tranche; il rappelait par
les plus aimables dons de la nature, comme il retraa par ses malheurs
l'image et le sort de ce beau Lesbin du Tasse,

  A cui non anco la stagion novella
  Il bel mento spargea de primi fiori:[13]

          [Note 13: GIERUS. LIB., canto IX.]

La veille de sa mort il s'tait entretenu longtemps dans une promenade
avec son meilleur ami de ses honorables dangers, peut-tre aussi de ses
tristes pressentiments... ils se renouvelrent cent fois l'assurance de
l'attachement qui les unissait... L'ami du jeune ingnieur, tranger par
ses fonctions aux oprations du sige, y fut entran le lendemain par
une vive sollicitude... il gagnait la tranche lorsqu'il trouva sur ses
pas deux sapeurs qui creusaient une fosse sous l'une des arcades de ce
mme aqueduc, prs duquel il avait eu l'entretien de la veille... il
s'avance, et reconnat tendu mort prs d'eux son fidle ami...

        Veluti flos succisus aratro.[14]

  Telle une tendre fleur qu'un matin voit clore
  Des baisers du zphir, et des pleurs de l'aurore,
  Brille un moment aux yeux et tombe avant le temps
  Sous le tranchant du fer ou sous l'effort des vents.[15]

          [Note 14: Virgilius, nidos, lib. IX.]

          [Note 15: Volt., Henriade, chant III.]

La stupeur s'empare de lui; bientt il se ranime, et rsiste avec
violence  ceux qui veulent l'entraner loin d'un si douloureux
spectacle; gar il s'lance sur la tombe de son ami, recouverte  la
hte, et veut s'y ensevelir avec lui; l'affaissement survient, et il
perd le sentiment; on en profite pour l'enlever et le porter au camp...
l, il se rveilla et s'abandonna de nouveau aux pleurs et aux
gmissements... Qui n'accusa-t-il pas de la perte de son ami?... il alla
jusqu'aux imprcations de la fureur... enfin le repos, qui calme une
partie des maux des hommes, vint lui rendre la raison sans teindre
pourtant ses regrets.

Le 17 prairial on battit la gnrale  neuf heures du soir, et l'arme
quitta le camp, qui tait rest pendant soixante jours au sud d'une
petite chane de collines parallles  la mer,  mille ou douze cents
toises de la place d'Acre.

Le 2,  une heure et demie du matin, je trouvai l'adjudant-gnral
Leturq, non seulement ordonnant depuis trois jours dans Haffa les
dispositions de l'vacuation des blesss, dont quelques-uns taient
attaqus de l'pidmie, mais chargeant lui-mme les plus malades d'entre
eux sur des brancards. Cet officier suprieur fut attaqu au Kaire, 
son retour de l'expdition, d'une fivre soporeuse trs grave:  peine
l'avais-je guri qu'il vola  de nouvelles fatigues et  de nouveaux
dangers: il fut tu  la glorieuse bataille d'Aboukir, du 7 thermidor;
et sa mmoire a t honore par les loges du gnral en chef.

L'vacuation du mont Carmel se fit aussi rgulirement; seulement
quelques malheureux, trop empresss de rejoindre le corps de l'arme,
crurent pouvoir abrger leur route en se frayant des sentiers sur un
terrain qui tait impraticable; ils se prcipitrent des rochers levs
du Carmel, et on n'en fut averti dans la faible lueur de la nuit que par
les cris et les gmissements dchirants qu'ils firent entendre avant
d'expirer.

Je renvoie encore  la narration du gnral Berthier pour le bel ordre
dans lequel se fit l'vacuation des malades et des blesss,  laquelle
toute l'arme, mais lui surtout, s'empressa de concourir avec ce zle
qu'inspire un amour profond de l'humanit.

L'arme tait  Tentoura le mme soir.

D'Acre  Tentoura il y a prs de douze heures de marche: d'abord on
traversa les marais; ensuite on passa le Kesson  son embouchure sur un
pont que l'on avait jet; on traversa Haffa, petite ville ferme de
murs flanqus de tours, au midi et  cinquante toises de laquelle on
voit une grosse tour qui domine la ville; on tourna la pointe du Carmel;
on trouva un puits en face de Kinesh; plus loin les imposantes ruines
d'Atalik, chteau clbre du temps des croiss; enfin la plage aride et
le mouillage de Tentoura.

Le 3, l'arme se porta en deux heures et demie de marche de Tentoura 
Kaisarih ou Csare; on passa deux rivires  gu: le chemin tait
mauvais aux approches de cette ville, btie et ddie par Hrode 
Csar-Auguste, et qui ne prsente plus aujourd'hui que des ruines qui
attestent cependant son antique magnificence. On voit galement un
chteau fort, bti par les croiss, dont les fosss et les murs, bien
conservs, renferment dans leur enceinte les ruines d'une glise
gothique, en face de laquelle se trouve un puits d'excellente eau.

L'arme partit de Csare le 4 au matin pour aller coucher 
l'embouchure de l'l-Hhadar; il y a un peu plus de huit heures de
marche: d'abord on passa une petite rivire  gu; on entra ensuite dans
un dfil dangereux; puis on s'arrta au petit port de Mina
abou-Zaboura, o l'on trouve au pied d'un rocher une source d'eau douce:
en continuant la route on passa  gu la rivire de Hhylh ou du
Crocodile; quittant ensuite le rivage de la mer, qui s'lve
brusquement, nous nous enfonmes un peu  l'est dans un pays montueux,
couvert d'arbres et d'arbustes: le vent de mer, si agrable dans nos
marches prcdentes, ne s'y faisait point sentir, et la chaleur fut
accablante. Aprs avoir pass  la vue du village d'Omkaled, nous
arrivmes avant le coucher du soleil aux bords de l'l-Hhadar; cette
rivire que l'on traversa  gu, et dont les eaux sont marcageuses,
enveloppe presque de toutes parts un norme mamelon, sur lequel l'arme
passa la nuit.

On dcampa le 5  deux heures du matin; et l'arme arriva en sept heures
de marche  Jaffa, en reprenant la route  l'ouest pour regagner le
rivage de la mer, qu'elle ne quitta plus, et en passant sur un pont
l'embouchure de la Houja.

L'arme sjourna quatre jours  Jaffa.

Le 6, au matin, il y avait dans cette place cent soixante-dix fivreux,
et le soir deux cents cinquante, fournis dans le jour par l'vacuation
du mont Carmel et quelques traneurs.

Il y avait le plus grand encombrement dans les tablissements; tout
manquait au soulagement des malades, local spacieux, officiers de sant,
mdicaments, employs et sous-employs d'administration.

Quelques militaires intelligents avaient tabli d'eux-mmes l'ombre
d'organisation qui subsistait encore. On a parl, page 52, d'un chrtien
du pays qui fut fort utile: cet homme, presque toujours ivre, ronflait
une partie du jour, et souvent expos au soleil, sur un banc de pierre
qui tait  la porte de l'hpital; j'ai vu des soldats, pour le tirer de
cette espce de lthargie, le rveiller brusquement, et mme le conduire
 grands coups de btons dans leurs salles, et se faire panser et oprer
par lui; et il est digne d'observation qu'aprs avoir ouvert les bubons,
ou enlev des charbons, il essuyait lgrement ses bistouris, et les
plaait entre son front, souvent couvert de sueur, et son turban, sans
qu'il en soit rsult aucun inconvnient.

Le commandant de la place avait dsign une maison isole pour les
convalescents. Elle en contenait  notre arrive prs de cinquante qui
rentrrent dans leurs corps pendant que l'arme campa devant Jaffa.

Je fis partir le mme jour le citoyen Pugnet, pour qu'il prt soin d'une
cinquantaine de nos malades, que l'on vacua sur Cathih, sous l'escorte
d'un bataillon de la vingt-deuxime demi-brigade d'infanterie lgre.

Le 7, sur deux cents malades existant dans l'hpital, cinquante
seulement pouvaient tre vacus sur des montures; le reste ne pouvait
l'tre que sur des voitures ou des brancards. Parmi ces derniers un
grand nombre tait sans aucun espoir de gurison, et il tait probable
qu'il en prirait quinze, vingt, et jusqu' 25 par jour. Je fis sentir 
l'autorit suprieure l'inutilit et les dangers d'une vacuation de
malades rduits  cette extrmit (n 231 et 232 de ma correspondance.)

Ayant vu une grande quantit de soldats se gorger d'abricots verts, je
remis la note suivante au chef de l'tat-major-gnral, qui la fit
insrer dans l'ordre du jour (n 233 de ma correspondance).

               Au camp de Jaffa, le 8 prairial an VII.

     Les fruits qui ne sont pas bien mrs sont trs nuisibles; ils
     produisent au moins des digestions difficiles, souvent des
     diarrhes et des dysenteries: ces indispositions ou ces maladies
     jettent dans une grande faiblesse et rendent incapable de
     supporter les fatigues de la guerre.

Le soir du mme jour le mouvement de l'hpital tait de cent cinquante
malades; mais d'aprs un examen plus attentif je dterminai vingt 
vingt-cinq hommes  rentrer au camp.

Je passai presque tout le 9 dans l'hpital pour hter l'vacuation des
malades qui taient au nombre de cent.

L'tat-major de l'artillerie faisait chercher de tous cts un jeune
officier bless  la tte au sige d'Acre: je crus le reconnatre au
signalement qu'on m'en avait donn; j'appelai des canonniers qui
roulaient des pices sur le port; ils le reconnurent en effet, et
m'aidrent  le tirer d'une chambre grille et barricade o on l'avait
laiss tout nu sur le pav, au milieu des immondices, et ne conservant
de la vie qu'un peu de chaleur. J'avertis le gnral commandant
l'artillerie, qui le fit conduire dans sa tente et transporter ensuite
pendant la route sur un brancard trs commode. Ce jeune homme dont le
sort intressa tout le monde recouvra, quoique trs lentement, quelque
sentiment; et ses yeux, longtemps immobiles, se ranimrent enfin pour se
tourner avec reconnaissance sur le gnral Dommartin: il arriva jusqu'au
fort d'l-A'rich o il fut confi  une femme qui reut des avances
assez considrables en se chargeant de lui donner ses soins: mais comme
s'il tait des tres que la fatalit poursuit, sa gardienne se repentit
au bout de quelques jours de ses engagements; elle l'abandonna, s'enfuit
furtivement pour rejoindre l'arme, et l'infortun jeune homme prit...

L'arme partit le soir de Jaffa et arriva en sept heures de marche prs
d'Ebnh; elle rencontra un passage difficile au pont du Rubia ruin, le
lit de la rivire se trouvant encaiss.

Le 10, elle se porta par une marche d'un peu plus de sept heures du
village d'Ebnh  celui d'l-Mecheden.

Le 11, elle arriva  Gaza par une marche d'un peu plus de huit heures.

Les chemins que nous avions trouvs si fangeux en ventse taient
devenus secs et gercs; nous ne trouvmes  notre retour sur notre route
que trois puits qui avaient jusqu' cent pieds de profondeur, et dont il
tait par consquent trs difficile de puiser de l'eau pour un aussi
grand nombre d'hommes.

L'hpital de Gaza n'avait plus  notre passage que des convalescents, et
il reut quelques malades, qui suivirent les uns et les autres le
mouvement de l'arme: il n'tait rest personne en tat de rendre un
compte bien exact de ce qui s'tait pass depuis six semaines; on a
seulement su que le citoyen Bousquet, chirurgien attach  la
vingt-cinquime demi-brigade d'infanterie de ligne, s'tait charg de la
totalit du service, et qu'il s'en tait acquitt avec autant de zle
que de succs.

L'arme quitta Gaza le 12 et vint coucher en sept heures  Kan-Iounes.

Le 13, elle se rendit de ce lieu  l-A'rich o elle sjourna le 14: la
marche fut de plus de quinze heures, toujours dans le sable, et trs
pnible; car indpendamment de ses armes et de son sac, chaque militaire
portait son bidon plein d'eau et sa provision de vivres pour quatre
jours.

Arrivs  l-A'rich nous emes quelques hommes que la fatigue fora de
s'arrter; il s'tablit  l'extrieur et  l'abri des murs du fort
environ cent malades ou convalescents, en comptant quelques officiers
qui s'isolrent sous des baraques fort commodes, construites avec des
branches de palmier.

L'arme se porta le 15 d'l-A'rich en face d'Ostracine en dix-sept
heures de marche; elle trouva de l'eau une fois.

D'Ostracine  Cathih, le 16, on trouva le puits dit Bir-l-Ab, et la
marche fut de quinze heures.

La chaleur fut porte dans le sable jusqu'au quarante-quatrime degr au
thermomtre de Raumur.

L'arme sjourna  Cathih le 17 et le 18.

J'eus l'honneur de remettre au gnral en chef le rapport suivant (n
237 de ma correspondance).

               Au camp de Cathih, le 17 prairial an VII.

     GNRAL,

     Il y a ici aujourd'hui environ cent fivreux runis sous des
     baraques aux environs de l'ancienne redoute; ils ont t fournis
     par les vacuations d'Acre, de Jaffa, et les hommes tombs
     malades en route.

     Tous ces malades confis aux soins d'un mdecin, d'un chirurgien,
     et d'un pharmacien, sont dans une situation qui promet gurison 
     presque tous; il y en aura la moiti susceptible d'tre vacue
     le 19 ou le 20.

     Il faudra encore un dpt de fivreux  Belbis.

     Salut et respect.

L'arrire-garde, forme par la division aux ordres du gnral Klber,
prit un soin particulier de l'vacuation des fivreux et des blesss; 
l'une des stations ce gnral dit un jour aux premiers, _Mes enfants,
je suis occup de vous; nous allons partager ce que j'ai; mais ne
m'approchez pas de trop prs, parce que ce n'est pas de la peste qu'il
convient que je meure..._ Il rendait aux gnraux Junot et Verdier
l'honorable tmoignage d'avoir puissamment second sa sollicitude pour
ces malheureux pendant toute la route.

Mais qui peut nommer le dernier de ces gnraux sans se rappeler ce que
fit son pouse pendant tout le cours de l'expdition de Syrie? C'est
elle qui, sans calculer qu'elle s'exposait  toutes les fatigues de la
marche la plus pnible, donna son cheval pour faire passer un torrent 
des pitons... elle donna souvent son eau, ses provisions, son linge,
pour des malades ou des blesss... Un jour elle entendit dans le dsert
les cris du dsespoir d'un soldat aveugle et abandonn; elle court 
lui, _Attache-toi_, lui dit-elle, _ la queue de mon cheval et ne le
quitte plus; il est doux comme moi, il ne te fera aucun mal; viens,
pauvre misrable, j'aurai soin de toi;_ lui qui ne pouvait voir sa
bienfaitrice s'criait souvent, _Est-ce un ange qui me conduit, qui me
nourrit?_ et elle, avec une touchante simplicit embellie par ses
grces, _Eh non!... C'est madame Verdier... Une Italienne... La femme du
gnral._

L'arme se porta le 19 de Cathih  Bir-l-Duedar.

Le 20, de Bir-l-Duedar  Ssalehhyh.

Elle sjourna, et le gnral en chef mit  l'ordre du jour ce qui suit:

               Au quartier-gnral de Ssalehhyh, le 21 prairial an VII.

     BONAPARTE, gnral en chef, ORDONNE:

     ARTICLE PREMIER.

     Tous les hommes qui sont attaqus de la fivre  bubons seront
     soumis  une quarantaine, qui sera dtermine par les
     conservateurs de sant.

     ART. II.

     Les corps qui ont avec eux des hommes ayant des symptmes de
     cette maladie les laisseront aux lazarets de Ssalehhyh et de
     Belbis.

     ART. III.

     Les hommes qui auront avec eux des individus atteints de cette
     maladie, lorsque l'arme aura dpass Belbis, seront soumis,
     avant d'entrer au Kaire,  une quarantaine qui sera dtermine
     par les conservateurs de sant.

     ART. IV.

     L'ordonnateur des lazarets se rendra  Matharih, et fera avec
     les conservateurs de sant les visites et autres dispositions
     ncessaires pour mettre  excution le prsent ordre.

               _Sign_ BONAPARTE.

Le 22, l'arme alla coucher au Santon;

Le 23,  Belbis.

Le 24, sjour, pendant lequel j'adressai une lettre  l'ordonnateur en
chef sur la ncessit de dterminer un mode rgulier pour la rentre des
convalescents de l'pidmie dans leurs corps, o l'on faisait souvent
des difficults pour les recevoir (n 240 de ma correspondance). Le
gnral en chef prit  ce sujet un arrt qui fut insr comme
supplment  l'ordre du jour.

L'arme vint camper le 25  l-Mark, et l'ordre du jour portait:

     En consquence de l'arrt du gnral en chef du 21 prairial,
     concernant les dispositions sanitaires, le citoyen Blanc,
     ordonnateur des lazarets, a arrt que l'arme pourra entrer
     demain au Kaire sous les conditions ci-aprs:

     Les officiers de sant des diffrents corps, le citoyen
     Desgenettes, pour le quartier-gnral, reconnatront qu'il n'y a
     aucune maladie contagieuse dans les corps, et en adresseront le
     certificat ce soir au quartier-gnral.

     Le chef de l'tat-major, l'ordonnateur en chef, les gnraux de
     division, passeront en revue, et ordonneront que tous les effets
     turcs et de fabrique de Syrie seront laisss en quarantaine  la
     Qoubbh; chaque corps en fera un paquet.

     Le gnral en chef ordonne la stricte excution des prsentes
     dispositions, et en rend les gnraux et chefs de corps
     responsables.

     Tous les hommes qui seraient reconnus malades au quartier
     gnral et dans les divisions d'aprs la visite des officiers de
     sant resteront  la Qoubbh pour y faire quarantaine.

               _Sign_ ALEX. BERTHIER,

               _Gnral de division, Chef de l'tat-Major gnral._

Je remis le mme soir, en excution de l'ordre prcdent, la note
suivante  l'ordonnateur des lazarets (n 241 de ma correspondance):

               Au camp d'l-Mark, le 25 prairial an VII.

     Le mdecin en chef de l'arme dclare au citoyen ordonnateur des
     lazarets qu'il a, conformment aux ordres du gnral en chef du
     21 et d'aujourd'hui, constat l'tat de sant des divers
     individus composant l'tat-major-gnral, ou se trouvant  sa
     suite, et qu'il n'existe parmi eux aucune maladie contagieuse.

Les autres rapports ayant t galement favorables, l'arme rentra au
Kaire le 26.

On a eu lieu de s'assurer en Syrie que les exutoires permanents tels que
les cautres et les stons; les ruptions cutanes, telles que les
dartres, la gale; les maladies vnriennes, les plaies rcentes ou les
ulcres avec une abondante suppuration ne mettaient point  l'abri de
l'pidmie.

Les femmes, les jeunes gens, les enfants mme  la mamelle, ont
gnralement plus rsist  l'pidmie que les hommes les plus robustes.
Une Alsacienne, pouse d'un guide, qui allaitait son enfant, a fait plus
de soixante lieues derrire la voiture du gnral en chef, presque
toujours assise entre deux pestifrs, sans qu'il en soit rien rsult
de malheureux.

Il a pri plus de douze  quinze cents chameaux tandis que les nes ont
parfaitement rsist  la fatigue.

Des bandes de chiens affams, comme ceux qui dvorrent Jsabel,
rodaient continuellement autour de nos ambulances: on les vit se jeter
avec avidit sur des cataplasmes qui avaient recouvert des bubons,
manger des chairs charbonnes, se repatre de cadavres de pestifrs,
sans qu'ils aient contract de maladie; au moins en voyait-on rarement
de morts aux environs de nos tablissements.

J'ai oubli de dire que l'on a tir un grand parti des oignons de scille
cuits et appliqus sur les bubons.

Ces tumeurs critiques taient gnralement dans les aines; quelques
malades en avaient dans les aines et sous les aisselles; on en a vu
jusqu' quatre dans le mme individu.

Les charbons n'avaient pas de sige bien dtermin. Ils taient souvent
multiplis dans le mme malade, et j'en ai frquemment vu jusqu'
trois.

La rtrocession des bubons, surtout des parotides,  toutes les poques,
mais plus particulirement au commencement, tait presque toujours
funeste. Il y a cependant eu quelques exemples mais trs rares du
contraire.

Les bubons pestilentiels sont des engorgements des glandes lymphatiques
qui s'oprent videmment par un mouvement inverse du systme absorbant.

Les charbons minemment contagieux se communiquent au contraire par
absorption directe, c'est--dire dans l'ordre ordinaire et par la voie
la plus courte et le plus simple contact.

J'ai observ dans les marches et au retour que les blesss attaqus du
ttanos souffraient beaucoup plus de la variation de l'atmosphre que du
plus haut degr de chaleur.

On a je crois parl ailleurs des sangsues que nos soldats trouvrent, 
leur retour, dans des eaux saumtres, et qui s'tant attaches au voile
du palais et aux parties voisines causrent des hmorragies. Quelquefois
un gargarisme fait avec un peu de vinaigre suffit pour les dtacher, et
d'autres fois nos chirurgiens furent forcs d'aller les chercher avec
des pinces.

D'aprs les renseignements les plus exacts, l'arme a perdu en Syrie,
par l'pidmie, environ sept cent hommes.

En rappelant les obligations que j'ai au citoyen Jacotin, j'emprunte
encore de lui le rsultat suivant pour terminer ce qui concerne
l'expdition de Syrie.

Je me suis galement servi pour le retour de l'arme d'un itinraire
publi par le citoyen Costaz; n 31 et 32 du Courier d'gypte.

_Rsultat des routes pendant l'expdition de Syrie._

  Distance du Kaire  Ssalehhyh       23 lieues
  De Ssalehhyh  Cathih              16-3/4
  De Cathih  l-A'rich               24
  D'l-A'rich  Gaza                   17
  De Gaza  Jaffa                      18-3/4
  De Jaffa  Acre                      23-1/2
                                       ------
                       Cette route de 123 lieues

a t faite dans 38 jours, desquels il faut dduire; savoir,

  Pour le sige d'l-A'rich  3 jours}
  Pour celui de Jaffa        4      }  7}  18
  Pour sjour                         11}
                                           ---------
  Il reste pour la marche effective        20 jours;

ce qui donne pour terme moyen une marche de 6 lieues 3/20 par jour.

La marche moyenne des convois, les chameaux portant environ 3 quintaux,
est d'environ 1/4 de lieue  l'heure; ainsi la marche moyenne a t de 8
heures environ.

Cette marche considre quant au sol, l'arme a fait; savoir,

  Dans le dsert                      52 lieues 1/2
  Dans le pays habit ou cultiv      70        1/2
                                   -----------------
                              De ces 123 lieues il y

en a, en supposant les limites de l'Asie et de l'Afrique aux colonnes de
Rfa; savoir,

  En Asie                             50 lieues 1/2
  En Afrique                          72        1/2
                                    ----------------
  La route de retour n'a t que de  119 lieues 1/2
                                    ================
  L'arme a suivi la mer              20 lieues
  Et march dans l'intrieur du pays  99        1/2
                                    ----------------
                                 Ces 119 lieues 1/2

ont t faites en 25 jours;

         { en sjour 8  }
  Savoir,{              } 25; ce qui fait par
         { en marche 17 }

jour de marche pour terme moyen 7 lieues, et en temps 9 heures 21
minutes.

En allant en Syrie de Kan-Iounes  Acre (distance 47 lieues 1/2) l'arme
a pass dans trois villes, et dans quinze villages, et quarante-neuf
rivires, torrents, etc; savoir,

                               { sur des ponts 3 }
  Rivires passes             {                 }  8
                               {  gu         5 }

                               {  sec         3 }
  Ruisseaux ou torrents passs {                 } 35
                               {  gu        32 }

  Marais et mauvais passages                        6
                                                --------
  TOTAL                                            49
                                                ========

Le retour d'Acre  Kan-Iounes, par la route indique ci-dessus, n'a t
que de 44 lieues 1/4; on a pass dans cinq villes, et douze villages.

                    { subsistantes         3 }
  Villes            {                        }  5
                    { ruines              2 }

L'arme a pass vingt-trois rivires, torrents, ou ruisseaux; savoir,

                    { sur ponts de pierre  2 }
                    { ponts de bois jets    }
  Rivires passes  {   par l'arme        3 } 23
                    {  gu                5 }
                    {  sec (le Rubin)     1 }
  Torrents et ruisseaux passs  sec      12 }

De Kan-Iounes  Acre, l'arme a march 10 jours effectifs, et elle a
fait 47 lieues et demi; savoir,

  En pays de montagnes               4     }
          de coteaux                21     } 47-1/2
  Et en plaine                      22-1/2 }

L'invasion de Syrie a dur 125 jours; savoir,

               { en allant          20 }
  En marches   {                       }  37
               { au retour          17 }

               { en allant          11 }
  En sjour    {                       }  16
               { au retour           5 }

               { en allant           7 }
               { devant Acre        62 }
  En siges    { au retour, pour       }  72
               { faire sauter les      }
               { fortific. de Jaffa  3 }

                            Enfin de ces 125 j.,

l'arme en a pass, savoir,

  En Asie                           98 }
                                       } 125
  En Afrique                        27 }

Le citoyen Emeric, que j'avais charg de me suppler en gypte, et qui
l'a fait de manire  mriter la reconnaissance de l'arme, me remit, 
mon retour de Syrie, un compte fort exact et fort dtaill du service
mdical.

J'ai relev, tant de ses rapports que des mouvements qui m'ont t
fournis par l'administration, qu'il tait mort dans les hpitaux ou
lazarets de l'gypte, en pluvise an 7, trois cents dix-huit hommes,
dont cent trente  Alexandrie, par continuation de l'pidmie;

En ventse, deux cents soixante-sept hommes, dont cent trente 
Alexandrie;

En germinal, trois cents onze, dont cent quarante-quatre  Alexandrie;

En floral, deux cents huit, dont quatre-vingt-quinze  Alexandrie;

En prairial, cent vingt-un, dont quarante-sept  Alexandrie;

Ce qui fait un total de mille deux cents vingt-cinq ci:

  Morts en pluvise an 7               318
  Idem en ventse                      267
  Idem en germinal                     311
  Idem en floral                      208
  Idem en prairial                     121
                                      ----
  TOTAL                               1225
                                      ====

Je fis mettre  l'ordre du jour l'avis suivant (n 246 de ma
correspondance):

               Au quartier-gnral du Kaire, le 3 messidor an VII.

     On croit utile de rappeler  l'arme dans ce moment l'avis
     insr dans un ordre du jour de fructidor an 6, relativement aux
     bains (voyez page 16).

     Dans la saison o nous nous trouvons maintenant notre attention
     principale doit tre dirige sur l'tat de la transpiration,
     c'est--dire que nous devons nous tenir, autant qu'il est
     possible, dans une temprature gale: ainsi il est dangereux de
     passer les nuits  l'air et nu; il en rsulte des maladies des
     yeux assez connues, souvent des diarrhes incommodes, et mme des
     dysenteries, presque toujours funestes dans de grands
     rassemblements d'hommes.

     L'eau du Nil est d'une excellente qualit; il est malgr cela
     prudent, quand on a chaud, de ne la boire qu'aprs s'tre rinc
     la bouche avec, ou en avoir vers sur ses mains.

     L'usage exclusif de la viande n'est pas avantageux dans les
     chaleurs.

     Les spiritueux tels que l'eau-de-vie, pris en quantit, font
     autant de mal qu'ils font de bien pris modrment.

     Personne ne peut ignorer que les fruits qui ne sont pas bien mrs
     sont nuisibles.

     La nombreuse garnison du Kaire, et les corps de troupes
     considrables qui s'y trouvent momentanment, ainsi que dans les
     environs, ne fournissent pas cent cinquante fivreux aux
     hpitaux.

J'adressai le mme jour au gnral chef de l'tat-major-gnral la
lettre suivante (n 247 de ma correspondance):

               Au quartier-gnral du Kaire, le 3 messidor an VII.

     GNRAL, j'ai visit aujourd'hui les prisons de la citadelle;
     tous les cachots, sans exception, sont inhabitables: l'air n'y
     plonge que par des ouvertures trs troites; il y a dj
     longtemps que le gnral en chef avait ordonn de les agrandir.

     Ce qui m'engage  rclamer de nouveau sur cet objet, c'est
     qu'indpendamment du mal qui en rsulte pour les prisonniers, ils
     peuvent souvent porter dans les hpitaux ou au-dehors des
     maladies dangereuses.

     Les distributions d'aliments ne se font pas toujours avec
     exactitude: l'eau manque souvent dans la proportion ncessaire
     pour entretenir la sant.

     Les Anglais, les Turcs, et les Grecs, qui ont la libert de
     respirer l'air pur, ne se plaignent de rien relativement au
     rgime.

     La proximit des prisons avec un hpital considrable, et qui
     dans ce moment est bien tenu, exige qu'on les surveille d'une
     manire particulire.

Le 9, j'envoyai au gnral chef de l'tat-major-gnral le rsultat
circonstanci des visites de salubrit faites, d'aprs mes ordres, dans
tous les tablissements militaires du grand et du vieux Kaire, de
Gizeh, de Boulak, et environs; il se faisait de semblables visites sur
tous les autres points de l'arme.

Le 15, les convalescents de Syrie taient dfinitivement rentrs dans
leurs corps respectifs.

Le 21, on arrta diverses mesures d'organisation pour les hpitaux, et
les officiers de sant en chef relevrent un abus prjudiciable par la
lettre suivante, adresse  l'ordonnateur en chef (n 260 de ma
correspondance):

               Au quartier-gnral du Kaire, le 21 messidor an VII.

     CITOYEN, les diffrentes dispositions prises pour assurer aux
     militaires une distribution plus abondante de lgumes en
     dduction de la viande tant restes sans excution, nous vous
     prions d'ordonner que le rglement soit suivi ponctuellement sur
     l'article des aliments.

               _Sign_ les officiers de sant en chef de l'arme.

Les hpitaux taient gnralement mal tenus et mal approvisionns; les
autorits suprieures, et les surveillants intermdiaires, n'avaient
point eu assez d'nergie ou de crdit pendant l'absence du gnral en
chef pour maintenir l'ordre dans toutes les parties de ce service
dlicat.

On perdit en messidor quatre-vingts malades, presque tous de la
dysenterie, ci... 80 morts.

Le 27, on organisa le service de sant destin  suivre le corps
d'arme, qui, command par le gnral en chef en personne, anantit,
dans les premiers jours de thermidor, une arme formidable, sur cette
mme plage d'Aboukir, devenue trop clbre par les inconstances de la
fortune.

La saison tait belle, et le moment de l'activit n'est pas celui des
maladies: nous perdmes dans les hpitaux, en thermidor,
quatre-vingt-trois malades, ci.............. 83 morts.

Le gnral Bonaparte quitta l'arme le 5 fructidor, et en laissa le
commandement au gnral Klber.

Pendant l'intervalle qui s'coula entre la nomination et l'arrive du
gnral en chef au Kaire, l'administration sanitaire, avertie par des
rapports qui avaient mme une sorte de caractre officiel, leva des
soupons sur la nature des maladies rgnantes  la citadelle; je fus
forc d'adresser  ce sujet au gnral Dugua, commandant de la ville et
de la province, ainsi qu'au conservateur chef par intrim de
l'administration sanitaire, des notes, qui, rendues publiques, calmrent
et satisfirent les esprits tromps par des exagrations (n 278 et 279
de ma correspondance).

Le gnral en chef, par un arrt du 24, ordonna la formation d'une
commission, compose de l'ordonnateur en chef, du gnral commandant du
gnie, de l'ordonnateur des lazarets, des trois officiers de sant en
chef, et charge d'arrter les comptes de l'administration sanitaire,
ainsi que de proposer dans le plus court dlai des vues sur son
amlioration.

Cette commission adressa le rapport suivant au gnral en chef (n 291
de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 26 fructidor an VII.

     La commission forme par l'arrt du gnral en chef du 24 du
     courant s'est assemble cejourd'hui 26, quoiqu'elle ft convoque
     pour le 25,  cause de l'absence de quelques uns de ses membres.

     Remise a t faite  la commission du rapport adress par le
     citoyen Blanc, ordonnateur des lazarets, au gnral en chef.

     Il est rsult de son examen que l'on a reconnu l'insuffisance
     des moyens d'isolement adopts jusqu' ce jour en gypte dans les
     lazarets d'Alexandrie, de Rosette, de Lesbh, et du Kaire, qui
     n'ont jamais t et sont hors d'tat de remplir les vues de
     sret que se propose le gouvernement.

       Pour atteindre ce but, il faudrait de grandes
       constructions, portes par appenti, et pour cette
       anne,  soixante mille livres, ci                   60,000 l.

       Dpenses extraordinaires pour cette anne,
       soixante mille livres, ci                            60,000

       Un personnel annuel de cent soixante-neuf
       mille livres, ci                                    169,000
                                                           -------
       TOTAL                                               289,000
                                                           =======

     La commission est oblige de prvenir le gnral en chef que les
     tablissements ncessaires ne peuvent tre construits avant la
     saison ordinaire de la peste, qui s'avance rapidement.

     On doit donc se borner  faire quelques amliorations aux
     tablissements existants, telles que les enclore plus exactement,
     y former des abris, et en surveiller plus soigneusement le
     service; porter surtout ces amliorations sur les lazarets
     d'Alexandrie, de Rosette, et celui de Lesbh, qui doit tre
     tabli sur la rive gauche du Nil.

     Le gnral commandant le gnie prsentera des plans relatifs aux
     constructions et rparations.

     L'ordonnateur des lazarets prsentera des rglements pour
     l'administration.

     Les officiers de sant en chef de l'arme organiseront et
     surveilleront le service des lazarets.

               _Signs_ H. DAURE, SAMSON, D. J. LARREY,
                        BLANC, ROYER, et R. DESGENETTES.

Je faisais renouveler les visites de salubrit dans les tablissements
militaires, et j'adressai, le 29 et le 6e jour complmentaire, des
rapports  ce sujet au gnral de division Damas, chef de
l'tat-major-gnral (n 292 et 302 de ma correspondance).

L'ordre du jour du 5e jour complmentaire portait:

     La charge de contribuer au soulagement des dfenseurs de la
     patrie blesss ou malades, en surveillant svrement les
     hpitaux, est un des plus beaux attributs attachs aux fonctions
     de commissaire des guerres.

     Mais l'abandon scandaleux dans lequel le gnral en chef a trouv
     celui d'Ibrahim bey prouve assez combien peu ils sont l'objet de
     leur sollicitude.

     En consquence, le gnral en chef ordonne ce qui suit:

     Le 6e jour complmentaire, l'adjudant-gnral faisant les
     fonctions de sous-chef de l'tat-major se rendra  l'hpital
     d'Ibrahim bey et  celui de la citadelle, accompagn du
     commissaire des guerres charg de la police, et d'un officier du
     gnie charg de l'entretien et de la rparation de ces hpitaux.
     Il fera constater le besoin des fournitures de toute espce
     ncessaires aux malades, l'tat des rparations et constructions
     utiles pour la propret et la salubrit; il recueillera les
     rclamations des soldats et officiers malades, et celles des
     infirmiers, et fera de tout un rapport circonstanci et par crit
     au chef de l'tat-major-gnral.

     Indpendamment des officiers commands pour l'inspection et la
     police journalire, il y aura chaque jour un officier
     d'tat-major qui fera la visite de ces hpitaux, et rendra compte
     au sous-chef de l'tat-major; le sous-chef de l'tat-major fera
     lui-mme cette visite de surveillance tous les dix jours, et le
     chef de l'tat-major deux fois par mois.

     Il sera de suite mis un fonds extraordinaire de quatre mille
     livres  la disposition de l'ordonnateur en chef pour achat de
     draps de lit, couvertures, et autres fournitures ncessaires aux
     deux hpitaux ci-dessus.

     Il sera fourni trois cents pintes de vin  celui d'Ibrahim bey,
     et deux cents  celui de la citadelle.

               Le gnral de division, chef de l'tat-major-gnral,
               _Sign_ DAMAS.

L'administration sanitaire fut supprime par un arrt du mme jour. On
ne peut nier qu'elle a t utile, et on lui a d, dans l'an 7, le
desschement du khalich qui traverse le Kaire, excut par les
ingnieurs des ponts et chausses.

  Cette opration s'est faite sur une tendue de
  canal de quatre mille deux cents cinquante
  toises, ci                                      4250 toises.

  Dont neuf cent cinquante de l'embouchure
   la prise d'eau jusqu' la
  ville, ci                                        950

  Dans l'intrieur de la ville,                   2100

  La branche qui porte les eaux du
  fort Sulkouski  la place Ezbekih,             1200
                                                  ----
  TOTAL                                           4250 toises.
                                                  ====

Ce desschement, fait avec mille  douze cents journes d'ouvriers, n'a
gure cot plus de vingt-un mille medins, ou sept cents cinquante
livres de notre monnaie.

J'omets ici une foule de dtails d'excution dans mon service, parce que
leurs rsultats seuls peuvent intresser.

Nous perdmes en fructidor et jours complmentaires quatre-vingt-douze
malades, ci................... 92 morts.

_Morts dans le dernier trimestre de l'an 7._

  Messidor                                 80
  Thermidor                                83
  Fructidor, et jours complm.             92
                                         ----
  TOTAL                                   255 morts.
                                         ====


_Ordre du jour du 6 vendmiaire an 8._

     Klber, gnral en chef, ordonne:

     Les administrations sanitaires, supprimes par l'arrt du 5e
     jour complmentaire de l'an 7, sont rorganises ainsi qu'il
     suit:

         Il y aura au Kaire, intrieur du lazaret;
         Un conservateur de 1re classe,         400 f. p. mois.
         Un conservateur de 3e classe,          250
         Un secrtaire-archiviste,              150
         Un prpos de sant,                   100
         Deux surveillants,  80 f. par mois,    160
         Six gardes de sant,  50 f. p. m.,     300

          Alexandrie, pour le service du port;
         Un conservateur de 2e classe,          300
         Un secrtaire-archiviste,              150
         Quatre gardes de sant,  50 f. p. m.,  200

          Lesbh, pour le service du bogahz de Damiette;
         Un conservateur de 3e classe,          250
         Un secrtaire-archiviste,              150
         Quatre gardes de sant,  50 f. p. m.,  200

     Les employs prposs par le citoyen Blanc seront conservs.

     Les conservateurs d'Alexandrie et de Lesbh correspondront avec
     le conservateur de premire classe au Kaire, et celui-ci avec
     l'ordonnateur en chef et la commission extraordinaire de
     salubrit publique, tablie ci-aprs.

     Les fonds destins au service des administrations sanitaires
     seront mis  la disposition de l'ordonnateur en chef.

     Tous les employs ci-dessus seront brevets par l'ordonnateur en
     chef, et le brevet sera vis par le chef de
     l'tat-major-gnral.

               _Sign_ KLBER.

Le gnral en chef, sur les divers rapports de la commission forme par
arrt du 24 fructidor dernier, ordonne:

     Il sera form au Kaire une commission permanente, sous le nom de
     _Commission extraordinaire de salubrit publique_, qui aura la
     surveillance gnrale du service des lazarets, et dont les ordres
     seront provisoirement excuts sans dlai, sauf recours au
     gnral en chef.

     Cette commission sera compose du commissaire-ordonnateur en
     chef, du gnral commandant le gnie, du mdecin, du chirurgien,
     et du pharmacien en chef de l'arme.

     Il y aura trois autres commissions subordonnes  la premire, 
     Alexandrie,  Rosette, et  Lesbh; elles porteront simplement le
     nom de Commission de salubrit publique: chacune d'elles sera
     compose du commandant de la place, d'un commissaire des guerres,
     d'un mdecin ordinaire, d'un chirurgien, et d'un pharmacien de
     premire classe.

     Le bureau de sant, cr pour la ville du Kaire par l'ordre du
     jour du 9 vendmiaire an 7, est supprim, de mme que tous ceux
     qui auraient pu tre tablis en d'autres lieux; les fonctions qui
     leur avaient t attribues sont confies par des lois et des
     rglements aux officiers de sant en chef de l'arme et des
     hpitaux militaires.

     Les rglements sanitaires adopts l'an 6 et l'an 7, et qui ne
     sont point modifis par le prsent ordre, continueront d'tre en
     vigueur.

     Le gnral commandant le gnie donnera promptement des ordres
     pour les constructions et rparations indispensables aux quatre
     lazarets pour le service de l'an 8, et il sera mis pour cet effet
      sa disposition la somme de trente mille livres, que porte le
     devis joint  son rapport du 29 fructidor an 7.

     Les officiers de sant en chef de l'arme sont chargs d'assurer
     et de surveiller le service de sant des lazarets; le
     commissaire-ordonnateur en chef dlivrera des brevets, sur leur
     rapport,  ceux des officiers de sant qu'ils jugeront convenable
     de conserver, employer, ou requrir.

     Il y aura en outre dans chaque lazaret deux ou quatre chirurgiens
     turcs, au besoin, qui rempliront les fonctions d'aides, et seront
      la solde de soixante-quinze livres par mois.

               _Sign_ KLBER.

               Le gnral de division, chef de l'tat-major gnral.
               _Sign_ DAMAS.

En excution de l'arrt ci-dessus, les officiers de sant en chef de
l'arme nommrent, le 7, les officiers de sant suivants pour faire
temporairement partie des commissions de salubrit publique:

   Alexandrie,
  Le citoyen Salze, mdecin ordinaire.
  Le citoyen Mauban, chirurgien de 1re classe.
  Le citoyen Flamand, pharmacien de 1re classe.

   Rosette,
  Le citoyen Sotira, mdecin ordinaire.
  Le citoyen Villepreux, chirurgien de 1re classe.
  Le citoyen Dsir, pharmacien de 1re classe.

   Lesbh,
  Le citoyen Barbs, mdecin ordinaire.
  Le citoyen Rozelle, chirurgien de 1re classe.
  Le citoyen Lemaire, pharmacien de 1re classe.

Le 15, tous les travaux relatifs aux invalides tant termins, et les
tats dfinitivement arrts, les officiers de sant en chef crivirent
aux inspecteurs-gnraux du service de sant des armes,  Paris, la
lettre suivante (n 309 de ma correspondance):

     CITOYENS, nous vous envoyons ci-joint l'tat des militaires
     jugs dans le cas d'invalidit absolue, et qui retournent en
     consquence en France.

     Nous les faisons accompagner par les citoyens Casabianca,
     chirurgien de premire classe, Bosio et Demay, chirurgiens de
     troisime classe, qui quittent ce climat pour raison de sant.

     Nous avons dpos les doubles des certificats entre les mains de
     l'ordonnateur en chef.

_Extrait de l'ordre du jour du 17 vendmiaire an 8._

     La commission extraordinaire de salubrit publique, dont la
     formation a t ordonne par l'ordre du jour du 6 vendmiaire,
     s'assemblera les 1er et 5 de chaque dcade,  trois heures aprs
     midi, chez le commissaire-ordonnateur en chef.

     Il est accord  cette commission un secrtaire, qui aura par
     mois cent cinquante livres qu'il touchera sur un tat sign de
     lui, et arrt par le commissaire ordonnateur en chef, dont il
     devra tre brevet.

     Le commandant de la place du Kaire enverra  la commission les
     rapports qui taient adresss  l'ordonnateur des lazarets.

     Il est recommand aux commissions formes dans les autres places
     de correspondre rgulirement avec celle du Kaire, et de
     l'informer exactement de tout ce qui sera relatif  ce service.

               _Sign_ KLBER.

Le mme jour, j'adressai aux citoyens Calvi, au Kaire, et Gisleni, 
Alexandrie, une commission de mdecin ordinaire de l'arme, expdie
conformment  l'arrt du 6 du courant par l'ordonnateur en chef, et je
les chargeai spcialement du service des lazarets de ces deux places (n
310 et 311 de ma correspondance).

Le 21, la commission extraordinaire de salubrit publique proposa au
gnral en chef de prendre l'arrt suivant, qui fut insr  l'ordre du
jour.

               Au quartier-gnral du Kaire, le 24 vendmiaire an 8.

     Le gnral en chef, sur le rapport de la commission
     extraordinaire de salubrit publique, ordonne:

     ART. Ier. Les effets des hpitaux ou des lazarets qui ont servi,
     l'an pass,  des malades attaqus de fivres contagieuses,
     seront, dans le plus court dlai, lavs soigneusement, ou brls,
     selon qu'il sera jug convenable.

     II. L'excution de cet ordre est confie  la commission
     extraordinaire, et aux commissions de salubrit publique
     d'Alexandrie, Rosette, et Lesbh; ces dernires rendront compte
     de cette opration  la commission extraordinaire, ainsi que de
     toutes celles que les localits pourront leur dicter.

     III. Tous les agents de l'administration sanitaire sont aux
     ordres immdiats des dites commissions.

               _Sign_ KLBER.

Les lettres du citoyen Pugnet, dates de Girgh, m'apprenaient que dans
la haute gypte il n'y avait gure en vendmiaire que des dysenteries.

Dans la basse gypte, beaucoup plus humide, et particulirement 
Lesbh, il rgnait des fivres catarrhales et bilieuses, et depuis que
les chaleurs, qui n'avaient dur qu'environ un mois et demi, taient
disparues, les fivres pestilentielles commenaient  reparatre
(Extrait de la correspondance du citoyen Barbs).

 Alexandrie, on comptait neuf personnes attaques de ces fivres, dont
trois mortes; les autres maladies taient des diarrhes, des
dysenteries, et quelques cas de scorbut.

 Rosette, il y avait trs peu de malades; le mouvement de l'hpital
tait communment de vingt-cinq fivreux.

Au Kaire, on surveillait avec la plus grande vigilance la sant des
troupes, sans ngliger celle des habitants, et j'tais journellement
occup  provoquer ou  faire excuter des mesures de salubrit; je ne
cessais galement, dans les mmes vues, de presser par des circulaires
la rdaction des topographies mdicales (n 318, 319 et 320 de ma
correspondance).

Voici quelques observations du citoyen Savaresi sur les maladies
rgnantes dans cette place en vendmiaire.

DYSENTERIES. Les dysenteries invtres sont incurables; elles sont
accompagnes de coliques trs fortes, qui sont produites par
l'inflammation locale des intestins, et se terminent par la gangrne.

Les dysenteries rcentes, quoiqu'opinitres, se gurissent avec moins
d'obstacles: quelquefois elles sont vermineuses; on les voit rarement
accompagnes de fivres intermittentes.

Dans ces maladies l'administration de l'opium produit de bons effets;
les stimulants sont trs utiles dans certains cas.

AFFECTIONS DU FOIE. Il y a eu beaucoup d'obstructions du foie et de la
rate; je crois que c'est la constitution automnale: les rhumes
accompagnent ces obstructions.

Les alcalins ont t employs avec utilit.

MALADIES DIVERSES. Il y a eu des jaunisses, qui ont disparu  la suite
de l'action du tartrate de potasse antimoine, et de la rhubarbe en
poudre en petites doses ritres.

Les fivres intermittentes n'ont pas t nombreuses; elles rsistent
quelque temps, parce que le quinquina est mdiocre; je le mle avec
l'alun pour lui donner plus de stypticit.

Les ophtalmies se gurissent trs facilement.

Ceux qui avaient eu des douleurs rhumatismales l'anne passe dans cette
saison, et qui les avaient vues s'apaiser dans les chaleurs, en sont
atteints de nouveau.

Nous avons perdu en vendmiaire soixante-sept hommes, ci............. 67
morts.

La commission extraordinaire de salubrit publique prit, le 1er
brumaire, plusieurs dlibrations:

1 Elle proposa et dtermina l'organisation de l'administration de
Rosette;

2 Elle rejeta, comme dispendieuse et inutile, la proposition de donner
des adjoints aux conservateurs de sant;

3 Elle provoqua des mesures qui furent adoptes, et mises  l'ordre du
jour ainsi qu'il suit:

               Au quartier-gnral du Kaire, le 4 brumaire an VIII.

     Klber, gnral en chef, sur le rapport de la commission
     extraordinaire de salubrit publique, ordonne:

     ART. Ier. Les commissions de salubrit publique tablies 
     Alexandrie, Rosette, et Lesbh, qui sont en activit, doivent
     correspondre le plus frquemment possible avec la commission
     extraordinaire sante au Kaire.

     II.  la rception du prsent ordre du jour, et  la diligence
     des susdites commissions, la quarantaine sera tablie ainsi qu'il
     suit:

     III.  Alexandrie, on se conformera, pour les relations
     extrieures, au rglement observ l'an VII, et approuv par le
     gnral en chef Bonaparte.

     IV.  Rosette, on suivra le mme rglement pour ce qui arriverait
     directement par mer en remontant le Nil; ce qui vient
     d'Alexandrie sera provisoirement sujet  quinze jours de
     quarantaine.

     V.  Lesbh, on observera, de mme qu' Alexandrie et  Rosette,
     ce qui est prescrit par le rglement pour les relations de
     l'extrieur, c'est--dire de la mer en remontant directement le
     Nil: ds  prsent, tout ce qui vient de Damiette fera  Lesbh
     quinze jours de quarantaine d'observation, et la commission de
     salubrit de cette place fera ce qu'elle jugera convenable sur la
     prolongation de la quarantaine, dans le cas o la situation de
     Damiette l'exigerait.

     VI. Au Kaire, on soumettra,  partir de ce jour, tous les objets
     venant d'Alexandrie, Rosette, Lesbh, et Damiette,  quinze jours
     d'observation, et les personnes seulement  dix jours.

     VII. Les conservateurs prendront des mesures pour arer et
     sanifier les marchandises et autres objets.

     VIII. Les lettres venant d'Alexandrie, Rosette, Damiette, et
     Lesbh, seront passes au vinaigre, et l'administration des
     postes est responsable de l'excution de cet article.

               _Sign_ KLBER.

La commission dlibra, le 6, d'appeler dans son sein l'ordonnateur de
la marine Leroy, dont l'exprience et les lumires sont aussi connues
que son ardent amour du bien public: le gnral en chef approuva cette
nomination.

La mme commission prit, dans sa sance du 10, les dlibrations
suivantes, qui furent mises  l'ordre du jour.

_Ordre du jour du 17 brumaire an 8._

     Le gnral en chef, sur le rapport de la commission
     extraordinaire de salubrit publique, ordonne:

     ART. I. Il y aura une djerme arme en station  la pointe du
     Delta.

     II. Le commandant de la djerme fera arrter tous les btiments
     venant de Rosette et Damiette, et les fera escorter jusqu'au
     lazaret de Boulak.

     III. Il dlivrera  chaque reys une note signe par lui, portant
     le nom du reys, l'endroit d'o il vient, et le nombre de
     personnes qu'il a sur son bord.

     IV. Il recommandera au patron commandant le bateau d'escorte
     d'empcher toute communication des personnes qui se trouveront
     sur la djerme en quarantaine jusqu' leur arrive au lazaret.

     V. Quant aux djermes venant de tout autre lieu que ceux mis en
     quarantaine, on les laissera monter  Boulak sans escorte, en
     recommandant aux reys de ne communiquer avec personne avant
     d'avoir pris l'entre du bureau de sant vis--vis de Boulak.

     VI. Il sera tabli  la Koubh un poste sanitaire d'observation,
     compos d'un des conservateurs de troisime classe du Kaire, et
     de deux gardes de sant.

               _Sign_ KLBER.

_Extrait des dlibrations de la commission extraordinaire de salubrit
publique, du 10 brumaire an 8._

     La commission dlibre d'appeler, au nom du bien public, le
     concours des lumires et de la surveillance de tous ceux qui
     peuvent lui communiquer des renseignements utiles; elle recevra
     avec reconnaissance tous les avis et toutes les observations;
     elle invite en mme temps tous ceux qui auraient connaissance de
     l'existence de quelques fivres contagieuses  en informer les
     conservateurs de sant, pour qu'il soit fait une visite rgulire
     par qui de droit, et que l'on puisse prendre de suite les mesures
     ncessaires pour la sret gnrale.

     La commission s'assemble rgulirement tous les dcadi et
     quintidi, et toutes les fois que les circonstances l'exigent,
     maison de l'ordonnateur en chef.

               Le prsident de la commission.
              _Sign_ R. DESGENETTES.

               Le secrtaire de la commission.
              _Sign_ ZINK.

     Le gnral en chef approuve la prsente dlibration, et ordonne
     l'excution des dispositions qu'elle renferme.

              _Sign_ KLBER.

L'ordre du jour du 18, qui dterminait le service des ports
d'Alexandrie, renfermait la disposition suivante:

     Lorsque les commissions de salubrit publique des ports
     d'Alexandrie, Rosette, et Lesbh, auront  dlibrer sur quelque
     chose relative  la sant des marins et  la salubrit des
     btiments, elles appelleront l'administrateur en chef de la
     marine, et le chef de l'tat-major maritime.

Le 21, sur la proposition du gnral en chef, la correspondance des
commissions de salubrit publique, et les dclarations du conservateur
de premire classe, la commission extraordinaire dlibra que la
quarantaine d'observation serait rduite  cinq jours,  compter de
l'entre au lazaret.

Un rapport mal motiv excita des rclamations sur la dlibration du 21;
mais elle fut maintenue d'aprs la connaissance positive que je pris des
faits le 24.

Le 30, il fut dtermin entre l'ordonnateur et les officiers de sant en
chef qu'un corps d'arme se portant sur les frontires de l'gypte, du
ct de la Syrie, l'hpital de Belbis serait l'tablissement
principal.

Je passe sous silence une foule de dtails d'excution.

Il y eut peu de malades en brumaire, et un trs petit nombre d'exemples
de fivres pestilentielles mortelles; nous perdmes pendant ce mois
soixante-treize hommes, ci..... 73 morts.

La commission extraordinaire approuva, le premier frimaire, la mise en
quarantaine de la frgate _la Loben_, ordonne par la commission de
salubrit publique d'Alexandrie,  cause d'un accident de fivre
pestilentielle qui s'tait manifeste  son bord, et elle la chargea de
faire descendre l'quipage  terre, et de l'isoler pendant que l'on
s'occuperait de sanifier le btiment.

Quelques circonstances forcrent la commission extraordinaire  rclamer
prs du gnral en chef la prrogative indispensable de communiquer avec
lui sans intermdiaire, et l'excution svre des rglements sans
acception des personnes.

Je fis cesser les prfrences usurpes par les vnriens sur les
fivreux de tout genre, en rappelant encore l'excution de nos
rglements, qui ont si sagement et depuis si longtemps dtermin le
classement le plus avantageux des malades.

Le 11, la commission extraordinaire adressa  la commission de salubrit
publique d'Alexandrie la dlibration suivante, prise dans la sance de
la veille (n 366 de ma correspondance).

     La commission de salubrit publique d'Alexandrie donnera les
     ordres ncessaires pour faire visiter les marins tous les matins,
     et faire sparer ceux qui auraient pu tomber malades pendant la
     nuit; faire consigner les quipages; sparer les distributions,
     pour viter les inconvnients du dfaut d'exercice. Elle invitera
     le chef de l'tat-major maritime  laisser descendre  terre, 
     des jours et heures diffrentes, les quipages, qui, sparment,
     pourront se promener sur le rivage entre la batterie des
     mortiers, l'le Pharos, et le moulin: les tats-majors maritimes
     et les officiers mariniers seront responsables de toute
     transgression aux lois sanitaires.

Le 21, la commission extraordinaire eut l'honneur de prvenir le gnral
en chef qu'un btiment grec, command par le capitaine Caravachisy,
tait arriv le 10 du courant (frimaire) devant Aboukir, et que, sans
aucunes mesures de prcaution, il lui avait t permis de vendre sa
cargaison; ce qui pouvait compromettre la sant publique: elle le pria
en consquence d'ordonner qu'aucun btiment ne pt prendre communication
que dans les lieux o il existe des lazarets.

Chaque sance de la commission extraordinaire fut marque par des
dlibrations confirmatives des mesures prises par les commissions de
salubrit publique, ou destines  maintenir l'ordre de police et
l'conomie.

Le gnral en chef accorda aux mdecins ordinaires de l'arme une
gratification, comme un tmoignage de satisfaction pour leurs services.

Nous perdmes en frimaire, par des maladies du foie, des diarrhes, des
dysenteries chroniques, et un petit nombre de fivres pestilentielles,
soixante-dix hommes, ci... 70 morts.

On transfra, sur la demande des officiers de sant en chef de l'arme,
le corps des invalides, de la ferme d'Ibrahim bey qu'il encombrait, dans
un local commode et spacieux,  la citadelle du Kaire.

L'ordre du jour du 14 annonait que le gnral en chef venait de
recevoir du commodore anglais, sir Sidney Smith, un passeport qui
garantissait le libre passage et le retour de nos invalides en France,
et il contenait un arrt relatif aux mesures qu'exigeait cette
translation.

L'ordre du jour du 18, qui pouvait tre regard comme une ampliation de
celui du 14, ordonnait que les invalides partiraient du Kaire le 25, et
se rendraient  Rosette, au lieu d'Alexandrie, rendez-vous d'abord
dsign.

Le quartier-gnral partit pour Ssalehhyh le 19.

_Extrait des dlibrations de la commission extraordinaire de salubrit
publique, du 25 nivse an 8._

     La commission, d'aprs les ordres du jour du 14 et du 18 du
     courant, relatifs  l'vacuation des invalides en France, et
     aprs avoir eu communication du dpart des membres de la
     commission des sciences et arts, a dlibr:

     1 Aussitt que les conditions du cartel pour les navires
     destins  porter les invalides et la commission des sciences et
     arts seront arrtes, et que ces navires, ayant leurs quipages 
     bord, seront prts  faire leur route, ils entreront en
     quarantaine.

     2 Il sera form un comit de surveillance de salubrit  bord du
     commandant, un comit particulier  bord de chaque btiment
     correspondant avec le comit central; et il sera nomm prs du
     comit central un conservateur de sant de troisime classe, qui
     aura sous ses ordres le nombre suffisant de gardes de sant pour
     qu'il y en ait un  bord de chaque btiment.

     3 Le comit central sera compos du citoyen Tallien, commissaire
     civil, du commissaire de la marine, du commissaire des guerres
     Duprat, de l'officier de sant de premire classe de l'arme de
     terre, et de celui du bord le plus avanc en grade. Chaque comit
     particulier sera compos de l'officier de marine chef de route,
     du faisant fonctions d'aide-commissaire de marine, et de
     l'officier de sant. Le conservateur de troisime classe sera
     dsign par le citoyen Guirard, conservateur de premire, qui
     dsignera galement les gardes de sant, qui seront pris de
     prfrence parmi les invalides de la marine ou les anciens gardes
     en exercice dans l'an VII, et qui n'ont pas t conservs dans la
     rorganisation de l'an VIII. Ces employs sanitaires suivront
     l'expdition jusque dans les ports, et ils seront chargs des
     mesures de prcaution, dans le cas qu'il survnt quelques
     accidents de peste dans le courant de la traverse.

     4 Il sera destin plusieurs djermes pour le transport des
     effets, provisions, et personnes, qui doivent tre embarqus sur
     lesdits navires au lieu de l'embarquement; les djermes resteront
     en quarantaine jusqu'aprs le dpart des navires auxquels elles
     auront t affectes: elles seront surveilles par des gardes de
     sant, pour qu'elles ne communiquent avec la terre ailleurs que
     sur l'le de la quarantaine de Rosette.

     5 Toutes les provisions seront portes du Kaire  bord des
     navires, au lieu de l'embarquement; les djermes qui les
     descendront  Rosette s'y arrteront  l'le de la quarantaine,
     et attendront que les djermes de la marine, indiques dans
     l'article 4, puissent se charger; elles ne seront portes 
     bord des navires que quand le conservateur charg de la
     quarantaine l'autorisera.

     6 Les personnes qui doivent faire partie de l'expdition, et
     s'embarquer sur les susdits navires autres que les quipages, se
     rendront  Rosette, sur l'le de la quarantaine.

     7 Les personnes qui sont  Alexandrie pour y subir la
     quarantaine, faire sereiner leurs hardes, laver celles qui sont
     susceptibles de l'tre, obtiendront un certificat du conservateur
     de sant du lazaret, vis par la commission de salubrit publique
     de cette place.

     8 Les personnes qui partiront du Kaire pour Rosette n'y
     communiqueront pas avec la ville; elles attendront, ainsi que
     celles venues d'Alexandrie, que le conservateur de sant charg
     de la sanification des navires et quipages, avise qu'on peut se
     rendre  bord des navires.

     9 Les contrevenants aux articles 6, 7, et 8, ne pourront
     s'embarquer, et faire partie de l'expdition.

               Le prsident de la commission.
               _Sign_ R. DESGENETTES.

               Le secrtaire de la commission.

               _Sign_ ZINK.

     Par autorisation et dans l'absence du gnral en chef, le gnral
     de division commandant des ville et province du Kaire approuve
     la prsente dlibration, et ordonne l'excution des mesures
     qu'elle renferme.

               _Sign_ C. F. J. DUGUA.

La commission dlibra dans la mme sance;

1 Que les personnes et marchandises venant de Rosette seraient soumises
 la quarantaine d'observation jusqu' nouvel ordre;

2 Que les personnes feraient quinze jours de quarantaine, et les
marchandises selon l'exigence;

3 Que tout btiment ou bateau arrivant  Rosette par le boghaz devait
tre compris dans le rapport de l'administration sanitaire, ainsi que
toutes les barques portant des troupes, chevaux, effets, vivres de la
rpublique, de quelque endroit qu'elles viennent.

Je remis, le 30, au gnral Dugua le rsultat d'une visite de salubrit
faite dans les tablissements militaires du grand et du vieux Kaire, de
Gizeh, et de Boulak.

Nous perdmes en nivse cinquante-sept malades, ci.............. 57
morts.

Pluvise, fertile en vnements politiques, de mme que les mois qui le
suivirent, offrit peu de faits relatifs  l'histoire mdicale.

La commission extraordinaire dlibra que les courriers venant de
Damiette au Kaire se rendraient directement au lazaret.

Je remis, le 4,  l'ordonnateur de la marine une note, par laquelle, en
approuvant l'approvisionnement des btiments en buffles, lard, et
poisson sal, je recommandais les farineux (n 401 de ma
correspondance).

La commission extraordinaire dlibra, le 5, que la quarantaine
d'observation, tablie pour les personnes venant de Rosette, serait
rduite  cinq jours.

La convention d'l-A'rich fut ratifie par le gnral en chef au camp de
Ssalehhyh, le 8, et l'ordre du mme jour la transmit  l'arme,
accompagne d'une proclamation qui en expliquait les motifs.

Trs peu de jours aprs, l'on apprit par un papier public anglais (_the
Sun_, n 2233) les vnements trs dtaills du 18 brumaire[16].

          [Note 16: Voyez le Courier d'gypte n 61, 62, 63, 64, 65.]

Nous n'avions cependant pas ignor toutes les grandes nouvelles de
l'Europe; mais les ennemis, qui nous les avaient toujours donnes, ne
nous avaient laiss connatre que les succs rapides et effrayants des
puissances coalises; on avait rembruni avec art et pour nous le tableau
dj trop dsolant des maux intrieurs de notre patrie; et, croyant
ajouter  la position la plus inquitante, on osa nous transmettre
jusqu' ce voeu dict par le dlire d'une haine homicide  un ministre
britannique au milieu du parlement: _Que l'arme d'Orient serve
d'exemple; l'intrt du genre humain demande sa destruction: esprons
que, harcele sur tous les points, luttant contre les maladies et
l'influence du climat, elle ne retournera point tranquille sur le rivage
o elle s'embarqua._

Le reste du mois fut employ aux prparatifs de l'vacuation convenue.

Il y eut dans pluvise des fivres pestilentielles sur presque tous les
points de l'arme, notamment  Alexandrie, Lesbh, Rosette, et mme au
Kaire; nous ne perdmes pourtant par les maladies que trente-huit
hommes, ci... 38 morts.

Nos tablissements se reployaient rgulirement sur le centre de
l'arme, en suivant le mouvement des troupes.

Les provocations de quelques Osmanlis dans la journe du 12 avaient t
punies de mort par l'ordre de leurs chefs, et n'avaient point altr
notre tranquillit.

Le chef de brigade Latour-Maubourg apporta le 14 au Kaire avec la
constitution des nouvelles qui influrent prodigieusement sur le moral
de l'arme.

Une proclamation du 20 annona que l'excution de la convention
prouvait des difficults.

Enfin, le 27, Klber publia dans l'ordre du jour la clbre lettre du
lord Keith,  laquelle il rpondit le 30 par son immortelle victoire
d'Hliopolis.

Pendant que le gnral en chef dispersait devant lui les ottomans
fugitifs, son palais, abandonn  la garde d'une centaine d'hommes, fut
attaqu avec fureur par Nassif pacha, qui avait pntr dans le Kaire 
la tte d'un corps de troupes considrable. Je reus dans cette
circonstance un coup de feu  la tte.

Le citoyen Calvi, mdecin de l'arme fut massacr dans le quartier des
Francs.

Resserrs bientt par des forces toujours croissantes, nous mmes le feu
 nos propres maisons en les abandonnant. Les matriaux nombreux qui ont
servi  ce travail taient perdus s'ils n'eussent t arrachs au
pillage et drobs aux flammes par le zle et le courage d'un excellent
ami[17].

          [Note 17: Le citoyen Thvenin, qui, aprs avoir rendu, en
          qualit de chef de diffrentes administrations, les plus
          grands services, a gnreusement aid l'arme de sa bourse et
          de son crdit dans des circonstances difficiles, et qui,
          voulant le premier faire jouir la France des avantages
          commerciaux que promettait la possession de l'gypte, a
          expdi dans l'an IX douze btiments qui sont tous tombs aux
          mains des ennemis.]

Les renseignements que j'ai pu recueillir ont port  quarante-cinq le
nombre des malades que nous avons perdus en ventse, ci... 45 morts.

_tat des morts dans le premier semestre de l'an VIII._

  Vendmiaire       67
  Brumaire          73
  Frimaire          70
  Nivse            57
  Pluvise          38
  Ventse           45
                   ---
  TOTAL            350 morts.
                   ===

Germinal appartient tout entier  l'histoire militaire et politique; il
est marqu par le sige et la capitulation du Kaire rvolt, et le
trait d'alliance avec Mourat-bey.

La correspondance du citoyen Pugnet, qui suivit les troupes qui
reprirent Damiette le 9, nous a appris que le ciel tant devenu trs
brumeux le 15 et le 16, et que des pluies abondantes ayant tomb les 17,
18, 19, 20 et 21, il y eut dans cette ville onze personnes attaques 
la fois de fivres pestilentielles.

Nous perdmes dans les hpitaux, d'aprs les mouvements que j'ai pu me
procurer, cent vingt-un hommes, presque tous au Kaire, et presque tous
blesss. Je pris sur les causes de cette mortalit des renseignements
qui  la vrit ne furent point officiels, parce que les mdecins ne
furent point appels en consultation, mais trs suffisants pour me
prouver que la complication qui se mlait aux blessures, d'ailleurs la
plupart trs graves, tait une vraie fivre d'hpital, produite par
l'entassement des hommes et la pnurie des circonstances, ci............
121 morts.

Le service fut rorganis en floral comme l'exigeait la conservation de
l'gypte.

Le grand nombre de blesss qui avait afflu  la ferme d'Ibrahim-bey
m'engagea  faire transfrer cent cinquante fivreux  la citadelle.

Les Osmanlis malades et blesss furent reus et traits d'aprs les
ordres du gnral en chef avec les mmes soins que nos propres
concitoyens dans cette mme mosque de Nensbek, qui leur avait servi de
quartier-gnral pendant le sige, et du haut du minaret de laquelle le
fanatisme avait appel au nom du ciel sur nos ttes reprouves la
vengeance et la mort.

Le chef de bataillon Lamarque, commandant de la sixime section du
Kaire, m'ayant envoy comme objet de salubrit, le 28, une demande qui
lui avait t adresse, je lui rpondis le mme jour (n 455 de ma
correspondance).

     Le mdecin en chef de l'arme ne voit aucun inconvnient 
     permettre  madame Caffe de recueillir les ossements de son fils
     assassin dans le Calish, pour leur rendre les honneurs religieux
     d'une spulture plus dcente.

La correspondance de ce mois nous a offert dans les hpitaux des fivres
intermittentes et nerveuses, des inflammations du foie, des jaunisses,
des hydropisies du bas-ventre, et toujours des dysenteries. Les lazarets
ont continu sur tous les points  recevoir des malades. La mortalit a,
de mme qu'en germinal, port presque entirement sur les blesss; et
comme il a t impossible d'obtenir des mouvements distincts par genre
de maladie, je porte ici cent soixante-six hommes, ci............. 166
morts.

L'ordre s'tablit toujours trs difficilement, et les hpitaux
manquaient encore, au commencement de prairial, de beaucoup d'objets
essentiels (voyez les n 453, 456, et 464 de ma correspondance).

L'augmentation rapide des croisires anglaises et turques ayant paru 
la mme poque menacer d'un dbarquement sur les ctes d'Alexandrie, le
quartier-gnral se porta  Rahmanyh.

La commission extraordinaire renvoya dans la sance du 15 au conseil de
guerre de la division Lanusse une accusation de vols commis par des
employs du lazaret de Rosette.

Le 21, je sollicitai et obtins du gnral-commandant du Kaire que les
officiers, sous-officiers, et matelots anglais formant l'quipage du
_Cormoran_, chou dans la nuit du 30 floral au 1er prairial sur la
cte d'Aboukir, et dtenus  la citadelle, fussent moins troitement
logs, et pussent se promener quelques heures chaque jour sur la place
d'armes.

Les premiers taient trs affects de leur situation; les autres ne
montraient point d'inquitudes: heureuse insouciance, qui, dans les
rangs moins levs, compense assez volontiers les faveurs de la fortune!
ils se livraient  toutes sortes d'exercices et de jeux; ils se
consolaient, loin de leur pays, en dessinant partout ces vaisseaux qui
en font l'orgueil et la gloire; et, dans les lieux les plus apparents
comme dans les recoins de leur habitation, ils tracrent en grands
caractres cette devise patriotique et chre  leurs coeurs: _Old
England for ever!_ (La vieille Angleterre  jamais!)

Les maladies qui rgnaient le mois prcdent se montrrent encore dans
celui-ci; la mortalit qui eut les mmes causes fut moins grande.

L'poque du 27 est trop clbre par la fin tragique du gnral en chef,
qui prit sans dfense sous les coups d'un assassin fanatique et
furieux.

L'arme d'Orient a pleur Klber; la patrie a dit, en lui levant des
statues, et l'histoire rptera ce qu'il fut comme guerrier.

Si l'homme priv peut rencontrer un Plutarque, il sera aussi chri
qu'admir par la postrit. Quoique j'aie lu journellement dans sa vie,
il ne m'est permis de rappeler ici que la sollicitude avec laquelle il
s'occupait de tous les dtails du service dont une partie m'tait
confie. La veille de sa mort il me disait encore: _On sait dans l'arme
combien j'ai pour vous d'amiti... C'est une lettre de crdit dont il
faut vous servir pour faire du bien... Tirez sur moi hardiment, je ferai
honneur  mon papier._

Nous perdmes en prairial quatre-vingt-seize hommes, ci............. 96
morts.

Le gnral Menou prit le commandement de l'arme.

Il ordonna le 7 messidor la formation d'une commission, compose de
l'ordonnateur en chef de l'arme, du mdecin, du chirurgien, et du
pharmacien en chef, du directeur de la pharmacie de l'arme, du
gnral-commandant du gnie, et de l'ordonnateur de la marine, charge
de proposer sur-le-champ des mesures pour amliorer l'administration des
hpitaux et des lazarets.

L'ordre du jour du 9, qui tait entirement consacr  la police des
hpitaux,  la rpression et punition d'abus et de ngligences dans la
partie administrative de ce service, finissait ainsi qu'il suit:

     Le gnral en chef recommande  tous les commandants de
     provinces et de places,  tous les chefs militaires quelconques,
      tous les commissaires des guerres de surveiller avec la plus
     grande attention tout ce qui a rapport aux hpitaux. Les
     officiers de jour devront, dans toutes les villes o il existe
     des hpitaux, en faire la visite avec la plus grande exactitude
     et la plus grande svrit. Les commandants de provinces rendront
     un compte direct de cet objet si essentiel au gnral en chef en
     lui envoyant le rapport des hpitaux toutes les dcades.

Malgr ce que l'on vient de lire, je fus oblig d'adresser le 18 
l'ordonnateur charg de la police suprieure des hpitaux des plaintes
sur la mauvaise tenue et le dsordre qui rgnaient dans ceux du Kaire
(n 483 de ma correspondance.)

J'appris officiellement le mme jour la mort du citoyen Crsole,
mdecin de l'arme employ  Alexandrie: il avait contract dans sa
maison, et d'un domestique, une fivre pestilentielle; son pouse lui
rendit les soins les plus affectueux sans en tre atteinte. Ce jeune
mdecin aurait un jour ralis les grandes esprances qu'il donnait,
s'il et pu concentrer son esprit, qui embrassait trop d'objets dans
l'tude dj si tendue de la mdecine.

J'adressai, le 19, au comit administratif, et sur sa demande du mme
jour, l'tat dsignatif;

1 Des substances mdicamenteuses, simples ou composes, dont
l'introduction en gypte pouvait mriter une prime d'encouragement;

2 De celles qui mritent une exemption de droits d'entre;

3 De celles qui doivent payer des droits comme provenant de France;

4 De celles qui doivent payer des droits comme provenant de l'tranger
(n 485 de ma correspondance).

L'ordre du jour du 20 portait:

     Le gnral en chef voulant prendre tous les moyens qui pourront
     prserver les soldats de plusieurs maladies, et notamment de
     l'ophtalmie, qui provient en grande partie de la fracheur et de
     l'humidit de l'air pendant la nuit, ainsi que de la mauvaise
     habitude qu'ont la plupart des soldats de dormir sans avoir la
     tte couverte, ordonne:

     D'ici au 15 vendmiaire prochain tous les individus composant
     l'arme seront pourvus d'une capote, faite avec l'toffe de laine
     brune dont se servent ordinairement les Arabes. Tous les corps de
     l'arme seront chargs de l'achat des toffes et de la confection
     des capotes.

J'avais fait diffrentes rclamations sur la position d'une portion des
prisonniers anglais dtenus  la citadelle, et m'y tant rendu le 21 ds
neuf heures du matin pour terminer dans le jour cette affaire, j'crivis
au gnral en chef la lettre suivante (n 488 de ma correspondance).

                la citadelle du Kaire, le 21 messidor an VIII,
                3 heures 1/2 aprs midi.

     GNRAL,

     Je me suis transport ce matin, d'aprs vos ordres,  la
     citadelle, o je me suis concert avec le chef de brigade
     commandant Dupas pour la translation indispensable d'une partie
     des prisonniers anglais dans un local plus salubre. On s'occupe
     avec activit de leur prparer pour ce soir l'un des tages de la
     tour des Janissaires.

     Salut et respect.

Ayant eu connaissance par les papiers publics des plaintes graves
adresses par M. Courtenay-Boyle, capitaine du _Cormoran_, au commodore
sir Sydney Smith, j'ai cru devoir  la vrit de mettre
contradictoirement sous les yeux du public une pice qui constatt
officiellement que le sort des dtenus anglais fut amlior par les
soins empresss du gnral en chef, au nom et sous l'autorit duquel
j'agis dans cette circonstance.

J'adressai au prsident de la commission extraordinaire de salubrit et
des hpitaux la lettre suivante (n 489 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 25 messidor an VIII.

     Citoyen, des affaires trs urgentes m'empchent de me rendre 
     la commission.

     Je n'ai au reste rien  lui communiquer pour mon service
     particulier.

     Je me borne  dsirer l'excution stricte et littrale du
     rglement du 30 floral an IV, parce que je crois qu'il est
     difficile de faire mieux, et qu'il serait dangereux de se livrer
      des innovations d'essai dans les circonstances o nous nous
     trouvons.

Le mme jour j'adressai  l'ordonnateur en chef un rapport pour faire
passer sur sa demande, et avec l'agrment du chirurgien en chef, le
citoyen Balme, chirurgien de premire classe dans la vingt-deuxime
demi-brigade d'infanterie lgre, au grade de mdecin ordinaire de
l'arme (n 490 de ma correspondance).

Les maladies, surtout les fivres pestilentielles, se mitigrent ou mme
cessrent sur plusieurs points pendant ce mois, et nous ne perdmes en
messidor que soixante-seize hommes, ci................... 76 morts.

_Extrait de l'ordre du jour du 2 thermidor an VIII._

     Le gnral en chef voulant assurer d'une manire invariable la
     bonne fabrication du pain, voulant aussi prvenir les abus et les
     infidlits qui se commettent dans l'emploi des grains destins 
     la nourriture de l'arme, ordonne ce qui suit:

     Il sera form sur-le-champ une commission, compose,

        Du gnral de division Reynier, prsident;

        Du gnral de brigade Lagrange;

        Du chef de la quatre-vingt-cinquime demi-brigade
        Viala;

        Du chef de la quatre-vingt-huitime demi-brigade
        Silly;

        Du chef de brigade du quatorzime rgiment
        de dragons Lambert;

        Du chef de brigade des arostiers Cont;

        Du directeur des poudres et salptres Champy;

        Du commissaire-ordonnateur en chef Daure;

        Du mdecin en chef Desgenettes.

     Cette commission sera charge des oprations suivantes:

     ARTICLE PREMIER.

     Elle fera remettre par le commissaire ordonnateur en chef trois
     ardebs bruts de bl froment, dont elle constatera le poids;

     II. Elle fera procder sous ses yeux au lavage, vannage,
     criblage, etc. des trois ardebs, dont, aprs siccit, elle
     constatera de nouveau le poids;

     III. Elle fera suivre ensuite d'une manire exacte l'opration de
     la mouture, et de l'extraction de vingt livres de son par chaque
     quintal de farine, poids de marc;

     IV. Elle fera procder  la fabrication du pain par des
     boulangers qu'elle choisira, en y employant toute la farine
     provenue des trois ardebs: elle pourra varier les procds tant
     sur la manire de ptrir que sur celle de chauffer les fours;

     V. Lorsqu'elle aura obtenu le meilleur pain possible par
     l'extraction des vingt livres de son, elle constatera d'une
     manire prcise ce que doit fournir de pain un poids donn de
     farine ainsi pure;

     VI. Elle fera publier par la voie de l'impression tous les
     procds qui auront t employs, et remettra au gnral en chef
     des chantillons de pain dont l'envoi sera ordonn pour toutes
     les manutentions qui existent en gypte, et pour tous les
     gnraux commandant les provinces et divisions; partout les mmes
     procds devront tre suivis; partout le pain devra tre
     semblable  celui qui sera envoy pour modle.

               _Sign_ ABD. J. MENOU.

Je n'ai plus trouv dans mes notes rien d'important jusqu' la date du
24, o j'crivis  l'ordonnateur charg de la police suprieure des
hpitaux la lettre suivante (n 495 de ma correspondance).

     L'exprience, citoyen ordonnateur, ayant fait connatre que
     plusieurs dysentriques ont guri facilement en descendant de la
     haute gypte ou du Kaire prs des bords de la Mditerrane, j'ai
     approuv la demande faite par le citoyen Frank; cependant
     l'vacuation propose doit tre borne  25 ou 30 malades, en
     s'assurant qu'ils recevront, en descendant le Nil et en arrivant,
     des secours convenables. C'est sur Rosette qu'il convient de
     faire l'vacuation; Alexandrie est trop loigne, et le climat en
     est trop suspect pour y aller chercher la sant.

Je remis le 27 au gnral chef de l'tat-major-gnral l'avis suivant,
qui fut insr  l'ordre de l'arme du mme jour.

_AVIS sur la sant de l'arme._

     L'arme a reu plusieurs avis relatifs  la conservation de sa
     sant. Nous avons eu la satisfaction de voir que ces conseils
     simples et populaires, insrs dans les ordres du jour, et mis en
     pratique, ont t de quelque utilit.

     Des crits, appuys sur l'exprience, ont t consacrs en mme
     temps  rappeler aux hommes de l'art des choses plus dignes de
     leur attention: ainsi l'on a vu les mdecins de l'arme faire
     paratre successivement des dissertations et des observations sur
     les maladies rgnantes, en particulier sur l'ophtalmie, sur la
     dysenterie, et donner mme des aperus suffisants sur les fivres
     contagieuses, pour que l'exprience de ceux qui les avaient
     traites ft mise  profit. La mortalit considrable des enfants
     du Kaire pendant l'hiver dernier nous a galement ports 
     publier en arabe et en franais un _avis sur la petite vrole
     rgnante_, qui a t rpandu avec profusion dans toute l'gypte.

     Nous croyons dans ce moment devoir prvenir l'arme de nouveau
     qu'il est essentiel, pour viter les ophtalmies, de dormir la
     tte et mme les yeux couverts: le soin de se couvrir la nuit, et
     de passer le moins brusquement possible d'une temprature extrme
      une autre, peut quelquefois seul garantir des diarrhes et des
     dysenteries si redoutables dans les armes.

     La limonade prise en quantit et habituellement est une boisson
     mauvaise qui affaiblit les estomacs les plus robustes; il faut
     lui substituer comme rafrachissant, l'oxycrat, qui est bien
     meilleur; c'est un mlange d'eau, d'un peu de vinaigre, et de
     sucre.

     Les chaleurs considrables de la saison affaiblissent elles
     seules les forces digestives. Nous avons dit ailleurs que les
     spiritueux pris modrment relevaient ces forces, et que leur
     abus les dtruisait, et finissait par les anantir. Il est
     dmontr par une exprience malheureusement trop journalire que
     presque tous les hommes adonns  l'excs des liqueurs
     spiritueuses, et qui ont t attaqus de fivres contagieuses,
     ont pri; on peut aller plus loin et dire qu'ils les ont
     contractes plus facilement.

     Ceux qui sont attaqus de maladies vnriennes sont galement par
     leur tat de faiblesse gnrale ou partielle, dans des
     circonstances trs dfavorables, et qui les exposent  l'action
     destructive des maladies les plus graves.

     Il y a dans ce moment quelques fivres phmres ou de trs peu
     de dure, qui ne doivent point alarmer ceux qui en sont attaqus;
     une lgre purgation ou deux suffisent pour rtablir la sant: le
     plus souvent elles sont catarrhales, et tiennent  une
     suppression de transpiration. Nous avons suffisamment expliqu
     (tome Ier de la Dcade gyptienne, pages 67 et 68) les raisons
     qui nous engagent  recommander les purgations lgres.

     Nous ne craignons pas de dire qu'on abuse infiniment des remdes:
     il est un peu dans le got des militaires d'en dsirer et mme de
     violents; mais il est du devoir de ceux qui sont chargs de
     veiller  leur conservation, de les leur refuser quand ils sont
     inutiles: les remdes hroques ne doivent tre employs que dans
     les circonstances difficiles. C'est rendre un service essentiel
     que de dcrier les polypharmaques, c'est--dire ceux qui
     surchargent les malades de remdes, et d'opposer  leur
     inexprience ce beau mot d'un grand praticien de notre sicle:
     _La fureur de traiter les maladies en faisant prendre drogues
     sur drogues ayant gagn les ttes ordinaires, les mdecins sont
     aujourd'hui plus ncessaires pour les empcher et les dfendre,
     que pour les ordonner._

     Les vsicatoires, remde trs actif, et qui par consquent a
     besoin d'tre employ avec beaucoup de jugement et de rserve,
     ont rcemment rendu de trs grands services dans les fivres
     contagieuses, et dans les soporeuses, dans quelques dysenteries,
     et dans les maux de gorge d'un caractre alarmant. Le
     gouvernement aura lieu de s'applaudir de la sage prvoyance avec
     laquelle il nous a fait parvenir de France une quantit
     considrable de cantharides.

     Les ruptions qui se manifestent  la peau de plusieurs
     personnes, et causent de vives dmangeaisons, ne doivent point
     inquiter; elles sont un bienfait: les bains pris de distance en
     distance conviennent dans ce cas; mais il ne faut pas se lasser
     de rpter ce qui a t plusieurs fois dit sur leur usage,
     notamment dans un supplment  l'ordre du jour du 3 messidor an
     VII.

     Les bains sont un des meilleurs moyens d'entretenir la sant, et
     de prvenir les maladies inflammatoires, etc. (voyez page 16.)

     Nous n'avons dans ce moment qu'un trs petit nombre de malades
     dans les hpitaux.

               _Sign_ R. DESGENETTES.

La commission charge de l'examen de la fabrication du pain prsenta son
rapport au gnral en chef le 27.

_Extrait de l'ordre du jour du 28 thermidor an VIII._

Le gnral en chef ORDONNE ce qui suit:

     ARTICLE PREMIER.

     Le gnral-commandant  Alexandrie fera faire le plus
     promptement possible des informations sur la conduite des
     conservateurs de sant de cette ville; il fera arrter ceux qui
     seront coupables mme de simples ngligences, et les enverra au
     Kaire sous bonne et sre escorte; ils y seront punis conformment
      l'ordre du jour du 11 messidor dernier.

     ART. II. La commission extraordinaire de salubrit, sante au
     Kaire, se rassemblera sur-le-champ, et prendra les mesures les
     plus actives pour arrter les funestes effets de la contagion qui
     se dveloppe de nouveau  Alexandrie; elle prendra aussi des
     informations sur les individus, soit de la commission de
     salubrit de cette place, soit des conservateurs de sant qui
     auraient pu manquer  leur devoir.

     ART. III. Les quarantaines tablies dans les diffrentes parties
     de l'gypte d'aprs les ordres de la commission extraordinaire
     de salubrit publique seront excutes avec la plus extrme
     svrit.

Cet arrt tait termin par un tmoignage flatteur de la satisfaction
du gnral en chef relativement  la conduite des officiers de sant.

Nous perdmes en thermidor soixante-dix malades, ci............... 70
morts.

L'ordre du jour du 1er fructidor portait que le rapport fait par la
commission charge d'examiner la fabrication du pain serait imprim et
publi  la diligence des prsident et secrtaire de ladite commission,
annex  l'ordre du jour, et envoy dans toutes les parties de
l'gypte.[18]

          [Note 18: Voyez ce rapport dans les Mmoires sur l'gypte,
          tome III, page 103.]

Je crois devoir rapporter ici l'article que publia  ce sujet le citoyen
Costaz. Je prie seulement les lecteurs de reverser entirement sur mes
honors collgues les loges donns aux membres de la commission.

_Extrait du Courier de l'gypte_, n 96.

     Le pain prpar pour le service de l'arme tait d'une qualit
     fort infrieure  celle qu'on devait attendre du bl excellent
     dlivr aux manutentionnaires par les magasins de la rpublique:
     le gnral en chef Menou, persuad que le soin d'assurer 
     d'aussi braves soldats une nourriture saine et agrable est un
     devoir essentiel du commandement, rsolut de mettre fin aux
     ngligences et aux abus par lesquels la fabrication du pain avait
     t si fort dtriore. Le moyen le plus simple de parvenir  ce
     but tait de faire examiner tous les dtails de la manutention
     par des hommes intgres et clairs, chargs en mme temps de
     dterminer par des expriences prcises le produit d'une quantit
     donne de bl d'gypte rduit en bon pain: ce produit une fois
     connu est une base fixe d'aprs laquelle il est facile de
     reconnatre si les prposs  la fabrication ont manqu de
     fidlit ou de soin. C'est la marche qu'a suivie le gnral
     Menou; il a nomm pour cet objet une commission: son rapport
     prsente des rsultats intressants sur la qualit et sur
     l'emploi du bl d'gypte.

     Par la ngligence des cultivateurs le bl se trouve toujours ml
     avec une proportion considrable de terre: avant de l'employer on
     le passe d'abord au van et au crible; mais ces deux instruments
     ne peuvent sparer les morceaux de terre, aussi pesants que le
     bl, et d'un diamtre gal ou plus petit; ils laissent subsister
     la poussire qui s'est attache autour du grain: on a recours au
     lavage pour dlayer et entraner ces derniers fragments et cette
     poussire. Pour purer compltement le bl, il est ncessaire de
     le laver aprs l'avoir vann et cribl: le lavage a de plus le
     mrite de remplir un objet au moins aussi intressant que
     l'puration.

     Le froment d'gypte dans son tat naturel ne se comporte pas  la
     mouture comme celui de France; mri au milieu de chaleurs fortes
     et continues, son grain est petit, dur, et corn; la pellicule
     qui forme le son est adhrente  la partie farineuse de telle
     sorte que l'action des meules les brise en mme temps, et les
     rduit en une poussire fine, qui se tamise au travers des
     blutoirs sans distinction de son et de farine: c'est pour cette
     raison que dans quelques villes maritimes de France o l'on fait
     usage de bl d'Afrique, on mange un pain plus bis et moins
     agrable que celui de l'intrieur de la rpublique. On a
     plusieurs fois, et toujours sans succs, cherch les moyens de
     corriger ce dfaut: il parat qu'on ne s'avisa pas d'employer le
     lavage. Le grain absorbe pendant cette opration une certaine
     quantit d'eau qui le gonfle, et lui donne le coup-d'oeil
     jaune-dor du froment de Beauce. Alors l'adhrence entre la
     pellicule et la partie farineuse n'est plus aussi forte, et le
     son se spare comme dans les bls de France.

     La quantit d'eau que le bl peut absorber est sujette  varier
     suivant la dure de l'immersion: mais il y a une proportion qui
     est la plus favorable pour la mouture; si l'on demeure
     au-dessous, le son continue  se pulvriser; si l'on passe
     au-del, le bl press entre les meules se rduit en pte. Dans
     l'exprience des commissaires le poids du bl s'tait augment au
     lavage de huit pour cent environ; on le laissa scher pendant
     vingt-quatre heures, et lorsqu'il fut mis au moulin l'excs de
     poids n'tait plus que de cinq et un dixime pour cent. On peut
     sans inconvnient s'en tenir en nombres ronds  la proportion de
     cinq pour cent.

     Au moyen de cette prparation et des soins ordinaires le pain de
     l'exprience tait trs blanc, trs savoureux, et aussi agrable
     que celui de Paris; il n'avait point le fumet qui nous dplat si
     fort dans le pain fabriqu avec moins d'attention par les
     boulangers gyptiens.

     Suivant qu'un boulanger est plus ou moins habile, il tire d'un
     poids donn de bl une quantit de pain plus ou moins grande.
     Cependant il y a pour chaque espce de bl un produit moyen dont
     les produits particuliers ne s'cartent jamais beaucoup, quelle
     que soit d'ailleurs l'industrie du boulanger. En France on estime
     communment qu'une livre de pain rpond  une livre de bl poids
     pour poids; dans l'exprience des commissaires le poids du pain
     s'est trouv, aprs un refroidissement de quinze heures,
     suprieur  celui du bl de plus de neuf pour cent: on n'avait
     pas laiss un atome de son; loin de l, il avait fallu ajouter de
     la farine au son pour se conformer au rglement qui accorde une
     extraction de son de vingt pour cent, quantit que par sa nature
     le bl d'gypte ne peut fournir.

     Ainsi,  poids gal, le bl d'gypte, pris dans son tat naturel,
     donne plus de pain que celui de France.

     Le gnral en chef qui a ordonn les expriences, et les
     commissaires qui ont si bien rempli ses vues se sont acquis un
     titre rel  la reconnaissance de l'arme. Cette mesure a eu tout
     l'effet qu'on pouvait en esprer; le pain du soldat est devenu
     trs beau, et il ne faut pas douter que cette amlioration ne
     contribue pour beaucoup  un phnomne trs remarquable que
     prsente aujourd'hui la sant de l'arme.

     La proportion des malades y est tout au plus le quart du taux sur
     lequel on calcule ordinairement en Europe.

     Voici les nombres dtermins par l'exprience des commissaires:

     Le bl a perdu au moulin en farine folle et en eau
     vapore.......... 18 pour mille.

     En blutant le produit de la mouture sur mille parties on a trouv
     en son... 185,

     En farine............ 815.

     Le pain retir du four et refroidi pendant quinze heures tait
     plus pesant que la farine employe de 303 pour mille.

     Il est facile d'en conclure que si le magasin livre un millier
     pesant de bl sec, vann et cribl, on aura dans les divers
     degrs de la manutention les produits suivants:

       Le magasin livre  celui qui lave           1000
       Celui qui lave doit rendre au meunier       1050
       Le meunier doit rendre au blutoir           1030
                                           { son    191
       Le blutoir doit rendre au boulanger {
                                           { farine 839
       Le boulanger doit fournir en bon pain aprs
       un refroidissement de 15 heures             1094.

     Les nombres prcdents sont indpendants du poids dont on se
     sert; il suffit que dans chaque degr de la manutention on fasse
     usage du mme poids qu'au magasin.

_Ordre du jour du 6 fructidor an VIII._

     Le gnral en chef voulant faire pour les invalides de l'arme
     tout ce que les circonstances permettent en gypte, voulant
     surtout que ceux d'entre les braves officiers et soldats qui ont
     perdu quelque membre  la guerre, ou qui sont accabls
     d'infirmits, trouvent toutes les ressources qu'exige leur tat,
     ORDONNE ce qui suit:

     ARTICLE PREMIER.

     Il sera form une commission compose des citoyens,

        Friant, gnral de division, prsident,

        Leclerc, gnral de division,

        Robin, gnral de brigade,

        Galbaud, gnral de brigade,

        Desgenettes, mdecin en chef,

        Larrey, chirurgien en chef,

        Silly, chef de brigade commandant la quatre-vingt-huitime,

        Latour-Maubourg, chef de brigade commandant le vingt-deuxime
        rgiment de chasseurs,

        Novel, chef de bataillon, aide-de-camp du gnral en chef.

     II. Cette commission se fera reprsenter toutes les lois
     concernant les invalides; elle avisera aux moyens, premirement,
     d'employer utilement tous les invalides non absolus, secondement,
     d'tablir une maison o tous les invalides qui auront perdu des
     membres, ou qui, tant accabls d'infirmits, ont besoin de
     secours journaliers, recevront tous ceux que les circonstances
     permettent de leur offrir en gypte.

     III. Le rapport de la commission au gnral en chef devra, sans
     entrer ici dans de plus grands dtails, comprendre tout ce qui a
     rapport  la manire d'employer les invalides non absolus, et
     ceux qui, tant absolus, peuvent encore rendre quelques services,
      leur paie,  leur traitement,  leur habillement, et 
     l'tablissement d'une maison de retraite. Plusieurs devront
     rentrer dans les dpts de leurs corps.

     IV. Le gnral Friant, prsident, convoquera le plus promptement
     possible les membres de la commission.

               _Sign_ MENOU.

Cette commission remit dans un court dlai au gnral en chef un rapport
trs tendu, et en consquence duquel il arrta une organisation qui a
t suspendue par diffrents vnements.

Le gnral en chef avait cr une place de directeur de la pharmacie
centrale de l'arme, et l'ordonnateur en chef en avait rgl les
attributions. Les officiers de sant en chef furent forcs de rclamer
collectivement et en particulier contre l'indpendance o l'on voulait
placer cet tablissement, en leur en disputant l'inspection et la
surveillance. Cette discussion, o l'intrt du service ne fit point
perdre de vue l'estime et les gards dus aux personnes, fut bientt
termine, le gnral en chef ayant nomm le citoyen Boudet, directeur de
la pharmacie, pharmacien en chef de l'arme, par son ordre du jour du
11.

Les officiers de sant en chef adressrent au gnral en chef la lettre
suivante; et quoique les vues qu'elle renferme fussent et soient encore
en opposition avec beaucoup d'intrts, je ne balance pas  la rapporter
(n 514 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 17 fructidor an VIII.

     GNRAL,

     Nous avons rflchi sur votre lettre du 13, par laquelle vous
     nous faites connatre vos intentions de donner aux officiers de
     sant en chef de l'arme la direction et l'inspection des
     hpitaux.

     C'est avec raison, gnral, que vous avez t surpris de la part
     si borne que les rglements nous ont laisse dans
     l'administration, quoique nous soyons les plus intimement lis 
     l'intrt des malades; mais cependant, quelques justes que soient
     vos ides sur cet objet, et quelque flatteur qu'il soit pour nous
     de recueillir les tmoignages de votre confiance, nous avons
     l'honneur de vous reprsenter qu'il ne nous convient point de
     nous exposer aux risques et aux embarras d'une comptabilit: nous
     nous bornons donc  vous demander d'exercer sur les dpenses de
     l'administration les fonctions que les contrleurs remplissaient
     dans les anciens rglements, c'est--dire qu'il ne sera allou
     en paiement que les objets dont les demandes auront t vises et
     approuves, et l'emploi vrifi par les officiers de sant en
     chef de l'arme.

     Nos fonctions sont trs tendues et trs pnibles; d'abord il
     nous a fallu, sans le secours et mme contre les ordres formels
     du ministre de la guerre, nous procurer des collaborateurs; il a
     fallu ensuite travailler  former le plus grand nombre  un
     service qui lui tait totalement tranger, et s'occuper mme de
     l'instruction de ceux des classes infrieures[19]; enfin la
     confiance de l'arme s'est empare du reste de nos moments. Vous
     venez encore de nous imposer de nouveaux devoirs en nous
     assignant honorablement une place dans le conseil priv
     d'gypte[20].

          [Note 19: Le citoyen Larrey a fait tous les ans des cours
          d'anatomie d'institutions et de clinique chirurgicales. (_Note
          ajoute_).]

          [Note 20: Voyez l'ordre du jour du 15 fructidor. (_Note
          ajoute_).]

     Pour arriver au but que vous vous proposez, nous vous demandons
     d'ordonner que les officiers de sant en chef se runissent dans
     un bureau sous le nom de _comit de sant de l'arme_;

     Nous vous demandons que les attributions des officiers de sant
     de toutes les classes soient maintenues conformment au rglement
     du 30 floral an IV;

     Nous vous demandons de limiter l'autorit des commissaires des
     guerres. Les vices de la hirarchie actuelle, oppressive pour nos
     subordonns, sont sensibles pour tout le monde, et le ministre
     Petiet, dont les talents administratifs sont assez connus, y
     drogea lui-mme dans son rglement particulier sur les
     hpitaux-militaires-d'instruction, dans lesquels deux de nous ont
     eu l'honneur de servir et d'enseigner.

     Il est ncessaire pour consacrer l'indpendance du comit qu'il
     communique avec vous sans intermdiaire toutes les fois qu'il en
     aura besoin: il conservera des relations avec l'ordonnateur en
     chef pour le matriel de son service, et avec le
     gnral-commandant le gnie pour se concerter sur les
     constructions et rparations des hpitaux et des lazarets; et,
     dans le cas o il s'lverait des difficults entre le comit et
     l'ordonnateur, ou le gnral du gnie, elles seront portes
     devant vous.

     Nous vous demandons la suppression de la commission
     extraordinaire de salubrit publique, et sa runion au comit de
     sant. Les motifs qui nous dterminent sont l'conomie du temps
     et la concentration de l'action;

     Nous vous demandons  conserver avec l'administration sanitaire
     les mmes rapports qu'avait la commission extraordinaire, en y
     ajoutant ceux que nous demandons  tablir avec l'administration
     des hpitaux;

     Nous vous entretiendrons des moyens de relever et d'encourager
     l'administration sanitaire;

     Nous vous demandons de maintenir les commissions de salubrit
     publique d'Alexandrie, Rosette, et Lesbh sur le plan de leur
     premire organisation;

     Nous vous prions de rappeler aux officiers de sant des hpitaux
     militaires et des corps arms, quelquefois ports  s'en carter,
     la soumission qu'ils doivent, conformment aux lois,  leurs
     chefs de service respectifs. Il serait bon que vous enjoigniez
     aux officiers-gnraux, commandants des places, et officiers
     particuliers d'assister les officiers de sant en chef de
     l'arme, et de leur prter main-forte en cas de besoin, pour
     l'excution des ordres qu'ils seront dans le cas de donner
     d'aprs les rglements antrieurs, ou celui que vous arrterez.

     Il nous reste, gnral, un dernier article; c'est celui du
     traitement des officiers de sant, qui est dans une disproportion
     tonnante avec celui des administrateurs, et notamment des
     nombreux commissaires des guerres, mme adjoints: nous savons que
     vous tes forc d'conomiser; mais l'tat gagnera en soutenant le
     courage de nos collaborateurs, et en leur procurant une manire
     d'exister qui rponde, s'il nous est permis de le dire,  la
     noblesse et  l'utilit de leurs fonctions.

     Dans d'autres circonstances, gnral, et dans d'autres lieux nous
     aurions pu profiter davantage de vos bienveillantes dispositions;
     mais nous sommes dj surchargs de nos travaux habituels. Vous
     aurez cependant dj fait beaucoup en indiquant et en commenant
      oprer des changements salutaires, et vos vues particulires
     sur l'amlioration de notre service consacreront la sagesse de
     votre administration paternelle.

               _Signs_ BOUDET, D. J. LARREY, et R. DESGENETTES.

Le gnral en chef annona depuis au ministre de la guerre qu'il avait
adopt un plan conforme aux vues dveloppes ci-dessus; mais il ne le
publia point, et il n'y eut d'excut qu'une augmentation de traitement,
qui tenait un juste milieu entre la prodigalit et cette parcimonie que
des esprits rtrcis veulent toujours porter dans l'administration
publique.

_Extrait de l'ordre du jour du 26 fructidor an VIII._

     Le gnral en chef approuve et ordonne l'excution des arrts
     pris par la commission extraordinaire de salubrit publique dans
     ses sances des 20 et 25 fructidor, portant, 1 Qu'il sera tabli
     au poste d'Aboukir un garde de sant, charg d'y faire excuter,
     sous les ordres de la commission d'Alexandrie, les lois et
     rglements sanitaires; 2 Qu'il sera galement tabli un garde de
     sant sur le lac Burlos.

               L'adjudant-gnral faisant fonctions de chef
               d'tat-major-gnral.

               _Sign_ REN.

Les notes relatives au reste du mois et jours complmentaires ne
prsentent rien d'important.

Nous perdmes en fructidor et jours complmentaires soixante dix-sept
malades, presque tous dysentriques, ci.......... 77 morts.

_tat des morts dans le second semestre de l'an VIII._

  Germinal                       121
  Floral                        166
  Prairial                        96
  Messidor                        76
  Thermidor                       70
  Fructidor, et jours complm.    77
                                ----
  TOTAL                          606 morts.
                                ====

Je suis oblig, pour donner une ide des peines qu'il a fallu pour
runir ces rsultats, qui quelquefois encore ne sont qu'approximatifs,
de faire connatre que j'ai souvent crit jusqu' dix lettres pour me
procurer le mouvement d'un seul tablissement.

On trouvera ici avec intrt un tat relev avec beaucoup de soin et
d'exactitude, et qui m'a t communiqu par l'estimable commissaire des
guerres Regnier, charg du bureau central administratif de l'arme.

_TAT ncrologique depuis le dpart de France jusqu'au dernier jour
complmentaire de l'an VIII._

  A = Tus dans les combats.
  B = Blesss.
  C = Accidentels.
  D = Maladies Ordinaires.
  E = Fivres pestilentielles.
  F = Total des morts par administrations ou commissions.
  G = Total des morts par administrations ou commissions.

  -----------------------------------+-----------------------------+-------+-------+
               DSIGNATION           |      GENRE DE MORT.         |       |       |
  -------------------+---------------+-----+-----+-----+-----+-----+       |       |
      de l'arme.     |  des corps.   |     |     |     |     |     | Total | Total |
                     |               |     |     |     |     |     |  des  |  des  |
                     |               |     |     |     |     |     | morts | morts |
                     |               |     |     |     |     |     |  par  |  par  |
                     |               |     |     |     |     |     | corps | arme. |
                     |               |  A  |  B  |  C  |  D  |  F  |       |       |
  -------------------+---------------+-----+-----+-----+-----+-----+-------+-------+
  TAT-MAJOR-GNRAL DE L'ARME      |  21 |   4 |   1 |   3 |   4 |    33 |    33 |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  INFANTERIE LGRE.                 |     |     |     |     |     |       |       |
    2me 1/2 brigade                  |  87 |  22 |  12 | 173 |  48 |   342 }       |
    4me idem                         |  72 |   8 |   6 | 180 |  78 |   344 }  1353 |
    21me id.                         | 159 |  56 |  37 | 129 |   6 |   387 }       |
    22me id.                         |  85 |  51 |   3 |  65 |  76 |   280 }       |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  INFANTERIE DE LIGNE.               |     |     |     |     |     |       |       |
    9me 1/2 brigade                  | 195 | 100 |   5 |  94 |  95 |   489 }       |
    13me id.                         | 410 |  76 |  20 | 270 | 164 |   940 }       |
    18me id.                         | 318 |  43 |   5 | 243 |  58 |   667 }       |
    19me grenadiers                  |  32 |  .. |  .. |  12 |  .. |    44 }       |
    25me 1/2 brigade                 | 139 |  34 |  14 | 166 |  48 |   401 }       |
    32me id.                         | 254 |  89 |  25 |  54 |  88 |   510 }  5006 |
    61me id.                         |  84 |  32 |  18 |  80 |  45 |   259 }       |
    69me id.                         | 234 |  29 |   3 | 104 |  38 |   408 }       |
    75me id.                         | 241 |  69 |  14 | 164 | 110 |   598 }       |
    85me id.                         | 263 |  85 |   6 |  68 | 115 |   537 }       |
    88me id.                         |  51 |  30 |  13 |  56 |   3 |   153 }       |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  GUIDES  PIED ET  CHEVAL.         |  52 |   4 |   7 |   2 |  17 |    82 |    82 |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  DROMADAIRES.  rgiment             |  15 |   8 |   3 |   4 |   1 |    31 |    31 |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  LGIONS                            |     |     |     |     |     |       |       |
    maltaise                         |  .. |   1 |  .. |  26 |  36 |    63 }       |
    nautique                         |  83 |  .. |  .. |  16 |  53 |   152 }   223 |
    grecque                          |  .. |  .. |   3 |   4 |  .. |     7 }       |
    copte                            |  .. |  .. |   1 |  .. |  .. |     1 }       |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
    cavalerie syrienne.              |  .. |  .. |   1 |   1 |  .. |     2 |     2 |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  CAVALERIE.                         |     |     |     |     |     |       |       |
    7me de hussards                  |  62 |  15 |   6 |  21 |   3 |   107 }       |
    22me de chasseurs                |  43 |   3 |   9 |  15 |   5 |    75 }       |
    3me de dragons                   |  43 |   7 |   6 |  16 |  14 |    86 }       |
    14me id.                         |  34 |  12 |   4 |  33 |  10 |    93 }   601 |
    15me id.                         |  35 |   3 |   3 |  13 |   5 |    59 }       |
    18me id.                         |  91 |   4 |   1 |  13 |   6 |   115 }       |
    20me id.                         |  27 |   1 |   8 |  20 |  10 |    66 }       |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  GNIE.                             |     |     |     |     |     |       |       |
    tat-major                       |   6 |   6 |   1 |   4 |   4 |    21 }       |
    sapeurs                          | 212 |  22 |  10 | 117 | 108 |   469 }       |
    ouvriers                         |   4 |   3 |   1 |   6 |   9 |    23 }   536 |
    2e comp. de min.                 |   3 |   2 |   1 |   7 |   2 |    15 }       |
    5me id.                          |   4 |  .. |   1 |   2 |   1 |     8 }       |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  ARTILLERIE.                        |     |     |     |     |     |       |       |
    tat-major                       |   6 |   2 |   1 |  13 |   1 |    23 }       |
    pontonniers                      |   1 |  .. |  .. |   6 |   5 |    12 }       |
    quipag. des ponts               |  .. |  .. |  .. |   1 |   3 |     4 }       |
    ouvriers                         |   4 |   2 |   5 |  33 |  20 |    64 }       |
    trains                           |  41 |   2 |   7 |  81 |  41 |   172 }   675 |
    1er rgiment                     |  16 |   3 |   7 |   6 |   9 |    41 }       |
    4me id.                          |  63 |  18 |   9 |  57 |  52 |   199 }       |
    escadrons                        |  60 |   4 |   3 |  24 |   8 |    99 }       |
    marine                           |  11 |   2 |   1 |  17 |  30 |    61 }       |
  -----------------------------------+-----+-----+-----+-----+-----+-------+-------+
  TOTAUX                             |3561 | 852 | 281 |2419 |1429 |  8542 |  8542 |
  -----------------------------------+-----+-----+-----+-----+-----+-------+-------+
                    |                |     |     |     |     |     |       |       |
     des diverses   |  des employs  |     |     |     |     |     |       |       |
   administrations  |  des diverses  |     |     |     |     |     |       |       |
   ou  commissions. | administrations|     |     |     |     |     |       |       |
                    | ou commissions.|  A  |  B  |  C  |  D  |  E  |   F   |   G   |
  ------------------+----------------+-----+-----+-----+-----+-----+-------+-------+
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  COMMISSAIRES DES GUERRES           |   3 |  .. |   1 |   1 |   4 |     9 |     9 |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
  OFFICIERS DE SANT                 |     |     |     |     |     |       |       |
               {mdecins             |   1 |  .. |  .. |  .. |   4 |     5 }       |
               {chirurgiens          |   6 |   1 |   1 |   5 |  36 |    49 }    82 |
               {pharmaciens          |  .. |  .. |   1 |   3 |  24 |    28 }       |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
               {sanitaire            |  .. |  .. |   1 |  .. |  15 |    16 }       |
               {trsorerie nation    |   3 |  .. |  .. |  .. |  .. |     5 }       |
               {postes               |  .. |  .. |   2 |  .. |   3 |     5 }       |
               {vivres               |  10 |  .. |   1 |   2 |  20 |    33 }       |
               {transports           |  16 |   1 |   1 |   6 |  13 |    37 }       |
  ADMINISTRAT. {hpitaux             |   7 |  .. |  .. |  21 | 126 |   154 }   257 |
               {habillement          |   1 |  .. |  .. |   1 |  .. |     2 }       |
               {monnaie              |   1 |  .. |  .. |  .. |  .. |     1 }       |
               {imprimerie           |  .. |  .. |  .. |   1 |  .. |     1 }       |
               {domaines nation      |  .. |  .. |  .. |   5 |  .. |     5 }       |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
   INGNIEURS  {gographes           |   1 |  .. |   1 |   1 |  .. |     3 }       |
               {ponts et chausses   |   3 |  .. |  .. |  .. |   1 |     4 }     7 |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
   COMMISSION DES SCIENCES ET ARTS   |  .. |  .. |  .. |   3 |   2 |     5 |     5 |
                                     |     |     |     |     |     |       |       |
   OFFICIERS DE SANT DE LA MARINE   |   1 |  .. |  .. |  .. |  12 |    13 |    13 |
                                     +-----+-----+-----+-----+-----+-------+-------+
                    TOTAUX           |  53 |   2 |   9 |  49 | 260 |   373 |   575 |
  -----------------------------------+-----+-----+-----+-----+-----+-------+-------+

    RCAPITULATION.

    Tus dans les combats                  3614
    Blesss, morts                          854
    Tus par accidents                      290
    Morts par maladies ordinaires          2468
    Morts de la fivre pestilentielle      1689
                                          ------
    TOTAL DES MORTS               8915
                                          ======

_Certifi conforme aux tats particuliers fournis par les corps et
administrations de l'arme. Au Kaire, le 10 frimaire an IX._

               Sign, _l'ordonnateur en chef_, SARTELON.

La fte du premier vendmiaire an IX fut clbre avec la plus grande
pompe, releve par les victoires de la Rpublique en Europe. Nous
connaissions en effet alors les clatants exploits de Massna dans la
Suisse, et de Moreau sur le Rhin; et jusqu'aux habitants de l'gypte, si
indiffrents sur ce qui se passe dans le reste du monde, savaient que
Bonaparte avait gagn la victoire la plus signale dans cette Italie,
ternel thtre de sa gloire; dans tous les lieux o ils se rassemblent
ils s'entretenaient de la bataille de Marengo, de ce canon qui, pour y
tonner, avait franchi des montagnes trois fois plus leves que les plus
hauts minarets, et ils s'attendrissaient aussi sur la fin prmature du
conqurant du Sad, dont ils rappellent tous les jours la valeur et la
justice.

_Ordre du jour du 12 vendmiaire an IX._

     MENOU, gnral en chef, sur le rapport de la commission
     extraordinaire de salubrit publique, ordonne ce qui suit:

     ARTICLE PREMIER.

     Il sera fait une sereine gnrale de rigueur dans les villes du
     grand et du vieux Kaire, la citadelle, Gizeh, et Boulak;

     II. La mme sereine gnrale de rigueur aura lieu dans les
     villes d'Alexandrie, Rosette, Damiette, et toute autre ville de
     l'gypte o la commission extraordinaire de salubrit publique
     jugera ncessaire de l'ordonner;

     III. Il sera attach  l'administration sanitaire d'Alexandrie
     deux prposs et deux gardes de sant de plus;

     IV. Il sera aussi tabli  Aboukir un prpos sanitaire, et 
     Bourlos un garde de sant;

     V. La commission extraordinaire de salubrit publique proposera
     au gnral en chef les appointements qui doivent tre accords 
     ces divers employs.

     VI. Les gnraux commandant les places et les provinces, les
     commissaires des guerres, le directeur-gnral et comptable,
     l'ordonnateur en chef, les officiers de sant, sont chargs
     chacun dans ce qui les concerne de l'excution du prsent ordre.

               _Sign_ ABD. J. MENOU.

Le gnral en chef, sur le rapport du citoyen Desgenettes, mdecin en
chef de l'arme, du 9 du courant, ordonne ce qui suit:

     ARTICLE PREMIER.

     Il sera form sur-le-champ  Alexandrie une commission, compose
     du chef de bataillon Sorbier, directeur des fortifications; du
     chef de brigade d'Anthouart, directeur du parc d'artillerie; du
     citoyen Faye, ingnieur des ponts et chausses, et d'un mdecin
     de la place: elle dterminera les canaux traversant la ville qui
     doivent tre supprims, et ceux qui doivent tre conservs.

     II. Les canaux conservs seront agrandis, pavs; on leur donnera
     une pente suffisante et bien rgle pour l'coulement des eaux;
     ils seront rpars de manire  pouvoir tre nettoys facilement.

     III. La commission examinera tous les moyens d'empcher qu'il ne
     se forme  Alexandrie, pendant la saison des pluies, des amas
     d'eaux stagnantes, notamment sur les diffrentes places o le
     gnral en chef a vu par lui-mme qu'il se formait des espces
     d'tangs; la plus grande propret sera entretenue dans toutes les
     places, et l'intrieur de l'enceinte d'Alexandrie.

     IV. Le gnral en chef tmoigne, au nom de l'arme, au citoyen
     Labatte, membre de la commission des sciences et arts, sa
     satisfaction publique pour les observations et recherches qu'il a
     faites sur les causes de l'insalubrit d'Alexandrie.

     V. Le mdecin en chef est charg de faire faire promptement des
     recherches sur les causes de l'insalubrit qui peuvent exister 
     Rosette et  Damiette.

     VI. Le gnral de division commandant le cinquime arrondissement
     est charg de l'excution du prsent ordre, qui intresse si
     puissamment la conservation de la garnison d'Alexandrie, et celle
     de ses habitants.

               _Sign_ ABD. J. MENOU.

J'adressai, le 12, au gnral de division Belliard, commandant des ville
et province du Kaire, des observations sur l'tat des prisons et des
prisonniers dtenus  la citadelle; le mme jour il partit pour
Alexandrie trente-six hommes condamns aux galres; le 15, les
prisonniers de guerre anglais partirent pour Damiette, et une portion
des prisonniers turcs passrent  Gizeh pour y tre employs dans les
ateliers de l'artillerie.

Le gnral en chef, par son ordre du jour du 14, ordonnait la confection
de cent lits portatifs, propres  transporter des blesss ou malades,
sur le modle excut par les soins, et d'aprs les vues du citoyen
Larrey, chirurgien en chef de l'arme.

Le gnral en chef ajoutait  la suite de l'arrt qui fixait
l'augmentation de notre traitement:

     Le gnral en chef ne croit pas ncessaire de recommander  tous
     les officiers de sant de redoubler encore, s'il est possible, de
     zle et d'activit dans les soins qu'ils savent si bien donner
     aux malades de l'arme;

     Il leur recommande d'examiner avec soin les causes de
     l'insalubrit qui affecte quelques cantons de l'gypte;

     De faire des travaux et des recherches suivis sur les maladies
     qui s'y manifestent le plus communment, et gnralement enfin
     sur toute la topographie mdicale de l'gypte.

Enfin l'ordre de l'arme du mme jour tait termin par l'article
suivant:

     Le gnral en chef recommande  tous les individus de l'arme
     qui sont attaqus de la maladie contagieuse, dont l'existence se
     manifeste le plus communment par des bubons, de dclarer ds les
     premiers instants le mal dont ils sont atteints: il existe
     beaucoup de moyens curatifs lorsque la maladie est attaque ds
     sa naissance; il n'en existe presque plus lorsqu'elle est
     invtre. Les malades peuvent tre assurs qu'ils trouveront
     dornavant tous les secours possibles dans les hpitaux et les
     lazarets. Dans le commencement de notre sjour en gypte la
     maladie contagieuse, tant presque inconnue, effrayait tous les
     individus; peu de soins taient donns aux malades. Aujourd'hui
     les officiers de sant, pntrs d'attachement  leurs devoirs,
     et connaissant beaucoup mieux la cause et les effets de cette
     maladie, rclament avec instance d'tre chargs de traiter les
     malades qui en seront atteints;

     En consquence le gnral en chef ordonne ce qui suit:

     Les officiers de sant de l'arme sont chargs, en prenant les
     prcautions usites dans les maisons de quarantaine et les
     lazarets, de traiter tous les malades qui seront atteints de la
     maladie contagieuse: ils ne seront point astreints  tre
     enferms dans ces maisons. Le gnral en chef s'en rapporte 
     leur sagesse, ainsi qu'aux rglements qui devront tre faits 
     cet gard par les officiers de sant en chef de l'arme, pour les
     prcautions  prendre afin d'viter les dangers des
     communications.

               _Sign_ ABD. J. MENOU.

Le gnral en chef prohiba, par son ordre du jour du 17, sous des peines
trs svres, l'importation, la prparation, et la vente du hachich,
plante de la distillation de laquelle on obtient une liqueur enivrante;
il dfendit galement l'usage de fumer la graine de chanvre.

L'ordre de ce jour contenait encore l'article suivant:

     Le gnral en chef saisit cette occasion de rappeler  tous les
     individus qui composent l'arme, ou qui lui sont attachs,
     combien est pernicieux l'usage immodr que font quelques-uns
     d'entre eux de l'eau-de-vie et autres liqueurs fortes: outre les
     excs de tout genre auxquels se portent les hommes qui sont
     ivres, excs qui quelquefois leur cotent la libert, la vie, ou,
     ce qui est encore plus, l'honneur, l'usage immodr des liqueurs
     fortes rend ceux qui s'y livrent plus disposs  contracter
     l'affreuse maladie de la peste. Toutes les observations faites
     par les hommes les plus attentifs, et par tous les officiers de
     sant de l'arme, prouvent que la contagion se dveloppe plus
     souvent dans les maisons de dbauche, dans celles des cantiniers,
     et dans les cabarets que dans tout autre lieu; que de vingt
     individus attaqus de la peste, quinze au moins sont des hommes
     reconnus pour tre ivrognes, ou se livrant journellement  des
     excs d'eau-de-vie;

     En consquence le gnral en chef ordonne  tous les
     officiers-gnraux, chefs de corps, et autres officiers de tous
     les grades de punir svrement tous les hommes qui s'enivrent. Le
     bon ordre et la sant des individus de l'arme exigent ces
     mesures svres.

               _Sign_ ABD. J. MENOU.

Le 18, les officiers de sant en chef de l'arme reurent des recherches
et des conjectures sur les causes de l'insalubrit de Rosette et
d'Alexandrie, par les citoyens Viard, chirurgien du quinzime rgiment
de dragons, Robert, chirurgien de la quatrime demi-brigade d'infanterie
lgre, et Coust, chirurgien de la dix-huitime demi-brigade
d'infanterie de bataille.

L'ordre du jour du 22 contenait l'article suivant:

     Le gnral en chef est mcontent du peu de soin qu'on met 
     enterrer les morts: les endroits destins aux spultures,
     principalement ceux qui avoisinent les hpitaux, ressemblent plus
      des voiries qu' des cimetires. Le gnral en chef recommande
     la plus grande surveillance, soit aux directeurs, soit aux
     commissaires des guerres chargs de la police des hpitaux: ils
     doivent exiger la stricte excution des rglements  cet gard;
     ce sont des mesures qui tiennent  la dcence et  ce que nous
     devons  nos restes: partout elles sont ncessaires; elles le
     deviennent encore plus pour nous qui vivons au milieu d'un peuple
     qui a pour les morts le respect le plus religieux. Les gnraux
     commandant les provinces et les places tiendront la main 
     l'excution du prsent ordre.

Il continua de rgner au Kaire, pendant ce mois, une fivre phmre,
qui s'tait manifeste  l'poque de l'ouverture du Calich, qui avait eu
lieu ds le 29 thermidor; le Nil marquait alors  la colonne du mekias
de l'le de Rhouadah seize coudes, et tait dj arriv au terme des
crues de l'an VII au 2 vendmiaire.

Voici le tableau de cette fivre, fidlement trac par le citoyen
Barbs:

     Une lgre fivre, de la tribu des catarrhales, rgne depuis
     l'ouverture du Calich: la cause d'une indisposition aussi
     rpandue, surtout dans l'arme, a t attribue  l'humidit
     augmente par la crue subite et considrable du Nil, et peut-tre
     aussi l'eau jete en abondance dans les rues du Kaire pour les
     arroser.

     Presque tous les malades se plaignent au moment de l'invasion de
     ne plus suer, de ne plus mme transpirer; cette constriction des
     pores cutans occasionne des lassitudes et des malaises. Nos
     concitoyens rptent  l'envi qu'ils son convaincus de la
     justesse de l'usage du pays, qui veut que l'on substitue la
     question obligeante, Suez-vous?  celle, Comment vous
     portez-vous?

     Cet tat s'accompagne d'un lger mal-de-tte, d'innapptence pour
     les aliments; la langue est seme d'asprits blanchtres; on a
     un got fade dans la bouche;

     Au bout de trois ou quatre jours le pouls, d'abord tendu et
     frquent, s'amollit; la peau, auparavant sche et chaude, devient
     moite; elle se gonfle un peu, rougit, et on aperoit une lgre
     ruption  la face, sur la paume des mains, et sur diverses
     parties du corps; la rgion des lombes porte quelquefois des
     empreintes comme si elle et t flagelle; enfin le ventre
     s'ouvre, et l'excrtion de la sueur reparat d'une manire plus
     ou moins sensible.

     Tels ont t en gnral les symptmes et la terminaison de cette
     fivre abandonne  la nature.

     Nanmoins une tisane faite avec l'orge et un peu de
     salsepareille,  laquelle on ajoutait du sucre et du vinaigre,
     outre quelle tait agrable, favorisait la solution de cette
     fivre: nous l'avons conseille aprs en avoir fait usage
     nous-mmes.

     D'autres personnes avaient encore avec cette fivre l'ruption
     qui couvre le corps d'cailles furfuraces, et que l'on attribue
      la boisson des nouvelles eaux du Nil; ceux-ci prouvaient dans
     le principe des frissonnements dans les plans superficiels du
     corps, une chaleur plus vive, les exacerbations plus sensibles le
     soir, le ventre plus resserr, le sommeil plus pnible.

     Quelques autres, surtout les militaires traits dans les
     hpitaux, avaient en outre des nauses, la langue enduite d'un
     limon pais; ils prouvaient un poids douloureux dans
     l'pigastre, tenant  un tat des premires voies, entretenu chez
     eux par de mauvais aliments, ou l'excs de l'eau-de-vie.

     Nous sommes devenus actifs  raison de la gravit des symptmes;
     c'est ainsi qu'en premier lieu nous avons fait dissoudre un grain
     ou un grain et demi de tartrate de potasse antimoine dans une
     pinte de tisane; nous avons ensuite en une seule fois donn une
     dose suffisante de cette prparation antimoniale pour exciter le
     vomissement; et lorsque nous avons reconnu des signes de
     turgescence infrieure, l'administration de l'mtique a t
     suivie de celle d'un eccoprotique.

     Mais nous avons t bien loigns d'avoir recours aux purgatifs
     violents; ils sont contre-indiqus toutes les fois qu'on doit
     favoriser le rtablissement d'une abondante transpiration. Cette
     terminaison des maladies dans les pays chauds a dirig les avis
     rpandus sur cet objet dans l'arme par le mdecin en chef.

     Il y a eu quelques convalescences pnibles  cause de la
     faiblesse des sujets.

Ici se termine ce qu'a crit sur la fivre phmre catarrhale ce
judicieux praticien: ensuite il ajoute relativement aux dysenteries:

     Dans celles qui taient rcentes nous soutenions les vacuations
     alvines avec le petit-lait tamarin, le tartrate acidul de
     potasse, et le sulfate de magnsie. Malheureusement les
     militaires viennent presque tous trop tard dans les hpitaux, et
     alors la prostration de leurs forces ne permet plus d'vacuer la
     cause dysentrique, et nous sommes rduits  une pratique
     symptomatique, par consquent incomplte et dfectueuse.

     Il n'est pas rare de dcouvrir des emptements, des obstructions,
     mme des hpatites chroniques ou inflammations lentes du foie
     chez la plupart de ces dysentriques. Ces complications
     redoutables sont dues  l'influence du climat,  l'excs de
     l'eau-de-vie, et  l'abus que commettent souvent les soldats en
     essayant de se resserrer le ventre avec la dcoction de grenade.

     Nous avons proscrit l'usage de l'opium, comme trs nuisible; nous
     nous contentons, quand il se manifeste de la malignit, de
     recourir au camphre, et  l'acide sulfurique dulcifi; nous
     faisons prendre tous les matins du petit-lait avec quelques
     grains d'actate de potasse aux malades qui se plaignent de
     douleurs dans l'hypocondre droit, et dans la journe des bols
     nitrs et camphrs: ce traitement doux empche l'inflammation de
     se dvelopper. Nous ajouterons bientt les sucs d'herbes au
     petit-lait. Nous n'avions jamais tant donn de camphre et de
     nitre, mais nous les voyons agir, sur presque tous nos malades
     comme rsolutifs des engorgements du foie.

Le citoyen Daure, administrateur habile et actif, qui avait succd le
1er frimaire an VII au citoyen Sucy, quitta, le 30 vendmiaire an IX,
les fonctions d'ordonnateur en chef, et fut remplac par le citoyen
Sartelon, dont nous avons eu autant  nous louer que de son
prdcesseur.

Il y eut pendant ce mois des malades dans les diffrents lazarets, mme
dans celui du Kaire, et nous perdmes soixante-cinq hommes, 65 morts.

L'ordre du jour du 1er brumaire portait qu'il serait tabli un cours de
zootomie prs du dpt des remontes dans l'le de Rhouadah; le citoyen
Loir, artiste vtrinaire, tait charg de cet enseignement, et les
officiers de sant en chef de l'arme devaient se concerter avec le
gnral-commandant du gnie pour l'excution de cet ordre.

Je chargeai, le 3, le citoyen Renati d'une visite de salubrit des
forts, casernes, chambres de discipline, boucheries, cimetires, et
voiries du Kaire, et places environnantes.

Le mme jour j'crivis au citoyen Savaresi, mdecin employ  la
citadelle, la lettre suivante (n 547 de ma correspondance.)

     D'aprs le rglement des hpitaux militaires, citoyen, le
     service particulier dont vous tes charg se borne  visiter les
     malades reus dans les salles des fivreux.

     Vos relations avec les prisonniers se bornent  visiter de temps
     en temps le local qu'ils habitent, et  vous assurer de la
     qualit de leurs aliments; ce qui est une simple surveillance de
     salubrit.

     On ne peut sous aucun prtexte exiger des mdecins de l'arme
     qu'ils traitent des malades dans les prisons: je vous autorise 
     vous y refuser avec les gards qu'exige l'humanit, et les
     mnagements dus  ceux qui pourraient dsirer de vous cette
     condescendance.

Le 6, on apprit par un btiment, arriv de France en vingt-cinq jours,
les nouvelles les plus consolantes sur la position de la Rpublique.

J'adressai, le 9, au gnral Belliard, commandant du Kaire, le rsultat
de la visite de salubrit dont j'ai parl ci-dessus; et je terminais
ainsi mon rapport (n 550 de ma correspondance).

     Il faudrait faire distribuer environ deux mille nattes dans les
     casernes, pour boucher, la nuit, les nombreuses fentres dont
     elles sont perces; ce qui expose continuellement la sant des
     soldats.

     Il y a  Gizeh une compagnie d'artillerie de la marine loge dans
     une maison trs dlabre et ouverte  tous les vents.

     La garnison de la citadelle n'est pas assez abrite dans la
     mosque qui lui sert de caserne: les prisons sont encore trop
     encombres, et on ne peut trop surveiller cet objet.

J'adressai au gnral en chef, le 12, la lettre suivante (n 553 de ma
correspondance).

     GNRAL,

     Il serait trs avantageux que vous ordonnassiez  la commission
     d'agriculture de faire semer ou planter autour de la ferme
     d'Ibrahim-bey de manire  y entretenir une abondante vgtation.
     La mme mesure peut s'appliquer  diffrents autres
     tablissements.

     Salut et respect.

On reut, le 15, au Kaire la nouvelle de l'armistice sign avec
l'empereur d'Allemagne, par l'aviso le _S.-Philippe_, parti de Toulon le
19 vendmiaire, et entr le 9 brumaire dans le port d'Alexandrie.

Je chargeai le mme jour le citoyen Renati de la visite des cadavres de
ceux qui meurent subitement, afin de procurer  l'tat-major de la place
des rapports rguliers.

_Extrait de l'ordre du jour du 18 brumaire an IX._

     Le gnral en chef ordonne ce qui suit:

     Le gnral de division Belliard, commandant la place et
     l'arrondissement du Kaire, fera partie de la commission de
     salubrit publique.

               _Sign_ ABD. J. MENOU.

Dans l'un de ces lans gnreux qu'inspire seul l'amour de son pays, nos
invalides, presque tous horriblement mutils, redemandrent des armes,
et une proclamation du 29 consacra  jamais un dvouement aussi beau.

La fivre catarrhale, dont on a parl, se termina vers la fin de
brumaire, poque du dcroissement du Nil.

On vit alors quelques fivres contagieuses se manifester dans des
habitations environnes d'eaux stagnantes.

Nous perdmes en brumaire dans les hpitaux et les lazarets
soixante-sept malades, ci... 67 morts.

Je trouve dans mes notes du mois suivant que le lazaret du Kaire, situ
dans l'le de Boulak, plus connue par l'arme sous le nom d'le de la
quarantaine, recevait presque tous les jours des malades, que visitait
avec beaucoup de soin le citoyen Emeric, qui m'adressait chaque matin un
bulletin individuel.

J'crivis au gnral en chef la lettre suivante (n 570 de ma
correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 15 frimaire an IX.

     GNRAL,

     J'ai trouv ce matin,  7 heures, la soixante-neuvime
     demi-brigade qui manoeuvrait sur l'esplanade du fort de
     l'institut, au milieu d'un pais brouillard, auquel il est
     dangereux d'tre expos sans ncessit. Quand les circonstances
     exigent que les troupes essuient ainsi l'humidit, il
     conviendrait de donner  chaque homme une petite quantit
     d'eau-de-vie.

     Salut et respect.

Le 22, j'crivis  l'ordonnateur en chef la lettre suivante (n 574 de
ma correspondance).

     Citoyen, les mdecins, et particulirement ceux employs dans
     cette place, se sont trs souvent plaints, et viennent encore de
     se plaindre  moi de ce que les officiers de sant attachs aux
     corps de troupes envoient leurs malades beaucoup trop tard dans
     les hpitaux; ils y arrivent souvent sans ressource, et
     paraissent n'y avoir t envoys que pour mourir: veuillez bien
     faire prendre au gnral en chef une dtermination qui remdie 
     un abus aussi pernicieux.

J'crivis, le 26,  l'ordonnateur charg de la police suprieure des
hpitaux, la lettre suivante (n 575 de ma correspondance).

     Les hpitaux de cette place, citoyen, sont bien tenus sous le
     rapport de la propret, des fournitures, et des aliments; mais il
     serait  dsirer que le vinaigre, article trs essentiel, ft,
     s'il est possible, de meilleure qualit.

Le 30, j'adressai une lettre fort dtaille au citoyen Coste, membre du
conseil de sant des armes, et je disais, entre autres choses,  ce
chef distingu de la mdecine militaire: Les circonstances de la guerre
ont empch les officiers de sant en chef de l'arme d'Orient, et moi
en particulier, de correspondre avec le conseil; des ordres prcis des
gnraux qui ont successivement command en chef en ont fait une loi, de
crainte que ces communications ne tombassent aux mains de l'ennemi...
J'ai donc t forc de taire une partie du compte que je vous devais,
et j'ai tch d'y suppler en insrant dans nos journaux politiques et
littraires d'gypte plusieurs articles que j'apprends avoir t
rimprims en France.

Le nombre des malades reus dans les lazarets augmenta pendant ce mois;
la compagnie d'artillerie de marine, loge  Gizeh dans une mauvaise
maison, et dont il est parl page 192, envoya trois hommes au lazaret de
Boulak. Nous perdmes en frimaire soixante-neuf malades, ci... 69 morts.

J'crivis au prsident de la commission extraordinaire de salubrit
publique la lettre suivante (n 584 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 3 nivse an IX.

     Je crois, citoyen prsident, devoir mettre sous les yeux de la
     commission l'indispensable ncessit de s'occuper avec activit
     du curage du Kalish si on veut viter des maladies trs graves et
     d'une communication facile.

     Je dois en mme temps avoir l'honneur de vous prvenir que, sur
     les avertissements qui m'ont t donns par notre honor collgue
     le prfet maritime Leroy, je me suis fait rendre un compte exact
     et dtaill de l'tat des environs de la porte dite Bab-luk: les
     causes de l'infection sont bien dtermines; c'est un reste d'eau
     croupissante dans l'une des branches du Kalish qui verse dans la
     place Ezbequier, et auquel viennent se joindre les eaux qui
     dcoulent d'une immense tannerie. Le cimetire voisin, qui a t
     pendant le sige le thtre de tant de combats, ne contribue pour
     rien  l'infection, quoiqu'il ait t pntr par les eaux  une
     grande profondeur; l'infection d'ailleurs est borne  un cercle
     peu tendu, loign des habitations, et ne peut gure tre porte
     sur la ville par les vents.

     Les travaux immenses entrepris pour les communications, les
     plantations commences qui dcoreront les routes, en les
     consolidant, contribueront en mme temps  la salubrit; enfin on
     parviendra, en tudiant les localits,  un systme d'irrigation,
     qui, sans nuire  l'agriculture, rassurera l'existence des
     habitants. Je dirige journellement mes observations et mes
     recherches vers ce but utile et dsirable, et je m'empresserai
     toujours de faire hommage de leurs rsultats  la commission.

J'adressai, le 6, la lettre qui suit aux citoyens Barbs, Carri, et
Pugnet, mdecins de l'arme (n 587 de ma correspondance).

     Je dsire, citoyens, qu'indpendamment des services importants
     que vous avez rendus, et que je m'empresserai de faire connatre
     dans des circonstances favorables, vous attachiez plus
     particulirement encore votre nom  l'histoire d'une expdition
      jamais mmorable, quelle que puisse en tre l'issue.

     Je vous charge en consquence de la rdaction de la topographie
     physique et mdicale de cette place: le travail, je le sais, est
     tendu; mais il est fort au-dessous des forces de chacun de vous,
     et par consquent de la runion de vos talents. Vous trouverez
     beaucoup de choses faites sur la gographie, la mtorologie,
     l'tat des dcs, etc.; toutes les sources vous seront ouvertes,
     et vous aurez toutes les recommandations ou les ordres
     ncessaires pour les communications dont vous aurez besoin.

     Distribuez-vous donc l'ouvrage avec l'accord parfait qui rgne
     entre vous: je suis loin de vous tracer un plan qui vous
     astreigne  aucune contrainte; mais pour mettre de l'uniformit
     dans nos travaux, je dsire que vous suiviez le plan indiqu dans
     ma circulaire du 25 thermidor an VI. Je me suis born  une
     simple invitation, parce que je vous estime trop pour vous donner
     des ordres quand il s'agit de travailler  honorer notre
     profession, et, ce qui vaut mieux, de faire du bien aux hommes.

Lettre adresse, le 9, au citoyen Frank (n 588 de ma correspondance).

     J'ai plusieurs fois, citoyen, donn des ordres dans les hpitaux
     pour qu'on ne lavt pas  grande eau les salles des fivreux, et
     pour qu'on les nettoyt avec du sable sec; je vous prie de tenir
     la main  leur excution dans l'tablissement dont vous tes
     charg.

Lettre adresse, le 11, au gnral Belliard, commandant des ville et
province du Kaire (n 590 de ma correspondance).

     J'ai l'honneur, gnral, de vous prvenir directement que les
     habitants des maisons situes sur le Kalish y jettent
     journellement des immondices qui ajoutent  l'infection
     rsultante des eaux croupissantes; il serait important de faire
     cesser cet abus par une prompte proclamation.

La proclamation fut publie le 12.

L'aviso _le Turbulent_, parti de Toulon le 12 frimaire, entra le 14
nivse dans le port d'Alexandrie avec des dpches du gouvernement, et
d'excellentes nouvelles, qui parvinrent au quartier-gnral du Kaire le
18, et furent annonces  l'ordre de l'arme du 19.

Le 20, le citoyen Emeric, charg du service du lazaret de Boulak, tant
tomb malade, je le fis remplacer par le citoyen Renati, qui dveloppa
une activit aussi claire et aussi soutenue que dans l'an VIII.

L'ordre de l'arme du 21 renfermait une lettre intressante du ministre
de la marine et des colonies sur la position de la rpublique, et
annonait l'arrive  Alexandrie d'un btiment marchand, venu de France
en neuf jours; c'est par cette voie que l'on sut la reprise des
hostilits avec l'empereur d'Allemagne, et la victoire de Moreau 
Hohenlinden, etc.

J'adressai au gnral en chef la lettre suivante (n 601 de ma
correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 23 nivse an IX.

     GNRAL,

     Je viens de recevoir des citoyens Balme et Claris, mdecins de
     l'arme employs  Lesbh, un rapport trs avantageux sur la
     sant des troupes du sixime arrondissement, confirm par les
     mouvements des hpitaux et du lazaret.

     Ce territoire est l'un des plus dangereux de la basse gypte 
     habiter; il est depuis longtemps le thtre d'une maladie
     endmique, qui ne cessera que par de grands travaux, et surtout
     en loignant, ainsi que l'on a commenc  le faire, la culture du
     riz de l'enceinte des villes.

     J'ai cru devoir vous faire part de cette position rassurante d'un
     point de l'arme lorsque l'on compare la situation actuelle avec
     celle des annes prcdentes.

     Salut et respect.

J'crivis, le 29,  l'ordonnateur en chef (n 604 de ma correspondance).

     Citoyen, je vous prie de faire maintenir l'excution trs
     importante de l'article suivant de l'ordre du jour du 12 nivse
     an VIII:

     _Les corps n'enverront point aux lazarets les hommes suspects de
     maladie contagieuse, comme quelques-uns l'ont fait; ils devront
     les envoyer directement dans les hpitaux o il existe des salles
     d'observation._

     La deuxime demi-brigade d'infanterie lgre a envoy ce matin un
     homme au lazaret sans se conformer  cet ordre, et cet envoi a
     t accompagn de circonstances qui, si elles n'ont pas de suite,
     peuvent au moins alarmer l'opinion publique.

Les lazarets, surtout celui de Boulak, continurent  recevoir des
malades: nous perdmes en nivse soixante-dix hommes, ci... 70 morts.

Le 6 pluvise, j'envoyai le citoyen Savaresi  Birket-l-Hadjy pour
examiner la position et l'tat de la sant de la garnison.

Je fis, le lendemain, au gnral en chef le rapport que voici (n 611 de
ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 7 pluvise an IX.

     GNRAL,

     J'envoyai hier un mdecin de l'arme  Birket-l-Hadjy; il a
     trouv la garnison en bonne sant, ainsi que la compagnie de la
     dix-huitime demi-brigade, campe en rserve  un demi-quart de
     lieue au sud-ouest du fort.

     Le soldat mort depuis quatre jours n'a prsent, pendant sa
     maladie ni aprs sa mort, aucun signe de maladie contagieuse;
     tout porte  croire qu'il est mort d'un excs d'eau-de-vie en
     sortant de prendre un purgatif.

     Il faut fermer l'oreille aux hommes qui manquent des
     connaissances ncessaires pour dcider de pareilles questions.

     Salut et respect.

Le 9, j'envoyai le citoyen Barbs dans le Delta, et je lui remis
l'instruction suivante (n 612 de ma correspondance).

     Vous vous rendrez, citoyen,  Mnouf dans le Delta, o vous
     prendrez des informations sur l'tat actuel de la sant des
     habitants et de la garnison franaise.

     Dans le cas o il rgnerait une maladie, vous chercherez  en
     dterminer la nature et la cause: vous pourrez vous aider de la
     topographie rdige et publie par le citoyen Carri, que
     j'aurais envoy lui-mme sur les lieux si sa sant l'et permis.

     Le gnral en chef tant sur le point d'envoyer de troupes 
     Tentah, je serais bien aise que vous prissiez connaissance des
     localits sous le point de vue de leur salubrit.

     Les escortes ncessaires pour voyager avec sret vous seront
     fournies, et je vous remets ci-joint pour cet effet un ordre
     prcis du gnral chef de l'tat-major-gnral aux commandants
     militaires.

     Je ne vous prescris point le temps que doit durer votre mission,
     subordonnant le tout aux besoins des circonstances, me reposant
     d'ailleurs sur vous avec toute confiance.

     Si vous le jugez convenable vous m'crirez pendant votre tourne.

     Ds que vous serez de retour vous m'adresserez un rapport
     circonstanci.

J'crivis au gnral en chef (n 614 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 12 pluvise an IX.

     GNRAL,

     J'ai l'honneur de vous prvenir que la seconde dition de mon
     _Avis sur la petite vrole_, rimprim en arabe par vos ordres,
     est actuellement  ma disposition, et je vous en envoie ci-joints
     trois cents exemplaires.

     Je dsirerais que cet opuscule ft rpandu parmi les tribus
     arabes du dsert, et mme par les caravanes dans l'intrieur de
     l'Afrique.

     J'en remettrai six cents exemplaires au gnral chef de
     l'tat-major-gnral, en l'invitant  les adresser aux gnraux
     commandant les arrondissements de l'gypte pour les distribuer
     aux cheikhs des villes et des villages.

     J'en remettrai trois cents exemplaires au gnral-commandant du
     Kaire et arrondissement.

     Je ferai distribuer deux cents cinquante exemplaires au grand
     divan du Kaire.

     Enfin j'en offrirai cinquante exemplaires  Setti-Nefi, comme un
     hommage rendu encore plus  ses vertus personnelles qu'au rang
     lev de son poux.[21]

     Salut et respect.

          [Note 21: Setti-Nefi, dont il est ici question, longtemps
          clbre dans l'Orient par les charmes de sa beaut, est la
          veuve d'Aly, et aujourd'hui de Mourat-bey: constamment chrie,
          honore, et consulte par ses deux illustres poux, c'est elle
          qui leur inspira la justice, la libralit, la clmence, qui
          les distingurent de la foule des barbares, et placeront leurs
          noms parmi ceux de grands hommes. (_Note ajoute_.)]

Rapport adress  la commission extraordinaire de salubrit publique (n
617 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 16 pluvise an IX.

     Nous nous sommes transports ce matin au village de Tanby,
     conformment  la dlibration prise hier par la commission.

     La mortalit ne correspond point, d'aprs les dclarations des
     cheikhs,  ce qui avait t annonc.

     Les deux malades, au sujet desquels il a t fait un rapport, ont
     effectivement des signes non quivoques de fivre contagieuse;
     ils sont isols: nous leur avons conseill des remdes; l'un des
     deux est trs affaiss, et je crains que ces soins ne lui soient
     inutiles. On sera inform de l'issue de la maladie et de sa
     propagation si elle avait malheureusement lieu.

     Les chefs du village ont promis de le tenir en rserve, et ils
     ont paru sentir que leur intrt particulier se confondait dans
     cette circonstance avec le ntre.[22]

               _Signs_ le gnral de division BELLIARD, et
               R. DESGENETTES.

          [Note 22: L'un des malades mourut effectivement le
          surlendemain: on n'a pas entendu parler depuis de nouveaux
          accidents dans ce village. (_Note ajoute_.)]

L'ordre du jour du 18 annonait l'arrive  Alexandrie de deux frgates
franaises, apportant des troupes, des armes, et d'excellentes
nouvelles, qui furent toutes rendues publiques.

J'adressai, le mme jour, une note au prsident de la commission pour
l'informer que j'avais reu une lettre de Mnouf, en date du 14, qui
contenait des dtails rassurants sur la sant des troupes.

_Rapport adress au gnral en chef relativement aux conscrits arrivs
de France_ (n 619 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 20 pluvise an IX.

     Les officiers de sant en chef de l'arme, consults par le
     gnral en chef sur les mesures  prendre pour l'acclimatement
     des troupes qui viennent d'arriver de France, sont d'avis:

     1 Que ces troupes soient vtues comme le reste de l'arme,
     soient tenues de porter la capote, et de s'en couvrir
     soigneusement la nuit; il est surtout essentiel de se couvrir la
     tte pour viter l'ophtalmie, et les pieds pour viter la
     dysenterie.

     2 Il faut rpter journellement aux nouveaux arrivs que l'abus
     de l'eau-de-vie a sacrifi plus d'hommes que le fer de l'ennemi;
     qu'il prdispose aux maladies contagieuses, et les rend
     mortelles. Le caf remplace avec avantage les liqueurs
     spiritueuses; l'usage exclusif des viandes et du poisson sal est
     trs mauvais; les excs avec les femmes sont pernicieux; les
     excs de la pipe sont nuisibles surtout aux jeunes gens dont la
     poitrine n'est pas entirement ou bien dveloppe.

     3 Il faut tre trs propre; porter du linge frquemment lav; se
     laver souvent le corps. Une des choses qui favorise le plus la
     propret est de porter les cheveux courts.

     4 Les exercices militaires doivent avoir rgulirement lieu vers
     le lever ou le coucher du soleil; il en est de mme de la
     promenade, et particulirement du bain dans la saison des
     chaleurs.

     5 Ces troupes, destines  tre encadres dans diffrents corps,
     doivent tre envoyes de prfrence dans les garnisons de
     Belbis, et de Ssalehhyh, ou mieux encore dans celles de la
     haute gypte.

     6 Il faut que les casernes destines  loger ces troupes soient
     spacieuses, bien ares, et que les hommes y soient peu
     rapprochs. Ce que l'on dit des casernes doit s'appliquer aux
     baraques de branches de palmiers, qui sont souvent prfrables.
     Le logement des troupes, ainsi que leurs campements, doivent
     toujours, autant que faire se peut, tre tablis sur un terrain
     sec, expos aux vents du nord, loigns des lieux bas et
     marcageux, et, pour des raisons physiques et morales, plus
     volontiers carts que rapprochs des grandes villes.

               _Signs_ R. DESGENETTES, D. J. LARREY, et BOUDET.

_Rapport adress au gnral en chef_ (n 620 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 21 pluvise an IX.

     GNRAL,

     J'envoyai, d'aprs vos ordres, le 12 du courant, le citoyen
     Barbs  Mnouf pour avoir un rapport exact sur le dveloppement
     des maladies qui pourraient vous inquiter.

     Ce mdecin est de retour, et m'a rendu hier un compte, dont il
     rsulte que la contagion a cess d'exercer ses ravages; que sa
     cessation, indpendamment des changements de l'atmosphre, et
     d'autres causes indtermines, est due aux soins aussi actifs
     qu'clairs du chef de brigade de la vingt-cinquime le citoyen
     Lefevre, commandant du huitime arrondissement.

     Les dtails de ce qu'il a fait pour un campement trs bien
     entendu, et des marches un peu forces, vous seront srement dj
     parvenus par le gnral chef de l'tat-major-gnral.

     J'avais donn des ordres au citoyen Barbs pour qu'il se rendt 
     Tentah et en examint la salubrit. Cette place centrale du Delta
     est trs habitable quoique l'eau y soit saumtre; elle a
     d'ailleurs t un grand point de runion par la superstition,
     qui y attirait une multitude prodigieuse prs des restes d'un
     saint, et deux foires trs frquentes, tenues rgulirement
     chaque anne. Il est probable que le saint et les foires se
     doivent de mutuelles obligations; mais le point qui vous
     intresse, c'est que les troupes seraient bien  Tentah.[23]

     Salut et respect.

               _Sign_ R. DESGENETTES.

          [Note 23: Le citoyen Girard, ingnieur en chef des ponts et
          chausses, qui s'est livr  une foule de recherches utiles
          avec l'activit et le talent qui le distinguent, a publi
          depuis, dans le n 111 du _Courier d'gypte_, un article fort
          intressant sous le titre suivant: _Sur la ville de Tentah et
          les partis qui divisent les habitants de la basse gypte._]

J'adressai, le 24,  la commission extraordinaire de salubrit publique
la note suivante (n 623 de ma correspondance).

     J'ai l'honneur, citoyen prsident, d'informer la commission que
     l'on a transfr ce matin au lazaret le cadavre d'un mamelouk
     mort depuis vingt-quatre heures; cet abus frquemment renouvel
     tend  jeter la plus grande confusion sur le rsultat
     administratif et mdical.

Les lazarets, particulirement celui de Boulak, reurent des malades
venant de Gizeh, du vieux et du grand Kaire, o l'pidmie se dveloppa
graduellement. Nous perdmes en pluvise soixante-douze hommes,
ci....... 72 morts.

_Rapport au gnral en chef_ (n 626 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 1er ventse an IX.

     GNRAL,

     J'ai reu une lettre d'Alexandrie, du 21 pluvise, qui m'annonce
     qu'il est entr 150 conscrits dans les hpitaux de cette place.

     On m'informe cependant, et j'ai vu par les tats de situation
     qu'il y avait de l'amlioration dans leur tat.

     Il est utile pour la conservation de ces militaires de mettre
     promptement en pratique les mesures que les officiers de sant en
     chef de l'arme ont eu l'honneur de vous proposer le 20 du mois
     pass.

     Salut et respect.

J'crivis, le 5, au prsident de la commission extraordinaire la lettre
suivante (n 628 de ma correspondance.)

     Je viens, citoyen prsident, avec le gnral de division
     Reynier, commandant du quatrime arrondissement, de visiter dans
     la province de Kelyoubh les villages suspects.

     Celui de Tatha est le seul qui ait eu rcemment des malades; sur
     une population de prs de douze cents habitants il n'est pas mort
     dans la dernire dcade plus de six personnes, et le genre de
     leur mort n'est point exactement dtermin.

     Il n'y a plus dans tout le village qu'une jeune femme malade, et
     elle est convalescente d'un engorgement glanduleux, qui n'a t
     accompagn d'aucun symptme trs grave.

J'crivis, le 10, au gnral Belliard (n 630 de ma correspondance).

     J'arrive, citoyen gnral, de faire une tourne, dans laquelle
     j'ai visit les conscrits et la douzime compagnie de canonniers,
     qui se trouvent les premiers autour du village d'Embabh, et la
     seconde embarque  la mme hauteur.

     Il y a tout au plus quinze malades dans ces deux corps, et il est
     urgent que l'on prenne des moyens pour les transfrer  l'hpital
     de la ferme d'Ibrahim-bey.

     Les deux corps sont pleins de sant; mais ils ont le plus grand
     besoin, pour la conserver, d'entrer promptement dans un lieu
     abrit.

J'crivis, le 11, au citoyen Savaresi  Gizeh (n 634 de ma
correspondance).

     Je vous prviens, citoyen, qu'il va tre vacu quinze fivreux
     convalescents de la ferme sur votre tablissement.

     Je vous rappelle que je vous ai invit  vous occuper de la
     rdaction de la topographie physique et mdicale de Gizeh, et je
     dsire que vous donniez une attention particulire  la fivre
     miliaire qui attaque les habitants.

     Vous n'avez pas d oublier l'empressement avec lequel j'ai
     accueilli et prsent au public vos productions.

On apprit, le 13, au quartier-gnral du Kaire qu'il avait paru le 10 
la hauteur d'Aboukir une flotte ennemie de cent trente-cinq voiles.

Les Anglais effecturent, le 17, leur dbarquement sur la plage
d'Aboukir: le rsultat des efforts que nous fmes pour les repousser est
aussi connu que celui de la malheureuse journe du 30.

Le 20, je chargeai en chef du service, prs du grand quartier-gnral,
le citoyen Sotira, et je mis successivement sous ses ordres les citoyens
Balme, Frank, Garos, Salze, Savaresi, et Vautier.

Le Kaire, et ses environs, continurent d'tre pour moi le champ de
bataille; j'employai  visiter les habitants jusqu' trois mdecins, et
je terminais ainsi une lettre du 30  l'adjudant-commandant Duchaume,
chef de l'tat-major de la place: Toutes les fois que vous aurez
quelque objet urgent et d'un intrt majeur, continuez de vous adresser
directement  moi: je crains beaucoup moins d'exposer ma vie que celle
des autres (n 649 de ma correspondance).

Nous perdmes en ventse soixante-dix-neuf hommes, ci............. 79
morts.

Il mourut aussi  Alexandrie, vers la fin de ce mois, Alexandre Gisleni,
docteur en mdecine, n  Corfou, en 1741, employ dans nos hpitaux
militaires, et spcialement charg des lazarets, dans lesquels il a
rendu de grands services; sa vie a t remarquable par un grand amour de
ses devoirs, beaucoup de simplicit dans les moeurs, et une uniformit
constante dans toutes ses actions. Son nom doit tre honorablement plac
prs de celui de ses collgues Auriol, Bruant, et Turpaut mort  Rosette
pendant l'expdition de Syrie. Une topographie trs tendue
d'Alexandrie, rdige par Gisleni, donnera une juste ide de ses
talents[24].

          [Note 24: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Les premiers jours de germinal furent employs  reporter graduellement
nos malades sur des tablissements centraux, et  former un hpital
spcial de pestifrs au milieu des dcombres de la citadelle, prs la
porte de Romlie.

J'autorisai, le 6, les mdecins de l'arme Carri, Emeric, et Pugnet,
malades,  se retirer  la citadelle.

J'crivis, le 11, au citoyen Duprat, faisant les fonctions
d'ordonnateur, la lettre suivante (n 664 de ma correspondance).

     Ce matin, citoyen commissaire, il y avait encore neuf hommes,
     attaqus de fivres contagieuses, exposs sans aucun abri depuis
     trois jours sur la place d'armes de la citadelle, et n'ayant reu
     depuis le mme temps aucun secours, pas mme de l'eau. Cependant
     on activait de bonne heure l'organisation de l'tablissement de
     la porte de Romlie, et il faut esprer que nous ne reverrons
     plus un spectacle aussi affligeant. L'conome de l'hpital et
     celui du lazaret disent qu'ils manquent des premiers fonds
     ncessaires  leur service: si cela tenait  une disette de la
     caisse, je vous offre d'y verser 3000 francs pour cet objet.

_Lettre au gnral en chef_ (n 669 de ma correspondance).

               Au quartier-gnral du Kaire, le 15 germinal an IX.

     GNRAL,

     Depuis votre dpart du Kaire l'pidmie a augment malgr la
     diminution de la garnison.

     La mortalit parmi les habitants a t porte graduellement 
     cent individus, et elle est mme arrive jusqu' cent dix dans un
     seul jour; ce qui excde le nombre connu depuis notre sjour en
     gypte.

     Les mesures de dfense ayant exig la translation des malades de
     tous les tablissements dans la citadelle, il en est rsult un
     encombrement qui, quoique passager, a dj t, et sera peut-tre
     encore plus nuisible.

     Le lazaret de Boulak subsiste encore avec soixante malades.

     La ferme d'Ibrahim-bey contient trente convalescents du lazaret,
     et doit les recevoir successivement, s'il n'y a pas d'vnements.

     Les salles d'observation, et le lazaret de la citadelle, tabli 
     la porte de Romlie, contiennent soixante  quatre-vingts hommes.

     On donne  ces malades tous les soins que permettent les
     circonstances: je suis sans cesse occup d'eux; et je n'ai pas
     laiss ignorer dans un cas particulier, o un oubli a compromis
     la vie de quelques hommes, que je vous rendais un compte direct
     de mon service.

     Le gnral Belliard pourvoit  tout avec une admirable activit,
     et il est bien second par le commissaire Duprat, faisant
     fonctions d'ordonnateur.

     J'ai dans la citadelle trois mdecins prouvs, les citoyens
     Barbs, Carri, et Pugnet; mais malheureusement la sant des deux
     derniers ne rpond plus depuis longtemps  leur zle.

     Le citoyen Sotira, qui me remplace  votre quartier-gnral, va
     avoir six mdecins sous ses ordres.

     Quelque avantageux et agrable qu'il ft pour moi d'tre prs de
     vous, gnral, j'ai cru que ma place tait sur le point de
     l'arme o une pidmie exerait ses plus grands ravages; vous
     connaissez mon dvouement.

     Salut et respect.

Le 15, au soir, la suppression du lazaret de Boulak et son vacuation
sur la ferme d'Ibrahim-bey furent ordonnes pour le lendemain.

Je fus oblig  diverses reprises d'crire aux autorits militaires et
administratives relativement  l'insouciance des conomes,  la mauvaise
tenue et aux besoins essentiels des hpitaux et des lazarets.

Le 30, j'crivis au gnral en chef la lettre suivante (n 683 de ma
correspondance).

     GNRAL,

     L'tat des choses est avantageusement chang relativement  la
     salubrit du Kaire depuis que j'ai eu l'honneur de vous crire en
     date du 15, sous le n 668.

     L'pidmie, sans avoir cess, frappe moins rapidement ceux qui en
     sont atteints; les entrants dans nos tablissements sont de 21 
     24; les morts de 12  15 par jour.

     Le lazaret de l'le de Boulak ne subsiste plus depuis environ 15
     jours; il est remplac par deux autres tablissements dont j'ai
     dj eu l'honneur de vous entretenir: l'un d'eux,  la citadelle,
     sert  la fois et pour le traitement et pour l'observation;
     l'autre,  la ferme d'Ibrahim-bey, reoit des convalescents et
     les gros malades de Gizeh.

     Nous avons environ 150 malades au lazaret extrieur de la
     citadelle, et environ 125 dans l'tablissement de la ferme.

     L'hpital de la citadelle est bien tenu et espac; la maladie
     contagieuse ne s'y est point encore montre.

     La mortalit a diminu parmi les habitants du Kaire depuis le 15;
     dans ce moment elle est un peu au-dessous de 100 individus par
     jour.

     Je compte sous trois jours vous adresser le relev de mortalit
     de germinal, qui arrivera,  quelques hommes prs,  3000
     habitants: il y a lieu d'esprer que ce flau s'apaisera.

     Salut et respect.

Le 3 floral, j'adressai au gnral en chef la lettre suivante (n 684
de ma correspondance).

     GNRAL,

     J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint le mouvement
     ncrologique des habitants du Kaire en germinal dernier, que je
     vous ai annonc par ma lettre du 27 du mme mois, n 683. Le
     nombre des dcs est heureusement un peu au-dessous de mon
     attente.

     Salut et respect.

     _Rsultat gnral des tables ncrologiques des habitants du Kaire en
     germinal an IX._

       ---------+---------+----------+-------
        Hommes. | Femmes. | Enfants. | TOTAL.
       ---------+---------+----------+-------
          563   |   705   |   1669   | 2937
       ---------+---------+----------+-------

     _Certifi vritable et conforme aux tats particuliers et journaliers
     dlivrs par les commandants des sections._

               Au Kaire, le 3 floral an IX.

               L'adjudant-commandant chef de l'tat-major de la place.

               _Sign_ DUCHAUME.

J'appelai, par mes lettres du 5 floral (n 685 et 686 de ma
correspondance), la svrit des lois contre les brigandages qui se
commettaient publiquement dans les lazarets du Kaire.

L'ordre de la place du mme jour contenait des dispositions de police
relatives aux hpitaux.

Le 10, j'crivis au gnral en chef (n 692 de ma correspondance).

     GNRAL,

     Le citoyen Paultre, votre aide-de-camp, vient de me remettre en
     mains propres votre lettre du 5 du courant,  laquelle j'ai
     l'honneur de rpondre.

     Depuis mes lettres des 30 germinal et 3 floral, ns 683 et 684,
     l'tat de l'pidmie a chang en bien.

     Nous ne perdons plus qu'environ 12 hommes, franais ou
     auxiliaires.

     La mortalit parmi les habitants a t, depuis le 1er du mois, de
     64  100, et n'a jamais excd ce dernier nombre.

     Salut et respect.

_Lettre au gnral de division Belliard_ (n 703 de ma correspondance).

                la citadelle du Kaire, le 21 floral an IX.

     Gnral, le rsultat du relev des mouvements des lazarets
     depuis le 1er jusqu'au 19 floral, que vous avez bien voulu me
     communiquer hier, est heureusement faux.

     Aprs l'avoir examin avec beaucoup d'attention j'ai trouv la
     source de l'erreur, et voici comme elle se dmontre:

        L'tat nominatif porte 342, et il est juste, ci            342

        Pour arriver maintenant  un total de 522, il est
        vident que l'on a pris la somme des entrants  la
        ferme par billet et par vacuation, qui monte  180, ci    180
                                                                  ----
                                                                   522
                                                                  ====

     Mais on n'aurait d compter comme entrants  la ferme que les
     malades reus par billet; car en comptant les vacus ou les
     convalescents, on reproduit deux fois les mmes individus.

     Les entrants par billet, provenant de Gizeh, et quelques uns, par
     abus, du Kaire, ont t, ainsi qu'en font foi les mouvements
     journaliers, au nombre de 380.

     Faites donc rtablir le rsultat ainsi qu'il suit:

          Entrs dans le lazaret du Kaire et de la ferme      380
          Morts                                               147
          Sortis                                              111

     Il ne faut jamais oublier non plus qu'une portion du lazaret de
     la citadelle, servant de salles d'observation, reoit frquemment
     des malades qui n'ont rien de commun avec l'pidmie.

     J'ai l'honneur de vous saluer.

_Lettre au gnral en chef_ (n 704 de ma correspondance).

                la citadelle du Kaire, le 21 floral an IX.

     GNRAL,

     Depuis ma lettre du 10 du courant, remise aux mains propres de
     l'un de vos aides-de-camp, l'tat de l'pidmie a diminu.

     Nous perdons tout au plus dans les lazarets 9 hommes par jour,
     franais ou auxiliaires.

     La mortalit parmi les habitants a t, depuis le 10, de 55  78,
     sans passer ce dernier nombre.

     Je dmontre par une lettre, en date de ce jour, au gnral de
     division Belliard que le chef d'tat-major de la place s'est
     tromp sur le rsultat des entrants aux lazarets, en comptant
     pour entrs  la ferme les convalescents vacus de la citadelle.

     Nous avons dans les lazarets plus de 250 hommes en parfait tat
     de convalescence, et qui pourront reprendre les armes dans cette
     campagne.

     Tous les dtails que j'ai l'honneur de vous adresser sont appuys
     sur des mouvements de situation de l'exactitude desquels je
     m'assure par une inspection journalire.

     Salut et respect.

Le corps de troupes aux ordres du gnral de division Lagrange s'tant
reploy de Rahmanyh sur le Kaire vers la fin de floral, le nombre de
nos malades augmenta tout--coup, et ce surcrot inattendu produisit de
l'encombrement.

On fut oblig d'ouvrir un second hpital dans la grande mosque qui
servait auparavant de caserne  la garnison de la citadelle.

Les citoyens Sotira, mon supplant, et Salze, mdecins de l'arme, ayant
t forcs de suivre le sort de la garnison de Rosette, furent
compltement dpouills dans le canal de Mnouf, en se rendant au Kaire.

Prairial offrit galement une suite non interrompue de mouvements
rapides.

Le 9 de ce mois j'adressai la note suivante au gnral Belliard (n 717
de ma correspondance).

_Situation des hpitaux et lazarets._

     1 L'hpital n 1 de la citadelle est bien tenu pour les
     fivreux, et il est arriv au point de dsencombrement que je
     dsirais.

     2 L'hpital n 2 s'organise lentement; plusieurs fivreux sont
     encore sans lits; les vnriens, au contraire, ont usurp sans
     pudeur les meilleures salles et les mieux approvisionnes de
     fournitures: je demande  cette occasion que les vnriens soient
     renvoys  la ferme d'Ibrahim-bey, ou barraqus. Le titre VII du
     rglement du 30 floral an IV, destin en entier  statuer sur
     les dispositions  prendre pour les vnriens et les galeux,
     porte, _Que les gonorrhes simples_ (et il y en a un grand
     nombre) _seront, dans les armes du midi_ (en Europe), _traites
     sous la tente depuis le 1er floral jusqu'au 1er vendmiaire_.

     3 Le lazaret, et la salle d'observation de la porte de Romlie,
     vont aussi bien que leur mauvaise position peut le permettre.

     4 Le dpt des convalescents de la ferme d'Ibrahim-bey va bien;
     mais il serait avantageux de l'vacuer peu--peu, par exemple par
     25 hommes, de trois en trois jours, sur la citadelle, hpital n
     2. Ce rapprochement du lazaret et une surveillance immdiate
     tourneraient au profit du service. Il faut fermer l'oreille aux
     objections que la crainte ou l'intrt personnel pourraient
     dicter  ce sujet.

     5 L'exprience a prouv dans tout le cours de l'pidmie que la
     balance que j'ai maintenue entre la rception des malades dans
     les divers tablissements a t trs avantageuse: continuons donc
     de suivre ce plan, et reposez-vous sur ma vigilance  cet gard.

Le 15, on fit entrer dans les dpts cinquante-sept vnriens.

Le partage des malades par classe d'affections, et ensuite par leur plus
ou moins de gravit, se continua.

J'crivis au gnral en chef (n 728 de ma correspondance).

                la citadelle du Kaire, le 25 prairial an IX.

     GNRAL,

     Je profite d'un dtachement du rgiment des dromadaires qui
     repart pour Alexandrie presque au moment o il en arrive, pour
     avoir l'honneur de vous crire.

     L'pidmie a cess; la mortalit est au-dessous de ce que l'on
     pouvait dsirer de plus avantageux d'aprs les donnes
     ordinaires; nous n'avons plus aujourd'hui, 25, que cent
     vingt-huit malades dans nos lazarets, et ils sont presque tous
     convalescents.

     En consquence ds qu'il se prsentera une occasion favorable
     je m'empresserai de me rendre prs de vous.

     Salut et respect.

Les vnements de messidor exigrent encore plus d'activit, quoique
d'un genre diffrent.

Le 9 de ce mois, je remis au gnral Belliard la note suivante (n 740
de ma correspondance).

     J'ai l'honneur, citoyen gnral, conformment  vos intentions,
     qui m'ont t transmises verbalement par le chef de bataillon
     Majou, l'un de vos aides-de-camp, de vous adresser l'tat des
     malades qui se trouvent dans les tablissements de cette place,
     avec des observations relatives aux circonstances prsumes d'une
     vacuation prochaine.

        L'hpital n 1 a aujourd'hui 291 malades, dont
        125 fivreux, 65 blesss, et 101 ophtalmiques ou
        vnriens, ci                              fivreux 125}
                                                    blesss  65} 291
                                  ophtalmiques et vnriens 101}

        L'hpital n 2 a aujourd'hui 342 malades,
        dont 77 fivreux, et 265 ophtalmiques
        ou vnriens, ci                           fivreux  77}
                                  ophtalmiques ou vnriens 265} 342

        Le lazaret de la citadelle renferme
        64 malades presque tous convalescents, ci                 64
                                                               -----
        Total gnral des hpitaux et du lazaret                 697
                                                               =====

     Le n 1 est en tat d'tre vacu; mais il faut, pour ne pas
     exposer les malades  rechuter, le faire par eau; trente auront
     besoin de montures pour arriver au lieu de l'embarquement, et
     quinze de brancards, ci,

        _Moyens extraordinaires de transport._

                                                      30 montures,
                                                      15 brancards.

        N 2 a trois cents quarante-deux
        malades  vacuer par eau; quinze
        ont besoin de montures, et douze de
        brancards, pour arriver au lieu de
        l'embarquement, ci,

        _Moyens extraordinaires de transport._

                                                      15 montures,
                                                      12 brancards.

        N 3 ou le lazaret a soixante-quatre
        malades  vacuer par eau, et
        isols du reste, c'est--dire sur des
        btiments particuliers, il faut trente-six
        montures et douze brancards,
        ci                                            36 montures,
                                                      12 brancards.

        _Total des moyens extraordinaires de
        transport, ci_                                 79 montures,
                                                      39 brancards.

     Il faut faire entrer dans le nombre des barques de transport ce
     qui est ncessaire pour les officiers de sant, employs, et
     sous-employs de l'administration, qui doivent tre commodment,
     et pour leur conservation personnelle, et pour pouvoir veiller 
     celle des autres.

     L'aperu que je vous adresse, citoyen gnral, est susceptible
     d'tre modifi mme avantageusement dans quelques jours de plus,
     quoique les dysenteries nous fournissent dans ce moment beaucoup
     de malades.

     Cette note est concerte avec le citoyen Boussenard, chirurgien
     de premire classe, faisant fonctions de chirurgien en chef.

               _Sign_ R. DESGENETTES.

J'crivis le mme jour au gnral Belliard la lettre suivante (n 741 de
ma correspondance).

     Je fus engag  rester au Kaire, Citoyen gnral, lors du dpart
     du quartier-gnral de l'arme pour Alexandrie, par l'tat de
     l'pidmie qui menaait la population de cette ville, sa
     garnison, et les nombreux Franais attachs aux divers services
     militaires et administratifs.

     Ds que l'pidmie a cess j'aurais cherch les moyens de me
     rendre au quartier-gnral, poste qui m'est assign par les
     rglements, si les voies eussent t praticables.

     Aujourd'hui, gnral, que des bruits trop publics, et trop
     rpts pour n'avoir pas de solides fondements, annonant une
     capitulation ou une convention partielle, je vous demande les
     passeports ncessaires pour me rendre  Alexandrie, s'il y a
     possibilit.

     J'ai l'honneur de vous saluer.

La convention du Kaire fut publie le lendemain, 10; elle m'ta la
facult d'entrer dans Alexandrie.

Le 13, j'eus  Gizeh une confrence pour l'vacuation de nos malades
avec M. Young, inspecteur-gnral des hpitaux de l'arme anglaise, et
le 15 je lui adressai la lettre suivante (n 747 de ma correspondance).

     Monsieur, j'ai l'honneur de vous prvenir que, conformment  ce
     qui a t convenu entre nous, le 13, les convalescents du
     lazaret seront vacus le 16 sur l'le de Farchi, en face de
     Rosette, accompagns d'un nombre suffisant d'officiers de sant,
     et d'employs et sous-employs de l'administration sanitaire.

     Le citoyen Sotira, mdecin de l'arme, qui vous remettra cette
     lettre, a reu de moi l'ordre particulier de se concerter avec
     vous pour assurer aux malades, qui seront successivement
     transports  Rosette, tous les soins dont ils pourront avoir
     besoin.

     Je me repose avec la plus grande confiance sur les sentiments
     distingus et connus du gnral en chef Hutchinson, et sur
     l'assurance que vous m'avez tant de fois ritre que vous ne
     mettrez pas de diffrence entre nos malades et les vtres.

     J'ai l'honneur de vous saluer.

Le 21, j'adressai la rponse suivante  une lettre que m'avait crite le
chef de bataillon Alliot, qui se trouvait en otage au camp du grand
vizir (n 751 de ma correspondance).

     Je ne reois qu'aujourd'hui, citoyen commandant, votre lettre du
     19,  laquelle je m'empresse de rpondre pour satisfaire les
     dsirs de S. Ex. le Reis Effendi, auquel je rends ses
     salutations.

     C'est  l'eau, qui prouve dans ce moment une altration
     manifeste, qu'il faut attribuer le lger vomissement qui a
     affect les troupes dans les divers camps.

     Pour en prvenir le retour, il est essentiel d'aller puiser l'eau
     du Nil, ainsi que nous le faisons, un peu avant et au courant,
     jusqu' ce que la crue du fleuve soit arrive  un plus haut
     degr.

Le 24, nos hpitaux descendaient le Nil, et le 27 ils taient  la
hauteur de notre camp d'Omdinar, d'o ils se portrent  Rosette sans
suivre les mouvements trop lents de l'arme.

_Note pour l'ordre du jour._

               Au camp de Teranh, le 30 messidor an IX.

     L'arme est invite par la chaleur excessive  se baigner dans
     les eaux du Nil; mais elle oublie les avis frquemment rpts
     dans les ordres du jour relativement  l'usage du bain.

     Il est dangereux de se baigner indistinctement  toutes les
     heures; on compromet sa vie en se baignant aprs avoir mang; il
     est au contraire trs bon de se tenir dans l'eau une demi-heure
     peu aprs ou peu avant le lever et le coucher du soleil.

     L'arme se livre  un grand excs en mangeant des pastques, qui
     ne sont pas bien mres, et par consquent indigestes. Une
     indigestion est une maladie pour un homme indispensablement
     soumis  la fatigue.

     Les militaires qui couchent presque nus sur les bords du Nil
     s'exposent  des maux d'yeux,  des diarrhes, et  des
     dysenteries. Il faut se tenir couvert le matin, le soir, et la
     nuit, et surtout couvrir soigneusement ses yeux pendant la nuit.

               _Sign_ R. DESGENETTES.

J'arrivai dans la nuit du 3 au 4 thermidor devant Rosette, et j'arrtai
de suite avec l'inspecteur-gnral des hpitaux les bases de
l'vacuation de nos malades et de nos invalides; je profitai de cette
circonstance pour runir nos officiers de sant de toutes les
professions et de toutes les classes avec ceux de l'arme anglaise, et
donner un tmoignage de nos regrets sur la perte de l'illustre Lorentz.
J'tais loin de souponner qu' la mme poque le conseil de sant des
armes, avec une bienveillance digne de toute ma reconnaissance, me
dsignait au ministre de la guerre pour occuper la place que ce
premier-mdecin laissait vacante dans l'hpital-militaire-d'instruction
de Strasbourg[25].

          [Note 25: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Je passe ici sur une foule de dtails.

Le 7, j'crivis au gnral Belliard la lettre suivante (n 764 de ma
correspondance).

     J'ai eu lieu, gnral, d'tre trs satisfait de la dtermination
     qui m'avait engag  descendre  Rosette pour y surveiller nos
     tablissements, organiser et hter le dpart de nos malades.

     L'inspecteur-gnral Young, qui a trouv avec raison beaucoup
     trop de frottement dans notre rgime administratif,
     indpendamment de ce qu'un peu d'pret et de manque d'gards y
     ont ajout, avait dj dclar ne vouloir communiquer qu'avec
     moi, ou celui par qui je me ferais reprsenter: il a tenu parole;
     mais j'ai tout arrang de manire  mnager le plus possible les
     prtentions, pour pouvoir arriver plus directement  notre but.

     La demande de mdicaments, que j'ai approuve parce qu'elle tait
     juste, modre, et conforme  nos besoins, n'a pas prouv la
     moindre difficult: il n'en a pas t de mme d'un long tat de
     comestibles, de vtements, d'effets, et fournitures, qui n'est
     bas, ni sur les rglements, ni sur les approvisionnements
     ordinaires des hpitaux militaires des deux nations: l'tat sera
     rduit aux termes ncessaires.

     Nos malades vont s'embarquer: ils sont au nombre de 550; et de
     plus trente convalescents des lazarets. Il n'y avait le 3 du
     courant que sept hommes hors d'tat d'tre embarqus. On s'est
     conform  vos intentions, qui m'taient connues relativement au
     renvoi des lgers malades  leurs corps respectifs: il y aura une
     semblable opration de faite quand on recevra le second convoi de
     malades.

     L'amiral lord Keith n'a demand relativement  notre trentaine de
     suspects que des mesures trs raisonnables, et galement
     profitables et rassurantes pour tous.

     Le gnral Morand, qui veut bien se charger de vous remettre
     cette lettre, vous donnera de vive voix tous les dtails que vous
     dsirez.

Le 8, le 9 et le 10 furent employs  notre vacuation.

_Note pour l'amiral lord Keith, commandant des flottes de S. M. B. dans
la Mditerrane_ (n 777 de ma correspondance).

     Les soussigns certifient que les convalescents du lazaret, au
     nombre de vingt-sept, ont t savonns, ensuite lavs avec de
     l'eau et du vinaigre; que tous leurs effets ont t brls,
     qu'ils ont t revtus de nouveaux habits, et qu'enfin ils sont
     dans un tat  ne faire rien craindre de leur transport en Europe
     pour la sant publique.

     Signs  l'original, crit en anglais, sous la date du 29 juillet
     1801, R. DESGENETTES, _mdecin en chef de l'arme de la
     rpublique franaise_, et TH. YOUNG, _cuyer, inspecteur-gnral
     des hpitaux de l'arme de_ S. M. B.

J'crivis au gnral Belliard le 12, (n 781 de ma correspondance).

     Gnral, j'ai la satisfaction de vous apprendre que nos
     hpitaux et nos convalescents des lazarets sont enfin partis
     hier, et qu'ils ont probablement pass le Boghaz.

     Il a t impossible de procder dans les hpitaux  une visite
     des convalescents susceptibles de rentrer dans leurs corps, parce
     que tous nos malades se sont prcipits confusment hier sur les
     barques d'vacuation.

     Je ne sais si on pourra faire cette opration en mer; dans le cas
     o elle ne pourrait avoir lieu, nous serons obligs de demander
     un quatrime btiment-hpital.

Le brigadier-gnral Oakes m'ayant communiqu avec empressement, le 14,
une dpche du lord Keith, qui mettait  la disposition de l'arme
franaise, sur la demande du gnral Belliard, un quatrime
vaisseau-hpital, je prvins l'inspecteur-gnral qu'il nous restait
cent quatre-vingts malades  embarquer.

J'crivis, le 17, au gnral Belliard (n 792 de ma correspondance).

     Gnral, j'ai l'honneur de vous prvenir que M.
     l'inspecteur-gnral des hpitaux de S. M. B. m'a inform qu'il
     avait donn des ordres pour fournir au quatrime
     vaisseau-hpital, la _Peggy-Success_, tout ce qui lui est
     ncessaire.

     Je lui ai fait quelques observations relativement 
     l'amlioration des vivres et fournitures; mais il s'est
     constamment retranch dans les termes de la convention, qui porte
     que nous serons traits conformment aux rglements maritimes de
     l'Angleterre.

     Le _Niger_, vaisseau-hpital, a mis  la voile avec tant de
     prcipitation qu'il n'a pu recevoir diffrents objets trs
     essentiels qui lui taient destins.

Le lendemain l'vacuation totale des malades tant termine, et les
troupes rendues au lieu de l'embarquement, en partant pour me rendre 
bord, j'crivis la lettre suivante  M. l'inspecteur-gnral Young (n
795 de ma correspondance).

               Rosette, le 18 thermidor an IX.

     Monsieur, j'ai l'honneur, en quittant cette place, de vous
     prvenir que nous y laissons cinq  six malades hors d'tat
     d'tre vacus sans compromettre ce qui leur reste d'existence.

     J'espre que vous voudrez bien donner des ordres pour qu'ils
     soient transfrs dans vos hpitaux, o je ne doute pas qu'ils
     recevront le traitement le plus convenable  leur malheureuse
     situation.

     Agrez les tmoignages de l'estime la plus distingue, que je ne
     cesserai de conserver pour vous, d'aprs vos manires loyales, et
     la confiance amicale que vous avez porte dans toutes nos
     relations.

Nous mmes enfin  la voile; mais nos regards se portrent encore
longtemps sur la terre antique et clbre dont nous nous loignions, et
sur cette Alexandrie o nous laissions nos concitoyens, nos amis, nos
frres.

J'avais des sujets particuliers d'inquitude: une lettre que j'adressai
en messidor  l'ordonnateur en chef pour qu'il charget le citoyen
Garros de me suppler ne lui parvint point, et je fus remplac, contre
toutes les convenances, par un mdecin qui se crut dispens pour
toujours de correspondre mme avec moi. Cependant j'avais appris avant
de quitter l'gypte que le scorbut commenait  rgner  Alexandrie, o
il a depuis fait tant de ravages, qu'il a ht, s'il n'a pas ncessit
la reddition de cette place.

Une traverse plus ou moins longue, mais qui fut en gnral de six
semaines, nous porta sur les ctes de France. Moins heureux qu'un grand
nombre d'autres, nous ne touchmes la terre sacre qu'au bout de
cinquante et quelques jours. Au moment o nous l'apermes nous la
salumes par des cris d'allgresse, et nous oublimes nos fatigues et
nos maux: bientt le tableau riant de la prosprit et de la gloire de
notre pays vint ajouter  nos dlices. _Qu'y a-t-il de nouveau_,
crimes-nous tous  la fois  un pilote ctier qui vint le premier
au-devant de nous en mer, _je ne sais pas trop_, nous rpondit-il,
_parce que je sors d'entre deux rochers o je passe ma vie, prs la
Ciotat; mais je vais vous dire le prix du pain et du vin, que l'on mange
et que l'on boit  prsent tranquillement partout... puis, pour les
ennemis de la Rpublique, il faut que notre premier consul les ait
envoys  tous les diables, car on n'en parle plus... il devrait bien en
faire autant_, ajouta-t-il, _de ces petits btiments anglais qui rdent
encore par-l tous les jours... on ne peut seulement pas pcher_.

Le gnral Cervoni, commandant de la huitime division militaire, qui
revoyait ces troupes  la tte desquelles il se signala souvent en
Italie, le gnral Lopold Berthier, spcialement charg de l'honorable
mission de recevoir l'arme d'Orient, enfin les conservateurs de la
sant publique nous procurrent dans le lazaret tout ce que nous
pouvions dsirer dans notre position.

Ce fut dans cette enceinte que des cris de joie nous apportrent la
nouvelle des prliminaires qui devaient bientt nous rapprocher de
l'Angleterre; et ce fut un touchant spectacle que de voir l'enthousiasme
qu'inspirait  tant d'intrpides guerriers l'espoir d'une paix profonde.

Je m'empressai, CITOYENS MEMBRES DU CONSEIL DE SANT DES ARMES, de vous
crire d'abord le 7 vendmiaire an X (n 797 de ma correspondance) pour
vous prvenir que le nombre de nos malades au moment du dpart tait
d'environ six cents.

Ma dpche du 10 (n 800 de ma correspondance) contenait neuf tats des
mdecins employs  toutes les poques, l'tat de situation de nos
malades le 7 du courant, et deux autres pices.

Ma dpche du 21 (n 807 de ma correspondance) vous faisait part du
mouvement des hommes sains et malades, avec indication des maladies.

J'crivis au citoyen Lorentz, mdecin en chef de l'hpital militaire de
Marseille, la lettre suivante (n 813 de ma correspondance).

               Au lazaret de Marseille, le 25 vendmiaire an X.

     J'ai l'honneur de vous prvenir, citoyen collgue, d'une
     vacuation d'environ 130 malades, au nombre desquels il y a 32
     fivreux, et qui doit avoir lieu demain sur votre hpital.

     J'ai donn des ordres pour qu'il vous ft adress une liste
     nominale avec l'indication de l'tat antrieur et actuel de
     chaque malade.

     J'informerai de ce mouvement le conseil de sant des armes, et
     il ne pourra plus concevoir d'inquitude pour nos malades quand
     il saura qu'ils sont confis  vos soins.

J'crivis au conseil les deux lettres suivantes, que je crois devoir
rapporter ici (n 815 et 824 de ma correspondance).

               Au lazaret de Marseille, le 25 vendmiaire an X.

     CITOYENS,

     J'ai eu l'honneur de vous faire connatre par ma lettre du 21 du
     courant, n 807, l'tat des malades arrivs  bord des
     vaisseaux-hpitaux l'_Amiral-Mann_, et le _Niger_, et de ceux
     fournis par les autres btiments de cartel.

     Demain 26, une portion de ces malades sera vacue avec toutes
     les formalits exiges et requises sur l'hpital militaire de
     Marseille; l'autre portion est dj rentre ou rentrera dans le
     jour dans les diffrents corps.

     J'ai la satisfaction de vous annoncer que le _Julius-Csar_,
     autre vaisseau-hpital, est entr dans le port de Pomegue le 22
     du courant. D'aprs le rapport que m'adresse le citoyen Carri,
     mdecin de l'arme charg du service de ce btiment, il mit  la
     voile de la rade d'Aboukir le 13 thermidor; avant de relcher 
     Malte il perdit dix-neuf hommes, et il fut contraint de laisser
     neuf malades dans le lazaret de ce port. Le 25, il n'y a plus sur
     ce bord que six malades dont un seul l'est trs gravement.

     Nous n'allons conserver qu'un seul hpital: il y a aujourd'hui
     quinze malades; on en attend six ou sept du _Julius-Csar_; en
     supposant que quinze autres btiments,  bord desquels se
     trouvent environ quatre mille hommes, et dont l'un porte notre
     respectable corps d'invalides, ne fournissent pas plus de
     malades, le mouvement du 30 de ce mois n'excdera pas
     quatre-vingt-dix fivreux.

     J'ai l'honneur de vous saluer.


               Au lazaret de Marseille, le 1er brumaire an X.

     CITOYENS,

     Je vous cris frquemment, parce que je crois pouvoir calmer par
     ce moyen une partie des sollicitudes du ministre sur les restes
     prcieux d'une arme constamment l'objet de ses affections.

     Vous trouverez ci-joint le mouvement journalier de l'hpital
     tabli dans le lazaret de Marseille pour la troisime dcade de
     vendmiaire, relev d'aprs les mouvements dlivrs par
     l'conome, certifis par le mdecin de l'arme charg du service,
     et viss par le commissaire des guerres charg de la police dudit
     tablissement.

     La note qui rpond au 15 vendmiaire vous fera connatre que
     l'vacuation dont je vous ai prvenus le mme jour par ma lettre
     n 815, a eu lieu le lendemain.

     Une seconde note porte sur le mme mouvement indique que les
     seize btiments de l'arrive desquels je vous prvenais aussi,
     et notamment le _Julius-Csar_, n'ont pu,  cause de la houle,
     dbarquer leurs malades avant le 30. Cette cinquantaine de
     malades va recevoir les soins que nous lui devons, et que lui
     assurent la cordialit fraternelle de nos troupes, et les
     sentiments distingus et connus des gnraux qui les commandent.

     Nos maladies sont, comme je vous l'ai annonc, des dysenteries
     chroniques: nos derniers entrants ont t affects d'un violent
     coup de vent du nord, qui a port sur les organes de la
     respiration et de la dglutition des hommes mal couverts; mais au
     moment o j'cris le vent parat vouloir passer au sud.

     Je vous enverrai au sortir de ma quarantaine, qui sera, je
     l'espre, termine le 9 du courant, 1 une note des travaux
     publis par les mdecins de l'arme d'Orient; 2 celle des
     travaux dposs entre mes mains; 3 celle des travaux annoncs.
     J'aurais voulu faire beaucoup plus, et je m'y suis pris de toutes
     les manires pour exciter les autres  faire davantage; mais des
     circonstances pnibles et difficiles ont contrari mon zle et
     l'ardent dsir que j'avais de vous offrir l'hommage d'un travail
     plus complet, et plus digne de l'attention de l'Europe, si
     longtemps fixe sur notre arme[26].

     J'ai l'honneur de vous saluer.

          [Note 26: Voyez la seconde partie de ce recueil.]

Ma quarantaine se trouvant termine, je sortis du lazaret le 9.
L'administration eut lieu d'tre satisfaite de la discipline et de la
docilit de nos troupes; c'tait le rsultat de notre exprience. J'eus
en mon particulier beaucoup  me louer de la confiance dont m'honorrent
les conservateurs, en me faisant concourir avec leurs officiers de sant
 toutes les visites et  tous les rapports de salubrit pendant mon
sjour dans le lazaret.

Je dsirerais seulement qu'on supprimt la crmonie purile et
illusoire du parfum la veille de la sortie, et qui consiste  enfumer
les personnes en brlant une botte de foin. Il ne faut pas qu'un
tablissement aussi utile puisse fournir matire  aucun ridicule.

Le jour de ma sortie j'envoyai au conseil de sant des armes le
mouvement journalier des hpitaux du lazaret pour la premire dcade de
brumaire jusqu'au 7 inclusivement; je le prvins que nous avions vacu
vingt-un malades sur l'hpital militaire de Marseille; enfin je lui
annonai l'arrive d'une partie de la garnison d'Alexandrie.

Le 12, j'adressai une note sous forme d'instruction au citoyen Vautier,
en le flicitant sur son heureuse arrive d'Alexandrie, et en le
chargeant seul, pour le moment, du service pnible du lazaret, d'aprs
les motifs que j'avais de me reposer sur son zle (n 839 de ma
correspondance).

J'crivis au conseil, avant mon dpart pour Paris, les lettres
suivantes:

                Marseille, le 18 brumaire an X.

               (N 855 de ma correspondance.)

     CITOYENS,

     J'appris, le 9 du courant, et aprs ma dpche de ce jour, n
     836, quelques dtails sur la garnison d'Alexandrie.

     Au moment de la reddition de cette place elle avait 1700 malades,
     dont 1300 scorbutiques, et le reste blesss.

     Il a d, d'aprs les conventions, rester en gypte 400
     scorbutiques.

     Le dernier mouvement des hpitaux tablis dans le lazaret de
     Marseille a donn pour rsultat:

     Hpital de l'enclos neuf, 125 malades, qui doivent avoir l'entre
     le 22 du courant.

     Hpital du grand enclos, 350 malades, sur lesquels il y a 300
     scorbutiques, dont l'tat s'amliore chaque jour, et 30 blesss.

     Ne pouvant d'aprs les rglements du lazaret surveiller
     personnellement le service, je me rends auprs du ministre de la
     guerre pour y prendre des ordres ultrieurs relativement  ma
     nouvelle destination.

     Les citoyens Barbs, Renati, et Sotira, doivent vous adresser une
     demande pour tre employs dans l'expdition d'Amrique: ce sont
     des mdecins habiles, distingus par un grand zle, et qui ont
     subi toutes les preuves.

     Tous les mdecins attendent avec impatience, ainsi que les
     chirurgiens, et pharmaciens, que vous leur donniez une
     destination ou leur cong; une grande partie sont prs de leur
     famille, et le sjour de Marseille est trs coteux.

     Je vous ai adress pour mon service, ds le 10 vendmiaire, sous
     le n 800, neuf tats trs dtaills.

     Vous trouverez ci-jointe la note sur les travaux littraires des
     mdecins de l'arme, dont je vous ai dj annonc l'envoi par ma
     lettre du 1er de ce mois, n 824.

     J'ai l'honneur de vous saluer.


               Marseille, le 21 brumaire an X.

               (n 856 de ma correspondance.)

     CITOYENS,

     Des pluies affreuses, qui durent encore, et ont dj caus pour
     plusieurs millions de dgts dans le territoire de cette commune,
     ont retard mon dpart.

     Je profite de cette prolongation de sjour pour vous communiquer
     la nouvelle satisfaisante de l'arrive de onze btiments
     parlementaires le 19 du courant.

     Voici la note de ces btiments:

         La _Peggy-Success_, quatrime btiment-hpital des
         troupes du Kaire, partie d'Aboukir, et portant cent
         soixante-quinze hommes, dont trente malades
         seulement; le reste en bonne sant. . . . . . . . 175 hommes.

         Le _Trent_, parti du mme lieu, portant. . . . .  101 hommes.

         La _Peggy_, venant d'Alexandrie, portant. . . . . 150 hommes.

         L'_Alexandre_, venant du mme lieu, portant . . . 185 hommes.

         La bombarde le _S.-Antoine_, venant du mme lieu,
         et portant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  88 hommes.

         Le gouverneur _Miller_, venant du mme lieu,
         portant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98 hommes.

         Le _S.-Nicolas_, venant du mme lieu, portant. .  231 hommes.

         L'_Infatigable_, venant du mme lieu, portant. .  217 hommes.

         Le _Juste_, venant du mme lieu, portant. . . . . 124 hommes.

         Le brigantin le _S.-Georges_, venant du mme lieu,
         portant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182 hommes.

         La polacre la _Bellette_, venant du mme lieu,
         portant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150 hommes.
                                                         -------------
                                       TOTAL . . . . . .  1701 hommes.
                                                         =============

     Je n'ai de renseignements  vous donner que sur la sant du
     premier de ces btiments, sur le sort duquel j'tais trs
     inquiet.

     J'ai l'honneur de vous saluer.

Aprs l'vacuation de l'gypte le citoyen Frank est rest charg du
service de l'hpital conserv  Alexandrie conformment  la
capitulation.


RSUM.

Maintenant quels sont les rsultats de cette exprience, suivie plus de
trois ans et demi sur trente mille hommes transports d'Europe en
Afrique, et ayant fait en Asie une pnible campagne?

La premire question qui se prsente est celle de l'acclimatement; on le
voit se faire en deux ans environ: les Anglais que le sort de la guerre
rend nos prisonniers le subissent comme nous; il est marqu par des
ruptions  la peau, des ophtalmies, des diarrhes, et des dysenteries.

Cependant la salubrit du climat de l'gypte, et surtout de la haute,
est dfinitivement juge par le nombre comparatif des malades, moindre
dans l'arme d'Orient que dans aucune des autres armes de la Rpublique
en Europe sans nulle exception.

Les fivres pestilentielles, ou mieux la peste (car il est temps de
donner aux choses leur vritable nom, lorsqu'aucunes considrations
politiques n'empchent plus de le faire) a t enfin aborde, tudie,
et traite par plusieurs mdecins: mais les secours ont manqu pour des
observations plus exactes et plus suivies; j'entends parler du local
convenable, des mdicaments, du concours des soins d'hommes courageux et
intelligents. Ici, par exemple, je dois faire remarquer qu'il n'y a rien
eu de dtermin avec prcision sur l'efficacit du traitement par les
onctions ou frictions d'huile; les ouvertures des cadavres n'ont t ni
assez multiplies ni assez authentiques pour en rien dduire galement
de positif.

La peste est endmique dans l'gypte infrieure, et le long des ctes de
la Syrie, puisqu'elle y rgne depuis des sicles, et qu'elle a t cent
fois observe dans cent lieux qui n'avaient eu entre eux aucune espce
de communication.

La peste se dveloppe gnralement dans une saison dtermine; mais on a
vu dans le courant de cette histoire qu'il y en a eu des exemples 
toutes les poques de toutes les annes.

Les vents du sud, l'air chaud et humide, en favorisent, s'ils n'en
produisent pas seuls le dveloppement.

Les vents du nord, les extrmes du froid et du chaud, la font cesser
presque entirement.

La peste est videmment contagieuse; mais les conditions de la
transmission de cette contagion ne sont pas plus exactement connues que
sa nature spcifique. Les cadavres n'ont pas paru la transmettre; le
corps animal dans une chaleur, et plus encore dans la moiteur fbrile, a
paru la communiquer plus facilement. On a vu la contagion cesser en
passant d'une rive  l'autre du Nil; on a vu un simple foss, fait en
avant d'un camp, en arrter les ravages; et c'est sur des observations
de ce genre qu'est fond l'isolement avantageux des Francs, dont la
pratique a t suffisamment dtaille par divers voyageurs.

La peste a attaqu plus particulirement les hommes exposs  passer
subitement d'une atmosphre chaude dans une atmosphre froide, et
rciproquement, tels que les boulangers, les forgerons, les cuisiniers,
etc.: les hommes adonns  l'excs des liqueurs spiritueuses et des
femmes ont rarement guri de la peste.

Cette maladie, comme je l'ai dit ailleurs, a divers degrs d'intensit;
ces degrs constituent des pidmies plus ou moins meurtrires, mais
dans chaque pidmie la maladie ne frappe pas toujours au mme degr.

Elle est bnigne quand il n'y a ni adynamie ni ataxie.

Quand il y a l'une des deux, ou l'une et l'autre avec peu d'intensit,
il y a espoir de gurison, et c'est l'espce que je considre comme
moyenne.

Quand l'adynamie et l'ataxie sont portes trs loin il n'y a presque
aucun espoir de gurison. J'ai indiqu les moyens que j'ai tents en
Syrie; on peut voir ce que j'ai dit sur les vomitifs, les toniques, et
les antiseptiques, ainsi que sur l'application particulire et prompte
des vsicatoires.

Malgr la gravit de ce que j'appelle la troisime espce, on a vu des
gurisons, mme entirement dues  la nature, et je ne puis en passer
sous silence deux exemples remarquables, quoique mon objet ne soit pas
de prsenter ici des faits particuliers.

Un sapeur, attaqu de la peste pendant l'expdition de Syrie, s'chappa
nu, dans un violent dlire, du fort de Cathih, et erra pendant prs de
trois semaines dans le dsert; deux bubons qu'il avait abcdrent et se
cicatrisrent d'eux-mmes; il subsista, quand il sentit le besoin des
aliments, avec cette petite espce d'oseille dont j'ai parl ailleurs.

Le second cas est celui d'un artilleur qui avait deux bubons et un
charbon; dans un violent dlire, il s'chappa, le jour de son entre,
des baraques du lazaret de Boulak, et se prcipita dans le Nil: il fut
retir au bout d'une demi-heure au-dessous d'Embabh par des habitants
de ce village, et il gurit parfaitement.

La peste de l'an VII se trouve amplement dcrite dans l'expdition de
Syrie; elle a t trs meurtrire.

Celle des annes VIII et IX n'a point offert de diffrences assez
tranchantes pour forcer  en varier le traitement: on a guri environ un
tiers des malades dans l'an VIII.

L'an IX, o nous avons eu dans la citadelle du Kaire jusqu' sept cents
pestifrs, nous avons eu la douce satisfaction d'en voir gurir
au-dessus du tiers, et dans quelques circonstances prs de la moiti:
les jeunes Ngres et les Syriens au service de la Rpublique ont
particulirement souffert de la peste.

Indpendamment des fautes et des omissions que l'on pourra rencontrer
dans cet ouvrage, j'aurais bien dsir le terminer par un tableau de la
mortalit de l'an IX, dtaill comme je l'ai fait pour les six derniers
mois de l'an VI, et la totalit des annes VII et VIII, mais je m'en
suis abstenu parce que les nombreux mouvements que je me suis procurs
ont encore besoin d'tre contrls par les dclarations des corps
militaires et administrations: travail dont s'occupent, au reste, dans
ce moment les bureaux du dpartement de la guerre.

Je m'abstiens de toutes observations relatives au traitement ou  la
suite des bubons et des charbons, cet objet devant tre expos fort au
long par le chirurgien en chef de l'arme dont les services ont t
justement apprcis.

Si je n'ai pas parl du citoyen Boudet, pharmacien en chef, c'est que
mon suffrage ne peut rien ajouter aux loges publics qu'il a reus de la
premire autorit de l'arme.

Il faut regarder le rgime administratif de nos lazarets de l'gypte,
mme dans les annes VIII et IX, o il fut en partie dirig par des
officiers de sant, comme une transaction entre les principes d'hygine,
et des ides populaires qu'il a fallu respecter. Au reste notre
conservateur Guyrard a aussi mrit des palmes civiques par son zle,
son dsintressement, et son humanit.

L'on n'a jamais veill dans aucune arme avec plus de soin sur la
conservation des troupes; gnraux, officiers suprieurs, et de tous les
grades, les simples soldats mme y ont concouru. Les plus braves des
hommes sont donc encore les plus compatissants et les plus gnreux!

Dans les moments les plus dsastreux nos hpitaux ont t souvent aussi
bien tenus que les tablissements de nos grandes villes de guerre: si
les soins y ont quelquefois manqu, nos officiers de sant sont sans
reproches.

Le ministre leur a rendu une clatante justice en vous chargeant,
CITOYENS MEMBRES DU CONSEIL DE SANT DES ARMES, de les utiliser de
prfrence  tous les autres.

Il me reste cependant  vous recommander le citoyen Emeric, sexagnaire
accabl d'infirmits contractes au service, et qui attend  Toulon
quelque tmoignage de la reconnaissance du gouvernement.

               _Sign_ R. DESGENETTES.

_P. S._ Je remettrai au secrtariat-gnral de l'administration de la
guerre les mouvements des lazarets, tels que j'ai pu me les procurer,
persuad que ces documents pourront tre utiles  la tranquillit de
plusieurs familles.




FIN DE LA PREMIRE PARTIE.





End of the Project Gutenberg EBook of Histoire Mdicale de l'Arme d'Orient, by 
Ren Desgenettes

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE MDICALE DE L'ARME ***

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